La prime au travail a pris fin

Le Programme québécois incitatif pour la rétention des travailleurs essentiels (PIRTE) offrait une prime imposable de 100$ par semaine aux travailleurs essentiels qui gagnent 550$ ou moins par semaine.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Le Programme québécois incitatif pour la rétention des travailleurs essentiels (PIRTE) offrait une prime imposable de 100$ par semaine aux travailleurs essentiels qui gagnent 550$ ou moins par semaine.

François Legault s’était montré déçu qu’Ottawa prolonge sa Prestation canadienne d’urgence, déplorant que cela étire encore plus longtemps un « désincitatif » au retour au travail des bas salariés. Mais Québec n’a pas prolongé son propre programme de primes salariales pour rivaliser avec la PCU, a constaté Le Devoir.

Justin Trudeau a confirmé le mois dernier que sa prestation d’urgence offerte aux travailleurs sans emploi en raison de la pandémie serait prolongée de huit semaines. Les prestataires qui s’en sont prévalus dès le début du programme, à la mi-mars, pourront donc continuer de toucher 2000 $ par mois jusqu’à la fin août.

Or, le Programme québécois incitatif pour la rétention des travailleurs essentiels (PIRTE) offert à ces derniers pour rivaliser avec la PCU — et ainsi les convaincre de retourner sur le marché du travail ou d’y rester — a pris fin le 4 juillet.

Le cabinet du ministre québécois des Finances, Eric Girard, a indiqué au Devoir que le gouvernement n’a pas encore déterminé si le PIRTE sera prolongé à son tour. « Nous attendons de voir ce que le gouvernement fédéral fera avec la PCU avant de nous positionner », a répondu l’attachée de presse du ministre, Fanny Beaudry-Campeau.

Pourtant, mi-juin, lorsque le fédéral a confirmé qu’il verserait sa PCU plus longtemps, le premier ministre François Legault avait dit songer à reconduire à son tour ses propres incitatifs à l’emploi afin de réduire l’attrait de la prestation fédérale pour les petits salariés essentiels. « Il ne faut pas que cette prestation-là soit le contraire d’un incitatif pour aller travailler », avait-il déploré le 16 juin au sujet de la PCU.

Le bureau de son ministre Girard n’a pas su préciser jeudi à quelle date il compte trancher l’avenir du PIRTE.

Ottawa a révélé, dans sa mise à jour économique mercredi, avoir versé jusqu’à trois milliards de dollars aux provinces afin de les aider à accorder des primes salariales à leurs travailleurs essentiels. Le Québec recevra 661 millions, selon le ministère des Finances québécois.

Nous attendons de voir ce que le gouvernement fédéral fera avec la PCU avant de nous positionner

 

Ce programme verse aux travailleurs essentiels à bas salaire une prime de 100 $ par semaine, sur un maximum de 16 semaines pouvant être calculées de façon rétroactive à compter du 15 mars. Mais bien que les demandes pour s’en prévaloir soient ouvertes jusqu’au mois de novembre, la période de prestations est fixe : la prime ne peut être versée que pour bonifier des semaines travaillées du 15 mars au 4 juillet.

C’est donc dire que la PCU est de nouveau plus avantageuse qu’un retour au travail pour ces travailleurs à moindre salaire qui auraient perdu leur emploi ou leurs heures de travail en raison de la COVID-19. Et ce, jusqu’à sa propre échéance du 29 août.

Après la PCU

Le gouvernement québécois plaide qu’il attend de voir les détails de la prolongation de la PCU, mais le fédéral a déjà indiqué que le programme a été étendu de façon quasi identique. Ce qu’il reste à préciser, c’est l’avenir de la PCU au-delà de la fin août.

Ottawa semble se préparer à clore ce programme afin d’encourager les travailleurs à se rabattre cet automne sur la subvention salariale, qui finance jusqu’à 75 % des salaires des employés d’une entreprise et qui sera bientôt élargie. Le programme d’assurance-emploi prendra quant à lui le relais pour ceux qui ne parviendront toujours pas à trouver un emploi malgré la lente reprise économique.

François Legault et quelques autres premiers ministres provinciaux ont maintes fois critiqué la PCU fédérale, car ils craignaient qu’elle ait un effet pervers en dissuadant certains citoyens de travailler alors qu’ils pourraient toucher une somme quasi équivalente en restant à la maison. Le gouvernement québécois avait donc créé le PIRTE pour compenser.

Ce programme offre une prime imposable de 100 $ par semaine aux travailleurs essentiels qui gagnent 550 $ ou moins par semaine. Ce qui leur permet de faire passer un salaire qui aurait été tout au plus de 2200 $ par mois, à un salaire de 2600 $ par mois — comparativement à la PCU de 2000 $ par mois.

En date du dimanche 5 juillet, 124 928 Québécois avaient demandé à se prévaloir du PIRTE. Plus de 95 % de ces demandes ont été acceptées, a rapporté Revenu Québec.

Le programme québécois s’est avéré peu populaire, depuis son lancement à la fin mai. Le Devoir révélait, il y a un mois, que seules 110 144 personnes avaient demandé à y avoir accès. Ce chiffre a peu augmenté depuis.

Le cabinet du ministre québécois des Finances, Eric Girard, a indiqué au Devoir que le gouvernement n’a pas encore déterminé si le PIRTE sera prolongé.


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