Bisbille autour d’Elizabeth May et la chefferie au Parti vert

La cheffe sortante du Parti vert du Canada, Elizabeth May
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La cheffe sortante du Parti vert du Canada, Elizabeth May

La cheffe sortante du Parti vert, Elizabeth May, manque-t-elle à son devoir de neutralité ? Deux candidats aspirant à lui succéder déplorent sa participation à venir à des collectes de fonds organisées par une rivale dans le cadre de la course à la chefferie. Mme May se défend d’endosser qui que ce soit, mais affirme qu’elle a la responsabilité d’aider les personnes issues de la diversité à faire leur marque en politique.

Elizabeth May prendra part, samedi et dimanche, à deux collectes de fonds virtuelles de la candidate à la chefferie Annamie Paul, une femme noire. Ces événements s’inscrivent dans la tournée de « quatre ou cinq arrêts » intitulée « Le prochain chapitre » visant à promouvoir la participation en politique de personnes autres que des hommes blancs. La présence de Mme May irrite grandement le meneur présumé de la course, David Merner.

« C’est décevant parce que quand elle s’est désistée comme leader du Parti vert, elle a annoncé en conférence de presse, et l’a répété depuis, qu’elle ne s’ingérerait pas dans la course au leadership », explique M. Merner en entrevue avec Le Devoir. « Je pense que cette décision devrait faire l’objet d’une révision. »

M. Merner déplore le « deux poids deux mesures » du Parti vert puisqu’il interdit par ailleurs à tous les présidents d’association de circonscription de s’impliquer dans la course. Il a écrit au parti mardi pour demander des explications et une révision de la décision. Il attend une réponse.

Aux yeux de David Merner, il ne fait aucun doute que la présence de Mme May procurera à Annamie Paul un avantage dans la course. « C’est clair qu’Elizabeth May est très, très populaire dans le parti, et avec raison. Elle a été notre leader pendant 13 ans et elle a fait un magnifique travail, alors c’est certainement un avantage. »

Aider la diversité

En entrevue, Mme May se défend de prendre position. Elle explique que c’est le Parti vert qui lui a demandé d’aider les candidatures issues de la diversité. « Je reste absolument neutre. Mais le comité de la course à la chefferie m’a demandé d’aider les collectes de fonds des candidats qui font partie d’un groupe en quête d’équité », explique-t-elle au Devoir.

Mme May ajoute que dans toutes les formations politiques, ce sont « les hommes blancs qui ont le pouvoir ». « Je serais absolument à l’aise de participer à d’autres événements organisés par d’autres candidats [dans la course] qui sont des hommes qui ont détenu le pouvoir à une autre époque. Mais pas pour les collectes de fonds. Parce qu’ils ont leur propre réseau pour lever des fonds. »

Un autre aspirant à la chefferie n’est pas d’accord avec cette approche. « Je trouve ça injuste », lance Alex Tyrrell. M. Tyrell dirige actuellement le Parti vert du Québec et décidera la semaine prochaine s’il se lance dans la course fédérale. Il estime que le parti aurait dû s’y prendre autrement.

« Si le but était vraiment d’augmenter la diversité et de donner la chance aux personnes qui n’ont peut-être pas les moyens de lever les fonds requis, il aurait été possible de le faire dans les règlements de la course et pas l’annoncer à deux semaines de la fermeture de la période de nomination. »

Il pointe vers les frais d’entrée de la course, établis d’abord à 50 000 $ puis ramenés à 30 000 $. Le Parti vert aurait pu, suggère M. Tyrrell, décider de les réduire pour les candidats faisant partie de plusieurs catégories traditionnellement défavorisées en politique (être femme, jeune, d’une ethnicité minoritaire ou encore non-hétérosexuel).

M. Tyrrell trouve la situation ironique puisqu’en début de course, il s’était plaint du coût d’entrée trop élevé de la course. Il avait co-signé avec quatre des cinq aspirants de l’heure une lettre demandant au Parti vert de revoir le tarif. « Annamie Paul est la seule candidate qui ne voulait pas revendiquer une réduction des frais d’entrée », relate-t-il.

Au moment où ces lignes étaient écrites, l’équipe de Mme Paul n’avait pas répondu à notre demande d’entrevue.

Un autre candidat dans la course, l’ex-maire de Winnipeg Glen Murray, n’a pas voulu accorder d’entrevue au Devoir sur cette question. M. Murray, un homme blanc et gai, a été critiqué récemment pour avoir dit que la race ou l’âge ne devrait pas être un facteur déterminant dans le choix du prochain chef.

La dernière personne officiellement dans la course est Amita Kuttner, une personne non-binaire d’origine asiatique. Amita Kuttner aussi pense que la participation de Mme May aux côtés d’Annamie Paul pourrait donner l’impression aux gens qu’elle a une préférence. « Ça peut donner cette impression, dit Amita Kuttner. Mais je ne sais pas si c’est vrai. » La campagne d’Amita Kuttner est en train elle aussi d’organiser un événement aux côtés d’Elizabeth May, puisqu’elle s’y qualifie.

Le Parti vert ne condamne pas la décision de Mme May. Sa porte-parole, Rosie Emery, s’est bornée à dire que « c’est le choix de Mme May » de participer à la tournée d’Annamie Paul, contredisant ainsi la version de la principale intéressée. Selon la porte-parole, Elizabeth May a demandé au comité organisateur de la course la permission d’aider les candidats issus de la diversité et « le comité a répondu par l’affirmative ».

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