Trudeau se défend d’avoir été trop généreux

Le premier ministre Justin Trudeau lors de son point de presse quotidien
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau lors de son point de presse quotidien

Justin Trudeau se défend d’avoir été trop généreux en distribuant la Prestation canadienne d’urgence sans en exclure d’entrée de jeu les demandes illégitimes. La priorité était de distribuer cette aide rapidement à la grande majorité des personnes qui en avaient réellement besoin, a martelé le premier ministre.

Le gouvernement fédéral est sur la défensive depuis que le National Post a révélé que des demandes de PCU qui semblent frauduleuses ont néanmoins été approuvées. Comme l’avait indiqué Ottawa au départ, les vérifications quant au bien-fondé des demandes de PCU se feront en aval et l’argent doit être récupéré lors de la période des impôts de l’année prochaine.

« Nous avons fait le choix dès le début, en tant que gouvernement, que nous allions aider ces millions de Canadiens », a dit Justin Trudeau jeudi, en rappelant que des millions de Canadiens ont perdu leur emploi depuis deux mois et que plus de sept millions d’entre eux se sont prévalus de la PCU.

Mais le National Post rapporte que le gouvernement a pour politique d’autoriser même les demandes de travailleurs qui ont volontairement quitté leur emploi.

« Si on avait instauré un système qui exigeait une vérification complète du dossier de chaque personne qui la demandait, il y aurait des millions de personnes qui attendraient encore de recevoir la Prestation canadienne d’urgence », a rétorqué le premier ministre. « On sait que 99 % des Canadiens qui font des demandes pour ces programmes en ont réellement besoin et ce n’est pas à cause de 1 % de fraudeurs qu’on va ralentir ou empêcher des millions de Canadiens de recevoir l’aide dont ils ont si besoin », a-t-il déclaré, en assurant que toute tentative de fraude sera dépistée dans les prochains mois.

L’Agence du revenu s’est mise à contrôler certaines demandes de PCU récemment, si celles-ci sont faites au nom d’un jeune de moins de 15 ans ou d’une personne âgée peu susceptible d’avoir perdu son emploi. Des fonctionnaires de l’ARC ont en outre expliqué à la CBC que l’Agence compte demander aux employeurs canadiens de lui remettre des relevés mensuels des salaires versés aux employés, plutôt que des relevés annuels, afin de découvrir les prestataires qui auront gagné plus de 1000 $ par mois ce printemps tout en touchant la prestation — ce qui est interdit.

 

La PCU bientôt ajustée ?

Plusieurs employeurs et certains premiers ministres provinciaux — dont François Legault — ont dit craindre que la PCU de 2000 $ par mois soit si généreuse qu’elle décourage les travailleurs de revenir au boulot alors que les activités économiques reprennent peu à peu au pays.

Après des semaines de critiques en ce sens, Justin Trudeau s’est montré ouvert à ajuster les critères de la PCU jeudi. « Trouver comment on va modifier ou terminer certains programmes en en étendant d’autres, c’est toutes les questions qu’on est en train de regarder. Pour l’instant, on est encore dans le mode urgence. […] Et au fur et à mesure qu’on s’approche des prochaines étapes, on va effectivement modifier les programmes. Mais de quelle façon, ça reste à voir », a indiqué le premier ministre.

Le Bloc québécois et le Parti conservateur ont suggéré que la PCU soit retranchée de façon graduelle si un prestataire gagne plus de 1000 $ par mois. À l’heure actuelle, dès que celui-ci gagne plus de 1000 $, il perd la totalité de la PCU. « C’est [exactement] ce qu’on est en train de regarder, toute cette question [sur la façon dont] on va rouvrir l’économie », a dit M. Trudeau.

Sa ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, avait reconnu elle aussi mercredi que la PCU et son équivalent pour les étudiants, la PCUE, pourraient être ajustées en ce sens au fil de la reprise économique. Elle avait cependant exclu que ce changement soit apporté à court terme.

Plus de 7,8 millions de Canadiens reçoivent la PCU, soit une facture 30,5 milliards. Le gouvernement fédéral a aussi créé une subvention salariale de 75 % pour les entreprises, afin de les encourager à conserver leurs travailleurs et de faciliter éventuellement la relance de leurs activités.

Or, tandis qu’Ottawa espérait que la subvention salariale remplace peu à peu le recours à la PCU, celle-ci semble avoir été moins populaire que ce qui était espéré. En date de lundi, le gouvernement n’avait reçu que 132 481 demandes de subvention salariale. De ce nombre, 123 642 ont été approuvées, pour 1,7 million de travailleurs et une somme totale 3,36 milliards. Le fédéral avait mis de côté une enveloppe de 73 milliards.

M. Trudeau a annoncé la semaine dernière qu’il prolongera la subvention salariale au-delà de début juin.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, a noté que le processus de demandes de subvention salariale n’est en vigueur que depuis la fin d’avril. « Vu que le soutien aux emplois a été annoncé il y a deux semaines, il va falloir laisser ce soutien prendre son effet. »

L’aide aux pêcheurs

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé une aide de près de 470 millions pour soutenir l’industrie canadienne de la pêche.

Les pêcheurs au pays ont été eux aussi durement touchés par la COVID-19, notamment en raison de la baisse des exportations et de la fermeture des restaurants et des hôtels.

« Non seulement les gens doivent ralentir ou même arrêter leurs activités pour protéger leurs travailleurs, mais le prix et la demande des produits de la mer ont également chuté », a dit M. Trudeau lors de sa conférence de presse quotidienne jeudi.

Le gouvernement fédéral lance deux initiatives pour venir en aide aux pêcheurs qui ne se qualifient pas pour les programmes fédéraux annoncés jusqu’à maintenant.

La Prestation aux pêcheurs pourra couvrir jusqu’à 75 % des pertes, à concurrence de 10 000 $, pour les pêcheurs qui auront connu une baisse de revenus de 25 % au cours de la présente saison.

De plus, la Subvention aux pêcheurs fournira un soutien financier non remboursable d’une valeur maximale de 10 000 $, selon les revenus des années antérieures.

Les règles de l’assurance-emploi seront également changées afin que les pêcheurs puissent demander des prestations en fonction des revenus gagnés dans les années précédentes.

La Presse canadienne


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