Québec n’est pas seul à craindre l’empiètement d’Ottawa dans la relance de l'économie

Justin Trudeau a promis aux provinces une somme de 14 milliards de dollars devant servir à «relancer le pays de manière sûre et sensée».
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau a promis aux provinces une somme de 14 milliards de dollars devant servir à «relancer le pays de manière sûre et sensée».

Il n’y a pas que le Québec qui s’inquiète du désir d’Ottawa de dicter aux provinces à quoi consacrer les milliards qu’il promet pour déconfiner leur économie. L’Ontario, le Nouveau-Brunswick et la Saskatchewan demandent eux aussi au gouvernement fédéral de ne pas empiéter dans leurs champs de compétence.

Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau a promis aux provinces une somme de 14 milliards de dollars devant servir à « relancer le pays de manière sûre et sensée ». La finalité des sommes sera déterminée par Ottawa en collaboration avec les provinces et pourrait varier d’une région à l’autre. Mais M. Trudeau a donné un aperçu de ce qu’il avait en tête : instauration de 10 jours de congé maladie, achat de matériel de protection pour le réseau de la santé, consolidation des garderies, soutien aux municipalités, renflouement des caisses des réseaux de transport en commun.

Pas de conditions

Le premier ministre du Québec François Legault a indiqué vendredi que le Québec veut sa « part », mais « ne veut pas de conditions ». Or, il n’est pas le seul. Son homologue ontarien pense de même.

« Nous demandons au gouvernement fédéral de distribuer son aide par le truchement d’un transfert global sans condition, dépourvu d’obligation pour les provinces et territoires d’égaler la contribution fédérale ou de faire rapport », écrit l’attachée de presse de Doug Ford, Ivana Yelich.

Le bureau de M. Ford demande que l’enveloppe fédérale « soit suffisamment flexible pour prendre en compte les circonstances uniques » de chaque province. On donne l’exemple des congés de maladie. L’Ontario a légiféré pour permettre à un travailleur de s’absenter indéfiniment pendant la pandémie, quoique sans salaire, sans avoir à fournir un certificat médical et sans craindre de perdre son emploi.

« Un programme de [10 jours de] congé de maladie n’est pas une priorité pour notre gouvernement », conclut Mme Yelich. Si Ottawa veut en instaurer un, qu’il le finance, à même une enveloppe autre que celle de 14 milliards de dollars.

Le son de cloche est le même du côté de la Saskatchewan. L’entourage du premier ministre, Scott Moe, indique au Devoir qu’il « espère que les provinces pourront décider où dépenser l’argent » reçu d’Ottawa. Au Nouveau-Brunswick, le premier ministre, Blaine Higgs, a tenu le même discours lundi. « J’aimerais voir de la flexibilité. »

M. Higgs demande aussi que l’enveloppe soit partagée entre les provinces autrement qu’en fonction de leur poids démographique, une formule qui défavorise le petit Nouveau-Brunswick.

François Legault voudrait au contraire que la formule de partage accorde plus d’argent aux provinces plus touchées par la pandémie, soit le Québec et l’Ontario. Justin Trudeau ne s’y est pas montré favorable, faisant valoir que le confinement a fait mal partout, sans égard au nombre de cas de COVID-19 recensés.

La Colombie-Britannique n’a quant à elle pas exprimé de crainte d’empiètement. Mais comme l’Ontario, elle redoute que les objectifs d’Ottawa soient trop ambitieux pour les sommes promises. Doug Ford a évalué les besoins à 23 milliards seulement pour sa province.

L’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador ont indiqué ne pas vouloir se prononcer sur le programme fédéral avant d’en connaître plus de détails. Les trois autres provinces n’ont pas répondu.

Le versement de 14 milliards de dollars d’Ottawa représentera une hausse non récurrente d’environ 20 % des transferts fédéraux annuels. En 2020-2021, Ottawa avait planifié de consacrer 77,5 milliards de dollars pour la santé, les services sociaux et la péréquation.

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