Ottawa aide les provinces à mieux payer leurs travailleurs essentiels

Le premier ministre fédéral Justin Trudeau fait le point sur la pandémie de coronavirus.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre fédéral Justin Trudeau fait le point sur la pandémie de coronavirus.

Le gouvernement fédéral versera trois milliards de dollars pour aider les provinces à bonifier les salaires de leurs travailleurs essentiels, à condition que ces provinces participent à l’effort et paient leur part des primes promises. Ottawa a en outre annoncé que plus de 1000 soldats sont maintenant sur le terrain dans 20 CHSLD de la région de Montréal.

Justin Trudeau négociait depuis quelques semaines avec ses homologues provinciaux afin de hausser quelque peu les salaires de travailleurs essentiels au pays. Une entente a finalement été convenue. Ottawa propose de payer les trois-quart d’une prime pour ces travailleurs à faible revenu et que les provinces paient le reste. Il reviendra aux gouvernements provinciaux de déterminer quels travailleurs auront droit à une telle bonification de leur salaire et de fixer la somme de cette prime.

« Nous jugions qu’il vaut mieux que les provinces choisissent quelle est la meilleure façon d’aider les travailleurs qui font un boulot si important partout au pays », a expliqué M. Trudeau lors de son point de presse quotidien jeudi. « Nous avons confiance que les provinces s’assureront que les gens qui ont besoin cette aide la recevront. »

Le premier ministre québécois François Legault s’était inquiété que la Prestation canadienne d’urgence (PCU) du fédéral soit si généreuse – avec un versement de 2000 $ par mois imposable — qu’elle décourage certains travailleurs essentiels de braver le risque d’attraper la COVID-19 en allant travailler. Car la PCU équivaut à une rémunération d’un peu moins de 40 heures par semaine au salaire minimum québécois de 13,10 $ l’heure.

Les premiers ministres néo-brunswickois Blaine Higgs et manitobain Brian Pallister avaient exprimé les mêmes craintes.

M. Trudeau n’a pas voulu admettre que ces provinces avaient raison et que c’est pour cela qu’il offre aujourd’hui de les aider à offrir une prime à ces travailleurs. La PCU était « une mesure essentielle », a-t-il rétorqué. « En même temps, on reconnaît qu’il y a des travailleurs qui font des travaux essentiels pour la société qui méritent d’avoir une bonification de leur salaire », s’est-il contenté d’expliquer.

La facture baisse à Québec

L’aide fédérale viendra aider le gouvernement québécois à éponger les coûts des primes qu’il avait déjà annoncées.

Le mois dernier, le gouvernement de François Legault a promis quelques primes pour ses travailleurs essentiels. Le Programme incitatif pour la rétention des travailleurs essentiels (PIRTE) a été mis sur pied pour verser un supplément de 100 $ par semaine aux quelque 600 000 Québécois œuvrant dans un secteur jugé essentiel mais gagnant moins de 550 $ par semaine. Le programme devait coûter 890 millions $. Le fédéral en couvrira désormais les trois-quarts.

L’Ontario, la Colombie-Britannique et la Saskatchewan, notamment, ont elles aussi mis en place de tels programmes de bonification salariale pour leurs travailleurs essentiels.

Bientôt 1350 soldats à Montréal

Le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, a quant à lui annoncé jeudi que les 760 militaires qui prêtent main-forte dans les CHSLD de la région de Montréal recevront des renforts aujourd’hui. Ils seront bientôt plus de 1020 dans 20 centres de soins de longue durée de la région de Montréal. Parmi ceux-ci, 670 soldats travailleront dans les établissements tandis que les 350 autres offriront un soutien logistique en assurant notamment la livraison d’équipement de protection personnel ou médical et en assurant la liaison avec le gouvernement québécois.

Il y a dix jours, François Legault avait réclamé l’aide de 1000 soldats. Le gouvernement québécois revu sa demande à la hausse, depuis, ce qui fait que davantage de soldats seront dépêchés dans cinq centres supplémentaires de la métropole d’ici lundi, pour un total de 1350 soldats qui se trouveront alors sur le terrain. Mi-avril, un premier déploiement de 125 soldats avait été envoyé dans cinq CHSLD de la région de Montréal.

Du côté de l’Ontario, qui a elle aussi appelé l’armée en renfort, 265 soldats donnent leur appui dans cinq centres de soins de longue durée de banlieues de Toronto.

Le ministre Sajjan s’est défendu d’avoir mis trop de temps à déployer ces soldats dans les deux provinces, qui peinent à contrôler les ravages de la pandémie dans leurs résidences pour personnes âgées. En début de semaine, François Legault s’était montré impatient d’attendre encore l’arrivée de renforts après les avoir réclamés le 22 avril.

Mais les membres des Forces armées devaient suivre une formation d’environ cinq jours, a argué le ministre Sajjan. Et bien que l’armée compte 24 000 professionnels médicaux, ceux-ci doivent aussi pouvoir aider le reste du pays, a-t-il fait valoir, ce qui fait qu’ils ne peuvent pas simplement être tous dépêchés au Québec ou en Ontario. « Le plan que nous mettons en place doit aussi assurer que nous pouvons répondre à différentes urgences aux quatre coins du pays et on se prépare à tout, en allant des feux de forêts aux inondations. Et je suis encore très préoccupé par les communautés nordiques », a expliqué M. Sajjan.

« Nous procédons aussi rapidement que possible et dans autant de résidences que possible, afin d’offrir le soutien dont le Québec a besoin », a-t-il insisté.

Les soldats canadiens se relaient 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Le personnel médical aide aux soins de santé ou aux soins intimes des résidents. La majorité des troupes est cependant composée de personnel de soutien, qui effectuent les tâches habituellement confiées aux préposés aux bénéficiaires.

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