Ottawa n’a pas de plan pour renflouer les coffres après la pandémie

Justin Trudeau écarte la possibilité d’instaurer à court ou moyen terme des mesures d’austérité ou un impôt spécial afin de rembourser l’énorme dette que le Canada aura accumulée pendant la pandémie de coronavirus. Le Canada était dans une bonne posture économique à l’entrée de la crise et il en sortira tout aussi fort, prédit le premier ministre.

« Nous allons pouvoir en sortir, j’espère, mieux positionnés que d’autres et on ne devrait pas avoir à amener des mesures exceptionnelles », a-t-il déclaré jeudi en conférence de presse.

C’est que le Directeur parlementaire du budget (DPB), Yves Giroux, a publié une analyse prédisant que le déficit pour l’année en cours s’élèvera à 252 milliards de dollars, une somme qui s’ajoutera à la dette du pays. À titre de comparaison, la dette canadienne, ou déficit accumulé, s’élevait à 685 milliards en 2018-19 (dernière année pour laquelle le chiffre est disponible). Selon le DPB, la dette du Canada atteindra alors 48,4 % du Produit intérieur brut (PIB) du Canada. Il faut remontrer à 1999-2000 pour retrouver un ratio aussi élevé. Depuis plusieurs années, le Canada tentait de ramener ce pourcentage dans une fourchette de 25 % à 30 %.

Le DPB a aussi noté que la Prestation canadienne d’urgence, qui alloue 2000 $ par mois aux personnes ayant perdu leurs revenus à cause de la pandémie, coûtera beaucoup plus cher que prévu par Ottawa, soit 35,5 milliards au lieu de 24 milliards. De même, la subvention salariale en coûtera selon le DPB 3 milliards de plus, pour une facture anticipée totale de 76 milliards.

Malgré ces chiffres sans précédent, le premier ministre Trudeau ne pense pas que ce soit le temps de penser aux finances publiques d’après crise. « On n’est pas du tout en train de penser à cela maintenant », a-t-il répondu aux journalistes qui le questionnaient sur les analyses du DPB. « On a énormément confiance dans la reprise économique dans la capacité des Canadiens de reprendre nos activités économiques et la prospérité que nous avions vue pendant bien des années Les fondamentaux de notre économie demeurent extrêmement forts. […] Certainement qu’on va avoir des réflexions à faire là-dessus, mais pour l’instant, nous sommes concentrés sur ce qu’il faut faire pour aider les Canadiens à passer à travers. »

Dans son analyse, le DPB Yves Giroux a souligné que ce niveau d’endettement record du Canada ne compromettait pas sa capacité d’emprunt future. « Compte tenu de la nature temporaire des mesures budgétaires et de l’expérience du passé, et étant donné que les taux offerts sur le marché du crédit sont historiquement bas, tout laisse croire que le gouvernement pourrait contracter d’autres emprunts s’il le fallait. »

Des hélicoptères cloués au sol

Le premier ministre a par ailleurs profité de sa conférence de presse quotidienne pour confirmer qu’un hélicoptère CH-148 Cyclone canadien s’est écrasé mercredi avec six membres de l’armée canadienne à son bord, dans la mer Ionienne près de la côte de la Grèce. Le corps d’une première victime a été retrouvé, celui de la sous-lieutenant Abbigail Cowbrough. Les recherches se poursuivent pour retrouver les cinq autres.

« L’hélicoptère opérait avec le NCSM Fredericton dans le cadre du 2e Groupe maritime permanent de l’OTAN (SNMG2) », a expliqué la Défense par courriel. Le Canada se trouve dans la région dans le cadre de son Opération Reassurance, une mission visant à assurer une présence militaire visible en Méditerranée en soutien aux efforts de l’OTAN pour renforcer sa défense collective en Europe centrale et en Europe de l’Est. Le navire NCSM Fredericton avait quitté Halifax en janvier et devait revenir seulement en juillet. « Le contact avec l’hélicoptère a été perdu alors qu’il participait à des exercices avec des membres alliés près de la Grèce », a expliqué l’armée canadienne sur Twitter.

L’achat de la flotte d’hélicoptères Cyclone avait été truffée de problèmes de développement, de retards et de dépassements de coûts. Le Canada devait à l’origine recevoir 28 appareils du fabricant Sikorsky en 2008, mais le premier hélicoptère n’a été livré qu’en 2015 et il y manquait de l’équipement et des logiciels essentiels. À ce jour, seuls 18 appareils ont été reçus.

Le chef d’état-major des Forces armées canadiennes, Jonathan Vance, a indiqué que toute la flotte d’hélicoptères CH-148 serait clouée au sol. « Une pause opérationnelle doit être mise en place par les forces aériennes pour deux raisons principales, a-t-il expliqué en conférence de presse aux côtés de M. Trudeau. D’abord pour laisser les membres de cette communauté d’hélicoptère maritimes d’avoir un moment pour penser et se souvenir de leurs camarades et c’est important. C’est une communauté assez petite, très proche et fière. Ils ont perdu peut-être des membres de leur communauté. Alors c’est difficile. Et deuxièmement, il faut éliminer la possibilité qu’il y a un problème avec la flotte. »

Le général a toutefois assuré qu’il avait entièrement confiance dans ces appareils. « Je n’ai aucune préoccupation quant à la performance de ces hélicoptères. Ils fonctionnent merveilleusement. »