Justin Trudeau cherche une solution aux billets d’avion non remboursés

Le premier ministre Justin Trudeau fait le point sur la pandémie de coronavirus.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau fait le point sur la pandémie de coronavirus.

Justin Trudeau entend la grogne des voyageurs aériens qui n’arrivent pas à se faire rembourser leurs billets d’avion perdus. Le premier ministre entend mener des discussions pour tenter de trouver un compromis qui permettrait à la fois d’aider ces citoyens tout en protégeant la survie financière des compagnies aériennes. Mais M. Trudeau ne s’engage pas pour autant, pour l’instant, à ordonner le remboursement des sommes dues.

Des milliers de citoyens déplorent que les compagnies aériennes comme Air Canada ne remboursent pas leurs billets de voyages annulés à cause de la pandémie, mais leur offrent plutôt de simples notes de crédit à échanger lors d’un futur voyage. Ces clients mécontents somment le gouvernement fédéral d’intervenir pour forcer la main des transporteurs aériens. Une pétition en ce sens, lancée par Option consommateurs, a déjà récolté plus de 13 000 signatures en moins d’une semaine sur le site de la Chambre des communes.

« J’ai entendu clairement énormément de Canadiens qui sont préoccupés avec l’argent qu’ils ont déjà dépensé pour acheter des billets qu’ils ne vont évidemment pas utiliser », a commenté M. Trudeau jeudi. « Nous reconnaissons la vulnérabilité du secteur de transport aérien et les défis auxquels ils font face, mais nous reconnaissons aussi ces préoccupations économiques des Canadiens. Nous allons travailler avec le secteur, avec les compagnies aériennes, et avec les groupes de Canadiens qui sont préoccupés pour essayer de trouver des solutions », a-t-il assuré.

Mais ces solutions envisagées, le premier ministre a refusé de les détailler.

La pétition d’Option consommateurs, parrainée par le Bloc québécois aux Communes, dénonce que « les conditions assorties à ces crédits voyage sont restrictives, stipulant notamment que ces derniers doivent être utilisés d’ici 24 mois ». Le texte note en outre que « bien des consommateurs ne pourront pas utiliser ces crédits dans les délais imposés par les transporteurs aériens en raison notamment de problèmes financiers, d’ennuis de santé ou du fait que les risques liés à la COVID-19 ne seront pas encore écartés ».

Le Bloc québécois réclame qu’Ottawa modifie ses offres d’aide financière offertes aux compagnies aériennes pour les rendre conditionnelles à ce qu’elles remboursent d’abord les billets de leurs clients.

M. Trudeau ne s’est pas engagé à le faire. « On est en train de regarder ce que d’autres juridictions, d’autres pays sont en train de faire », a-t-il commenté. En Europe, les vols annulés sont remboursés.

« On est en train de parler avec les compagnies aériennes », a relaté M. Trudeau. « On entend ces préoccupations des Canadiens qui veulent ravoir leur argent, mais qui veulent aussi qu’on ait une industrie aérienne dans l’avenir dont on va avoir besoin. Trouver ce juste équilibre va être très important. »

Air Canada comptait 2,6 milliards de dollars de « produits passagers perçus d’avance » en date du 31 mars dernier, selon le Journal de Montréal. Air Transat rapportait quant à elle 809 millions en « dépôts de clients et revenus différés » le 31 janvier, toujours selon le Journal.

Appel au dialogue à Oka

Le premier ministre a par ailleurs commenté la barricade érigée mercredi par les Mohawks d’Oka, qui bloquent l’entrée à ce parc de la SEPAQ. Ils souhaitent qu’il demeure fermé aux visiteurs encore au moins jusqu’au 1er juin.

M. Trudeau a reconnu que tous souhaitent « protéger nos citoyens de la COVID-19, assurer la santé et la sécurité particulièrement de nos populations vulnérables ».

Il a cependant appelé tous les dirigeants, y compris les leaders mohawks, à s’entendre pour le faire de façon harmonieuse. « Les différents paliers de gouvernement, y compris les gouvernements autochtones, se doivent de travailler ensemble pour assurer qu’on prend des décisions appropriées pour protéger les citoyens même pendant qu’on commence à essayer de revenir un peu à la normale, un peu à une économie rouverte. Je pense que le leadership des différentes communautés devrait pouvoir s’entendre sur la meilleure façon à suivre. »

De l’aide aux Autochtones hors réserve

L’annonce financière du jour a été celle d’un nouvel investissement de 75 millions de dollars pour soutenir les organismes qui viennent en aide à plus d’un million d’Autochtones qui vivent dans les villes ou hors réserve. « C’est de l’argent que les organismes communautaires pourront utiliser pour combattre l’insécurité alimentaire, appuyer les aînés vulnérables, aider les jeunes à risque, fournir des services de santé mentale et prévenir la violence familiale », a fait valoir M. Trudeau.

Cette annonce survient après que le gouvernement fédéral a été accusé d’avoir distribué injustement jusqu’à présent son aide financière aux communautés autochtones.

Le Congrès des peuples autochtones, qui représente 90 000 Autochtones hors réserve inscrits ou non inscrits au statut d’Indien, s’est même adressé à la Cour fédérale le 13 mai. Son recours dénonce « un financement inadéquat et discriminatoire du gouvernement fédéral au cours de la crise de la COVID-19 ».

Ottawa a créé le Fonds de soutien aux communautés autochtones, à la mi-mars, pour aider ces dernières à prévenir et répondre à la pandémie. Mais la quasi-totalité du budget de 305 millions a été versée à des organismes représentant les Premières Nations, les communautés Inuit et Métis, tandis que seul 15 millions ont été mis de côté pour des groupes qui viennent en aide aux Autochtones hors réserve. Le CPA réclame une aide de 16 millions, mais ne s’est vu promettre que 250 000 $ du Fonds de soutien, selon la CBC.

« Pour réagir de façon efficace à cette crise, nous devons adapter notre approche et nos programmes pour reconnaître et répondre aux besoins particuliers de toutes les populations autochtones, y compris celles qui vivent dans des régions urbaines ou hors réserve », a reconnu le premier ministre.

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