Affaire UNIS: les conservateurs réclament une enquête criminelle

Justin Trudeau
Photo: Adrian Wyld Archives La Presse canadienne Justin Trudeau

La décision du gouvernement libéral de demander à l’organisation UNIS de gérer un programme de 900 millions $ à l’intention d’étudiants bénévoles est toujours sous la loupe, tandis que le Parti conservateur réclame une enquête criminelle et le Nouveau Parti démocratique demande au commissaire à l’éthique de se pencher sur l’implication du ministre des Finances.

Les conservateurs ont lancé cet appel après qu’on eut appris que le groupe a versé des centaines de milliers de dollars à des membres de la famille du premier ministre Justin Trudeau.

M. Trudeau est déjà visé par une enquête du commissaire à l’éthique pour un possible conflit d’intérêts en lien avec ce contrat, puisque les liens de longue date de sa famille avec UNIS sont bien connus.

Cette enquête a toutefois débuté avant qu’on apprenne que la mère du premier ministre, son frère et sa femme ont jadis été rémunérés par UNIS. Les conservateurs estiment qu’il s’agit maintenant d’un crime potentiel.

Les conservateurs indiquent qu’ils enverront vendredi une lettre à la police pour vérifier si la portion du Code criminel qui concerne la fraude gouvernementale s’applique dans cette affaire.

M. Trudeau répète que la fonction publique non partisane a recommandé de confier la gestion du programme à UNIS, mais il admet qu’il ne s’est pas récusé quand son cabinet a accepté l’entente.

L’affaire éclabousse aussi maintenant le ministre des Finances, Bill Morneau.

Une de ses filles a déjà pris la parole lors d’événements d’UNIS, même si elle n’a pas été rémunérée. Une autre est actuellement une employée contractuelle du département des voyages de l’organisation, a confirmé le bureau du ministre.

« Il n’y a absolument aucun lien entre son emploi et le travail qu’UNIS fait avec le gouvernement du Canada », a assuré dans un courriel la porte-parole de M. Morneau, Maeva Proteau.

Son cabinet n’a pas immédiatement répondu à une question quant à savoir si M. Morneau a participé à la décision d’octroyer le contrat à UNIS.

Le NPD veut en saisir le commissaire à l’éthique.

Il semble évident que le ministre Morneau aurait dû se récuser de cette « décision extraordinaire » de confier un contrat impliquant près d’un milliard de dollars en fonds publics à une organisation qui embauche une membre de sa famille, a écrit le député néodémocrate Charlie Angus dans une lettre au commissaire.

Le chef du Bloc Québécois, Yves-François Blanchet, a affirmé tard jeudi que M. Trudeau devrait se retirer provisoirement de ses fonctions et confier les commandes de l’État à la vice-première ministre Chrystia Freeland.

Les conservateurs n’ont pas appuyé cette demande, laissant entendre que c’était au caucus libéral de se regarder dans le miroir et de décider ce qui devra arriver.

Les ministres libéraux doivent également révéler ce qu’ils savent, et quand ils l’ont appris, a avancé le porte-parole conservateur en matière d’éthique, Michael Barrett.

Les conservateurs n’ont toutefois pas l’intention de profiter du scandale pour renverser le gouvernement minoritaire.

« Nous cherchons à obtenir la vérité et l’imputabilité », a indiqué M. Barrett.

Vendredi, on a demandé à deux ministres libéraux, Navdeep Bains et Anita Anand, ce qu’ils savaient des liens entre UNIS et la famille Trudeau, et s’ils estimaient que le premier ministre aurait dû se récuser de l’octroi du contrat à UNIS.

Ils ont évité de répondre directement.

« Nous collaborons étroitement avec les fonctionnaires non partisans et ils nous ont fourni des recommandations très claires et nous les avons suivies », a déclaré M. Bains.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déclaré par communiqué que le premier ministre, son cabinet et son conseil des ministres doivent coopérer pleinement avec le commissaire à l’éthique et doivent renoncer à la confidentialité du gouvernement afin que le commissaire puisse vraiment aller au fond des choses.

M. Trudeau a déjà fait deux fois l’objet d’une enquête par le commissaire à l’éthique, mais celui-ci a dit s’être buté par un refus du gouvernement de lever la confidentialité des discussions du conseil des ministres.

« Les Canadiennes et Canadiens méritent de connaître la vérité et doivent savoir que cela ne se reproduira plus », a ajouté M. Singh.

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