La PCU prolongée de deux mois

Justin Trudeau
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau

Les chômeurs de la pandémie peuvent souffler encore un peu : la Prestation canadienne d’urgence (PCU) sera prolongée pour tout le monde de huit semaines. Justin Trudeau estime que trop de gens cherchent encore un emploi pour ne pas agir malgré les craintes que cela ne freine la reprise économique.

« La réalité, c’est que même si on reprend certaines activités, beaucoup de gens ont encore besoin de ce soutien pour payer leurs factures pendant qu’ils cherchent du travail », a expliqué le premier ministre Trudeau.

La PCU verse 500 $ par semaine, pour un maximum de 16 semaines, à toute personne ayant perdu ses revenus à cause de la pandémie. Pour les travailleurs ayant commencé à la recevoir dès le début, à la mi-mars, les paiements se seraient taris le 5 juillet. Pour ceux-là, les versements se termineront maintenant le samedi 29 août. La date de fin du programme — le 3 octobre — n’a toutefois pas changé : ceux qui ont commencé à réclamer la PCU au-delà du 26 avril n’auront donc pas droit au maximum de 24 semaines.

Plusieurs voix s’étaient élevées pour que le programme soit prolongé. Le Bloc québécois, par exemple, suggérait que la PCU soit maintenue pour les travailleurs de secteurs encore durement affectés par le confinement, comme le tourisme ou les arts.

Le gouvernement Trudeau n’a pas choisi cette dernière voie, notamment parce qu’elle aurait nécessité un vote à la Chambre des communes. Or, les travaux parlementaires doivent prendre fin cette semaine et l’unanimité des partis nécessaire pour adopter à toute vapeur des projets de loi est difficile à obtenir. La loi actuelle permet toutefois au gouvernement de procéder seul pour prolonger le programme.

Pour apaiser ceux qui craignent que la PCU n’encourage les gens à ne pas travailler, Ottawa insérera dans l’attestation que les demandeurs doivent signer une référence au Guichet-Emploi, la plus grande banque d’emplois au pays. Le gouvernement s’attend à ce que les prestataires acceptent un emploi lorsqu’il est « raisonnable » de le faire, quoique le terme n’ait pas été défini. La PCU est déjà refusée aux personnes ayant volontairement quitté leur emploi.

Le premier ministre Justin Trudeau a évité de répondre aux journalistes lui demandant si la prolongation risquait d’encourager les gens à rester à la maison. Il s’est borné à répéter qu’il y a encore environ « 3 millions de personnes qui voudraient travailler mais qui ne peuvent pas ».

Le premier ministre du Québec, François Legault, ne s’est pas montré aussi timide. « Il ne faut pas que cette prestation-là soit le contraire d’un incitatif pour aller travailler », a-t-il dit. M. Legault songe à prolonger ses propres incitatifs à l’emploi — des primes de 100 $ ou 200 $ par semaine pour les petits salariés essentiels — pour contrecarrer l’effet de la PCU prolongée. Mais il préférerait encore que les travailleurs retournant au travail puissent conserver une partie de leur PCU en guise d’incitatif. Il reprend là une idée chère au Bloc québécois.

Le chef bloquiste, Yves-François Blanchet, réclame depuis plusieurs semaines déjà que les travailleurs reprenant du collier puissent conserver 0,50 $ de prestation fédérale pour chaque dollar gagné. Un travailleur pourrait ainsi gagner jusqu’à 5000 $ par mois avant de perdre entièrement la PCU, contre 1000 $ actuellement. Le Directeur parlementaire du budget a calculé que cela augmenterait les coûts du programme d’environ 11 %.

Il ne faut pas que cette prestation-là soit le contraire d’un incitatif pour aller travailler

 

La Fédération des chambres de commerce du Québec a déploré qu’Ottawa ne modifie pas en ce sens la PCU qui, pour l’instant, rend le travail à temps plein « moins intéressant » que celui à temps partiel. « Le nombre d’employeurs qui mentionnent avoir des difficultés à embaucher de nouveaux travailleurs ou à combler leurs besoins de main-d’œuvre en raison de ce programme ne cesse d’augmenter », soutient l’organisme dans un communiqué de presse. Le Conseil national des chômeurs, lui, s’est dit déçu que la prolongation ne soit que de deux mois.

La PCU est la mesure d’aide la plus dispendieuse mise en place par Ottawa. En date de jeudi dernier, son coût estimé pour 16 semaines était de 60 milliards de dollars. Ottawa n’a pas fourni son évaluation pour 24 semaines. « Notre espoir est qu’au fur et à mesure que l’économie rouvre, de moins en moins de gens auront besoin de la PCU », s’est contenté de répondre M. Trudeau. En coulisse, on met en garde contre la tentation de faire une simple règle de trois et déduire que la PCU coûtera 50 % plus cher (donc 30 milliards de plus) parce qu’elle durera 50 % plus longtemps. Environ un prestataire sur huit, ou 1,2 million de personnes, a déjà cessé de s’en prévaloir, note-t-on.

Encore des pénalités ?

Cette annonce faite par M. Trudeau est susceptible d’assurer sa survie au vote de confiance qui aura lieu mercredi soir aux Communes. Le chef néodémocrate avait indiqué qu’il appuierait le gouvernement s’il prolongeait la PCU. Jagmeet Singh souhaitait une prolongation de 16 semaines, mais se disait « flexible ». Le gouvernement minoritaire libéral n’a besoin de l’appui que d’un seul parti pour se maintenir au pouvoir.

L’annonce ne résout cependant pas le problème d’Ottawa, qui a échoué dans sa tentative, la semaine dernière, de légiférer des pénalités pour les fraudeurs de la PCU. Le projet de loi rejeté par l’opposition prévoyait une amende maximale de 5000 $, un remboursement en double de la PCU reçue et une peine de prison d’au plus six mois.

La ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, a indiqué mardi que son gouvernement « n’a vraiment pas abandonné l’idée qu’on veut des pénalités pour les fraudeurs ». Les « mesures d’intégrité » se poursuivront pour débusquer les fraudeurs, a-t-elle assuré, tout en reconnaissant qu’il lui manquait « pour le moment » les « mécanismes légaux » pour sévir. Selon l’Agence du revenu du Canada (ARC), 190 000 personnes ont déjà remboursé volontairement la PCU reçue illégitimement. L’ARC dit avoir aussi reçu pas moins de 1300 signalements de fraude possible.

Avec Mylène Crête

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