Plus d’un million de masques commandés pour le Canada resteront en Inde

<p>Le gouvernement de Narendra Modi a bloqué les exportations d’équipement de protection sanitaire, comme les masques N95, à la fin du mois de janvier.</p>
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne

Le gouvernement de Narendra Modi a bloqué les exportations d’équipement de protection sanitaire, comme les masques N95, à la fin du mois de janvier.

Près d’un million et demi de masques qui pourraient servir au réseau de la santé demeureront en Inde jusqu’à ce que le gouvernement de Narendra Modi autorise à nouveau leur exportation. Les démarches du gouvernement fédéral pour aider Protective Industrial Products (PIP), une entreprise américaine dont le siège social de sa filière canadienne est situé à Laval, ont échoué.

« C’est très frustrant », a lancé le vice-président des ventes et du marketing pour PIP Canada, Sylvain Lefebvre, en entrevue au Devoir. « On était allés en Inde pour ne pas avoir ce problème-là. » L’entreprise avait dû choisir entre un fournisseur indien et un fournisseur chinois pour fabriquer les masques à usage sanitaire et industriel qu’elle dessine ici.

Le Devoir rapportait en mars que cette importante cargaison destinée aux quelque 500 distributeurs de l’entreprise d’un bout à l’autre du pays était coincée dans des conteneurs en Inde depuis février. M. Lefebvre tentait, avec l’aide du ministère des Affaires étrangères, de faire lever l’exemption au moins pour sa commande de masques industriels — des P95 et P100 qui servent notamment pour la peinture au pistolet et la décontamination de l’amiante, mais qui auraient quand même pu être utilisés dans le réseau de la santé. La commande de PIP Canada avait été passée chez Venus Health and Safety, son fournisseur habituel en Inde.

« Vous avez peut-être déjà été informés par Venus que sa demande d’exemption du blocage des exportations d’équipement de protection individuelle, incluant les masques, a été refusée », a écrit un délégué commercial du Canada dans un courriel adressé à M. Lefebvre. « Nous avons également eu des informations officieuses du gouvernement de l’Inde et, malheureusement, ils ont refusé la requête pour les masques de votre cargaison, évoquant que la priorité est donnée à leurs propres besoins domestiques. »

« Toute la production de Venus est détournée vers le gouvernement indien présentement », peut-on lire plus loin dans la chaîne de courriel. « Aucune autre application d’aucun autre pays n’a été approuvée. »

Le gouvernement de Narendra Modi a bloqué les exportations d’équipement de protection sanitaire, comme les masques N95, à la fin du mois de janvier après la détection du premier cas officiel d’infection au coronavirus sur le territoire indien.

Sylvain Lefebvre devra donc attendre avant de recevoir ses huit conteneurs de masques N95, P95 et P100 et pour lesquels il a versé un acompte d’environ 400 000 $. Combien de temps ? Il ne le sait pas. « Je prends deux Prozac le matin pour me calmer les nerfs », a-t-il dit au Devoir, pince-sans-rire.

Entre-temps, l’entreprise se rabat sur sa production locale de visières et de portes visières qui sont en demande depuis la reprise du secteur de la construction résidentielle lundi. Elle a demandé un financement de 300 000 $ à Investissement Québec pour augmenter sa production quotidienne de 12 000 à 24 000 visières et de 2000 à 8000 portes visières.

Elle envisage toujours de se lancer dans la fabrication de masques au Québec, mais il s’agit d’un projet de longue haleine puisqu’il lui faudrait une nouvelle usine robotisée pour être en mesure de concurrencer les prix chinois ou indiens. C’est en plus des étapes à franchir pour certifier les masques N95 auprès du National Institute for Occupational Safety and Health, une agence fédérale américaine vouée à la prévention des accidents de travail et des maladies professionnelles.

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