La Suède, version albertaine

Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney

Jusqu’à présent, en matière de réponse à la pandémie, la Suède avait fait figure d’exception mondiale en ne décrétant pas un confinement généralisé. Mais elle semble faire des émules ici même au Canada. Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, remet en question le prolongement du confinement au motif qu’il affecte beaucoup trop les gens alors que seules les personnes âgées meurent de la COVID-19.

« Nous ne pouvons pas continuer pour encore potentiellement un an à affaiblir l’économie et à miner les conditions sociales et la santé psychologique de la population générale pour une influenza qui ne menace pas en général la vie à part celle des personnes plus âgées, immunodéficientes ou affichant des comorbidités », a déclaré Jason Kenney mercredi lors d’un débat à l’Assemblée législative albertaine.

Le premier ministre a appuyé son argumentaire sur des statistiques implacables. « L’âge moyen des personnes décédées de la COVID en Alberta était de 83 ans et je vous rappellerai que l’espérance de vie dans la province est de 82 ans. » M. Kenney a ajouté que 95 % des personnes décédées avaient plus de 60 ans et que 80 % des décès étaient survenus dans des établissements de soins.

« Les personnes plus jeunes ne sont pas totalement immunisées, a continué M. Kenney, mais nous réalisons que leur taux de mortalité relié à la COVID n’est pas plus élevé que leur taux de mortalité général pour d’autres maladies. […] Pour la plupart des Albertains, le risque de mourir d’autres pathogènes, d’accidents ou d’accidents de la route est en fait plus élevé que de mourir de la COVID. »

Le premier ministre a donc lancé un avertissement à peine voilé aux autorités de santé publique en leur demandant à l’avenir de proposer des mesures de protection des personnes vulnérables « les plus robustes et les plus discrètes possible ». « Peut-être que la meilleure façon de procéder désormais sera de bâtir un mur de protection autour des plus vulnérables, en particulier les aînés. » Et de laisser les autres vaquer à leurs occupations habituelles.

Rares voix discordantes

Aengus Bridgman constate que M. Kenney est le premier politicien canadien à tenir un tel discours alternatif. Ce doctorant à l’Université McGill a publié récemment dans la Revue canadienne de science politique une étude sur la polarisation politique entourant la COVID-19 au Canada. Il conclut que la polarisation qui existe en Grande-Bretagne, aux États-Unis ou encore au Brésil n’a pas trouvé d’écho ici.

« Il n’y a pas de différence notable entre les principaux partis, explique M. Bridgman au Devoir. Que vous soyez un néodémocrate, un libéral, un bloquiste ou un conservateur, vous êtes tout autant susceptible de prendre le virus au sérieux et de vous adonner à la distanciation sociale. »

Pour arriver à cette conclusion, le chercheur et son équipe ont épluché les réseaux sociaux, en particulier les comptes Twitter des principaux politiciens, et ont interrogé en ligne 2500 Canadiens à huit reprises au cours de la pandémie.

Ils n’en pensent pas moins que Jason Kenney relaie une interrogation envers le confinement qui existe dans la société.

« Ce genre de critiques circulent sur les réseaux sociaux depuis longtemps. En particulier parce qu’il y en a tellement aux États-Unis. Ça a débordé de l’autre côté de la frontière. Il y a eu des manifestations à Queen’s Park, en Ontario, et à Vancouver il y a quelques semaines en faveur de la réouverture. Les gens interrogés lors de ces événements disaient exactement ce que Jason Kenney dit, à savoir ­“Je suis jeune et en santé, je ne veux tuer personne, mais puis-je retourner travailler ?” Alors, Jason Kenney leur donne une voix. »

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