Trudeau invité à durcir le ton envers Israël

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, se contente de condamner «les gestes unilatéraux» dans le conflit israélo-palestinien.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, se contente de condamner «les gestes unilatéraux» dans le conflit israélo-palestinien.

Une cinquantaine d’anciens ministres et ambassadeurs canadiens demandent à Justin Trudeau de hausser le ton envers Israël et de condamner l’annexion envisagée par l’État hébreu de territoires occupés en Cisjordanie. Mais peine perdue : le premier ministre s’est contenté de répéter la politique traditionnelle d’Ottawa, à savoir que les gestes unilatéraux sont improductifs.

La lettre rendue publique mardi rappelle que « l’annexion unilatérale de territoires est strictement interdite en droit international » et que le Conseil de sécurité de l’ONU — auquel le Canada aspire à obtenir un siège plus tard ce mois-ci — a réitéré ce principe à huit reprises depuis 1967.

« En tant qu’anciens diplomates canadiens, nous vous invitons à défendre la réputation du Canada au sein de la communauté internationale par une prise de position publique et non ambiguë », peut-on lire. Au nombre des signataires de cette lettre, on compte quatre anciens ministres fédéraux libéraux ayant servi sous Jean Chrétien, soit Lloyd Axworthy, Sergio Marchi, Allan Roch et André Ouellet. À eux s’ajoutent 55 anciens représentants du Canada à l’étranger.

L’annexion qu’ils condamnent est celle — aux pourtours encore mal définis — projetée par le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, sur la base du plan américain de sortie de crise du conflit israélo-palestinien. Les territoires visés sont des colonies juives en Cisjordanie ainsi que la fertile vallée du Jourdain, à la frontière est du pays. Il s’agit de territoires palestiniens considérés en droit international comme étant occupés illégalement par Israël. Le premier ministre suppléant Benny Gantz, avec qui M. Nétanyahou doit partager le pouvoir, ne s’oppose pas à cette annexion, qui devrait être présentée au Parlement après le 1er juillet.

Interrogé à propos de cette lettre mardi, Justin Trudeau a déclaré que le Canada n’était « pas d’accord avec les actions unilatérales » posées par l’une ou l’autre des parties prenantes au conflit. « Nous sommes évidemment extrêmement préoccupés par les annexions proposées par le gouvernement d’Israël », a dit M. Trudeau. Il a ajouté avoir exprimé, lors de ses conversations téléphoniques il y a trois semaines avec M. Nétanyahou et M. Gantz, son « désaccord avec leur politique d’annexion proposée ». Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères a ajouté qu’une annexion unilatérale « serait contraire au droit international », mais M. Trudeau n’a pas, lui, prononcé ces mots.

L’ancien ministre des Affaires étrangères Lloyd Axworthy n’est pas satisfait de cette réponse. « Le premier ministre n’a été ni assez clair ni assez ferme », dit-il au Devoir. « On doit dire clairement qu’il s’agit d’une transgression du droit international. » Selon M. Axworthy, le Canada devrait s’inspirer de ce qu’il avait fait en 2014 lors de l’annexion de la Crimée par la Russie. « Non seulement y avait-il eu condamnation, mais il y avait eu de la part du Canada de vrais efforts pour mobiliser la communauté internationale contre cette annexion et appuyer les gens qui allaient la subir. »

Sergio Marchi est pour sa part à moitié satisfait. M. Trudeau a dit les bonnes choses, se réjouit en entrevue l’ancien ministre. « Maintenant, il est important que le Canada donne suite à cela. Ce n’est pas une affaire d’un seul jour. […] M. Trudeau a du poids sur la scène internationale, il est perçu comme une voix progressiste qui dirige un pays qui a une réputation pas parfaite mais très acceptable. Il doit utiliser ce tremplin non pas pour s’en prendre à Israël, mais pour rallier les amis d’Israël et de la Palestine et les amener à dire que cette annexion n’est pas une bonne idée. »

Un autre signataire, Jon Allen, pense lui aussi que le Canada devrait faire partie d’une initiative internationale pour condamner l’annexion à venir. Mais celui qui a été ambassadeur canadien en Israël de 2006 à 2010 ne croit pas pour autant qu’il est réaliste de s’attendre à ce que le Canada en prenne l’initiative, ne serait-ce qu’à cause de l’importance de l’électorat juif au pays.

Jon Allen se félicite quand même des propos de M. Trudeau. Il rappelle que les comptes rendus des conversations du premier ministre avec M. Nétanyahou et M. Gantz, rédigés par Ottawa, ne disaient pas que M. Trudeau avait abordé la question de l’annexion. Le fait que M. Trudeau dise maintenant l’avoir fait « est très bien », pense l’ex-ambassadeur.

Cette semaine, une centaine de groupes et d’individus canadiens ont dévoilé une lettre adressée aux 193 ambassadeurs des Nations unies leur demandant de ne pas voter pour le Canada lorsque viendra le temps de choisir les nouveaux membres du Conseil de sécurité. Les signataires, au nombre desquels on compte la députée de Québec solidaire Ruba Ghazal ou encore le groupe Voix juives indépendantes, plaident justement le fait que le Canada ne mérite pas ce siège à cause « de ses positions anti-palestiniennes ».

À voir en vidéo