Les villes réclament une aide de 10 milliards à Ottawa

Confrontées à des pertes financières sans précédent en raison de la pandémie de coronavirus, les villes canadiennes ont réclamé d’Ottawa une aide d’urgence d’au moins 10 milliards de dollars. À Montréal, où le manque à gagner pourrait atteindre 538,5 millions, l’administration de la mairesse Valérie Plante entend procéder à des compressions de 123,4 millions.

En quelques semaines, les villes à travers le pays ont vu leur santé financière s’effondrer. Elles ont dû hausser leurs dépenses pour maintenir les services essentiels et pour venir en aide à leurs citoyens en appuyant les services de santé et en mettant en place diverses mesures, comme le soutien aux itinérants.

Mais elles appréhendent déjà des pertes de revenus importantes, de 10 à 15 milliards pour l’ensemble des villes, a indiqué le président de la FCM et conseiller de municipalité régionale d’Halifax, Bill Karsten, lors d’une conférence de presse en compagnie de Don Iveson, maire d’Edmonton, et de Maxime Pedneaud-Jobin, maire de Gatineau.

Si, pour Montréal, le manque à gagner est estimé à 538,5 millions, il pourrait être de près de 1,7 milliard pour Toronto et de 400 millions pour Calgary.

Plusieurs villes ont repoussé le paiement des taxes, et leurs revenus en droits de mutation et permis risquent de fondre. Et c’est sans compter la chute des revenus liés aux transports en commun, car les métros et les autobus continuent de rouler.

 

À lui seul, le transport collectif essuie des pertes de 400 millions par mois à la grandeur du Canada, estime la FCM.

« Pendant qu’on combat le feu, la caserne est menacée, a illustré Maxime Pedneaud-Jobin. Juste à Gatineau, c’est environ 35 millions qu’on perd cette année. Mais ces 35 millions, où est-ce qu’on les prend ? On revient à notre fiscalité préhistorique du XIXe siècle : on le prend soit en taxant les propriétaires fonciers en période de crise, soit en [réduisant] les services à un moment où les populations, notamment les plus vulnérables, ont besoin des services municipaux. »

Des 10 milliards réclamés, 7,6 milliards devraient être versés directement aux villes et 2,4 milliards à celles qui exploitent des réseaux de transport collectif, précise la FCM.

Les municipalités jugent inconcevable de devoir hausser les taxes. À titre d’exemple, la FCM avance que, pour éviter d’avoir à sabrer les services, Toronto devrait augmenter l’impôt foncier de 56 %. À Montréal, les taxes devraient grimper de 18 %.

La loi interdit aux villes d’enregistrer des déficits, mais les maires ne croient pas qu’obtenir le droit de le faire soit une solution viable. « C’est pelleter le problème en avant », estime Maxime Pedneaud-Jobin.

Questionné au sujet des demandes des villes, le premier ministre Justin Trudeau a rappelé que les municipalités relevaient des provinces. « Nous respectons les compétences des provinces par rapport aux municipalités, a-t-il dit. Nous allons continuer de travailler avec les provinces sur la question des municipalités et dans plusieurs cas avec les municipalités directement quand c’est approprié. »

Des compressions

À Montréal, l’administration de la mairesse Plante a présenté un plan de compression de 123,4 millions. Les services centraux devront réduire de 85,7 millions leurs dépenses pour 2020 et les arrondissements auront 28,7 millions à retrancher.

Montréal imposera aussi d’autres mesures, comme un gel des embauches, des honoraires professionnels et des achats. L’administration entend toutefois respecter sa promesse de ne pas hausser les taxes au-delà de l’inflation l’an prochain. De même, elle souhaite épargner les services aux citoyens.

Mais la pandémie fait mal. La Villede Montréal évalue que, dans lemeilleur scénario, qualifié d’« optimiste », elle pourrait faire face à un manque à gagner de 258,8 millions.

Ce montant inclut les pertes anticipées de 154 millions pour le transport en commun.

Le scénario « pessimiste » fait toutefois grimper le déficit appréhendé à 538,5 millions. « Ce sont des hypothèses. Ça sera appelé à changer quand le déconfinement se mettra en place », a soutenu Benoit Dorais, président du comité exécutif.

La Ville dispose d’un coussin puisqu’elle a terminé l’année 2019 avec un surplus de près de 251 millions. La mairesse Plante a toutefois insisté sur la nécessité pour Québec et Ottawa de venir en aide aux municipalités.

Pour l’opposition, les compressions sont trop modestes pour affronter la tempête qui s’annonce. « La décision de seulement couper 123 millions ne sera pas suffisante et on se dirige droit vers un déficit pour 2020. L’administration s’appuie trop sur l’aide des gouvernements », estime le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez.

Selon lui, si la Ville attend l’automne pour effectuer une seconde série de compressions, elle n’aura presque plus de marge de manœuvre.

Avec Hélène Buzzetti

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