Le secteur pétrolier recevra l’aide d’Ottawa

En Alberta, on estime qu’il y a 3406 puits abandonnés et 94 000 autres susceptibles de le devenir.
Photo: Jeff McIntosh Archives La Presse canadienne En Alberta, on estime qu’il y a 3406 puits abandonnés et 94 000 autres susceptibles de le devenir.

Le gouvernement fédéral ouvre encore les goussets et vient en aide cette fois à l’industrie pétrolière, doublement affectée par la pandémie de coronavirus et la chute brutale des cours du pétrole. Mais si le soutien offert est salué par le premier ministre albertain, Jason Kenney, ce dernier espère qu’il ne s’agit que d’une première étape.

Ottawa affectera ainsi 750 millions de dollars à un Fond de réduction des émissions pour atténuer les émissions de méthane, grandes contributrices au réchauffement planétaire. « Cette crise de santé publique ne doit pas nous empêcher d’agir pour contrer la crise climatique », a plaidé le premier ministre, Justin Trudeau. Il a expliqué que « plusieurs entreprises font face à des problèmes de liquidités qui les empêchent d’investir dans les technologies qui leur permettraient de réduire leurs émissions ou de colmater les fuites de méthane ». Ce fonds prendra la forme de contributions remboursables.

Ottawa s’engage de plus à investir 1,7 milliard de dollars pour nettoyer les puits orphelins ou abandonnés en Alberta, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. En Alberta seulement, on estime qu’il y a 3406 puits abandonnés et 94 000 autres susceptibles de le devenir et qu’il en coûterait 30 milliards de dollars pour les nettoyer.

Ottawa calcule que ces deux programmes permettront de maintenir 10 000 travailleurs en poste.

On veut s’assurer d’abord et avant tout qu’on aide les familles et les travailleurs

 

Ces mesures sont loin des 15 milliards de dollars d’aide dont avaient fait état certaines rumeurs au cours des dernières semaines. Le premier ministre Kenney a néanmoins remercié Ottawa pour « cette importante première étape », rappelant que le nettoyage des puits abandonnés permettra « aux entreprises du secteur de l’énergie d’aller de l’avant pendant ces temps dévastateurs ».

Avant que la pandémie ne frappe, l’industrie souffrait déjà de la guerre de prix menée par l’Arabie saoudite contre la Russie. La pandémie a fait chuter la demande mondiale pour l’or noir à un point tel qu’en mars, le baril de pétrole s’est transigé pour aussi peu que 5 $. Il a remonté depuis, mais à titre de comparaison, l’Alberta a bâti son budget de février dernier en présumant un prix de 58 $ le baril. Aussi Jason Kenney espère-t-il « davantage d’aide pour répondre à la crise dans le secteur énergétique du Canada ».

« Lorsque l’industrie automobile et les banques ont été menacées pendant la crise financière mondiale il y a une décennie, c’est grâce à l’économie de l’Alberta, soutenue par l’industrie énergétique, que le Canada a pu fournir le soutien urgent dont elles avaient besoin », a-t-il ajouté.

Il s’agit d’une façon à peine voilée de réitérer sa demande — inspirée par la requête de 65 patrons du secteur pétrolier — qu’Ottawa achète des parts dans les entreprises pétrolières comme il l’avait fait pour GM et d’autres manufacturiers automobiles en 2008.

Ottawa n’a rien annoncé à ce sujet vendredi, et le ministre des Finances, Bill Morneau, a semblé rejeter cette possibilité. « Les [chefs d’]entreprises ne veulent pas que le gouvernement détienne du capital-actions dans leurs entreprises. Ils veulent trouver un moyen de poursuivre leurs opérations », a-t-il affirmé. À cet effet, le gouvernement a annoncé que les entreprises de taille moyenne du secteur énergétique pourront obtenir des prêts commerciaux endossés par Ottawa.

M. Trudeau a répliqué à ceux qui estiment qu’il n’aide pas assez l’industrie en faisant valoir que son objectif premier était d’aider les personnes, et que celles œuvrant dans le secteur pétrolier obtiennent déjà de l’aide — comme les autres travailleurs — par la voie de la Prestation canadienne d’urgence et de la subvention salariale.

Pour l’industrie pétrolière, « on a besoin d’en faire un petit peu plus et c’est exactement ce qu’on est en train de faire, a dit M. Trudeau. On regardera s’il y a autre chose qu’on a besoin de faire, mais on veut s’assurer d’abord et avant tout qu’on aide les familles et les travailleurs. »

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a déploré que le gouvernement Trudeau ait mis autant de temps à annoncer de l’aide pour l’industrie pétrolière. Le ministre des Finances, Bill Morneau, avait parlé d’une annonce imminente il y a trois semaines, a-t-il noté. « Les gens qui souffrent à cause de cette pandémie et des autres obstacles auxquels fait face l’industrie énergétique souffrent en temps réel. Ils s’étaient fait promettre de l’aide il y a près d’un mois. »

M. Trudeau a par ailleurs annoncé qu’il bonifiait son aide aux petites entreprises de 962 millions de dollars par le truchement des agences de développement économique régional. Cela viendra en aide aux entreprises qui ne se qualifient pas à la subvention salariale de 75 % ou les prêts sans intérêt de 40 000 $. De même, Patrimoine Canada obtiendra 500 millions de dollars supplémentaires pour appuyer les artistes, les créateurs et les athlètes.

Parlement de retour ?

Les négociations se poursuivent entre les quatre partis politiques reconnus officiellement à la Chambre des communes sur les modalités de retour du Parlement. Selon la motion ajournant les travaux parlementaires adoptée le 13 mars dernier, la Chambre doit revenir ce lundi. Il faut le consentement des quatre partis pour repousser cette date et ce consentement n’a toujours pas été obtenu. M. Trudeau a indiqué avoir proposé aux autres partis de tenir une séance par semaine en personne d’ici à ce que des séances virtuelles puissent être organisées. « Nous espérons que les partis d’opposition vont accepter cette proposition parce que sinon, le Parlement est censé siéger avec 338 députés dès lundi matin qui s’en vient et ce n’est pas le temps pour cela », a dit M. Trudeau. En coulisses, les libéraux disent n’avoir toujours pas obtenu de réponse des conservateurs. M. Scheer a rétorqué qu’il jugeait l’offre libérale insuffisante. « Ils ont répondu avec l’élimination d’à peu près 80 % des heures normales de la Chambre des communes », s’insurge M. Scheer. « Nous croyons que si le premier ministre et les autres ministres peuvent faire des annonces chaque jour, ils peuvent donner l’information dans la Chambre des communes et répondre aux questions. C’est essentiel. »

Hélène Buzzetti et Marie Vastel

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