La frontière restera fermée, répond Trudeau à Trump

Ottawa et Washington ont convenu de fermer la frontière aux passages non essentiels le 21 mars dernier. Cet accord prévoyait de réévaluer la situation 30 jours plus tard, soit d’ici mardi prochain.
Jacques Nadeau Le Devoir Ottawa et Washington ont convenu de fermer la frontière aux passages non essentiels le 21 mars dernier. Cet accord prévoyait de réévaluer la situation 30 jours plus tard, soit d’ici mardi prochain.

N’en déplaise à Donald Trump, le premier ministre Justin Trudeau assure que la frontière entre le Canada et les États-Unis ne rouvrira pas de sitôt.

Le président américain souhaite relancer rapidement l’économie de son pays. Donald Trump a dévoilé son plan de déconfinement jeudi soir, lequel laisse le soin aux gouverneurs de décider s’ils veulent rouvrir leur État, à condition que les cas de COVID-19 y soient en déclin depuis au moins quatorze jours. Certains États pourraient le faire dès vendredi, a dit le président.

Mercredi, il a laissé entendre qu’une réouverture de la frontière canado-américaine pourrait faire partie de cet effort de relance économique rapide. « Nous avons une très bonne relation avec le Canada. Nous allons en parler. Ce sera l’une des premières frontières à être rouvertes », a-t-il avancé.

Mais le Canada n’est pas du même avis. Bien que M. Trudeau ait lui aussi vanté l’amitié qui lie les deux pays, le premier ministre canadien a argué jeudi qu’il faut encore contrôler les frontières canadiennes pour protéger la santé des citoyens. « Nous allons continuer de collaborer, de [nous] coordonner. Mais la réalité est [qu’il s’écoulera] encore bien des semaines avant qu’on puisse parler de relâcher les restrictions par rapport à nos frontières ou par rapport à la distanciation sociale », a-t-il tranché.

 

Discussions

Ottawa et Washington discutent ces jours-ci de la question, car lorsque les deux gouvernements ont convenu de fermer la frontière aux passages non essentiels le 21 mars dernier, cet interdit prévoyait de réévaluer la situation 30 jours plus tard — c’est-à-dire d’ici mardi prochain, le 21 avril.

« Au cours des derniers jours, nous avons eu des conversations productives avec nos voisins américains quant aux restrictions à la frontière. Le Canada estime que la bonne chose à faire serait de prolonger ces restrictions frontalières », a statué à son tour la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland.

Et Ottawa ne compte pas se faire tordre le bras par le gouvernement Trump, même si ce dernier n’est pas d’accord, a-t-elle prévenu.

« Les décisions entourant la frontière du Canada sont prises par les Canadiens. Point final. Et en ce qui a trait au fait d’assouplir les restrictions à la frontière, notre gouvernement ne le fera que lorsque ce sera approprié et que cela ne posera pas de risque à la santé et à la sécurité des Canadiens. »

La pandémie de COVID-19 fait beaucoup moins de ravages au Canada qu’aux États-Unis. Les Américains affichent désormais le plus grand nombre de cas de contamination dans le monde — plus de 667 000 cas et 32 800 décès aux États-Unis en date de jeudi soir, contre 30 800 cas au Canada et 1258 décès.

La gestion de la pandémie dans les deux pays est en outre fort différente. Alors que Donald Trump permet déjà la levée de certaines mesures de confinement aux États-Unis, Justin Trudeau martèle depuis des jours qu’elles demeureront en place encore plusieurs semaines au Canada.

Le gouvernement canadien a aussi resserré cette semaine les mesures de la quarantaine imposée aux voyageurs de retour au Canada. Même les voyageurs asymptomatiques doivent désormais démontrer qu’ils peuvent s’isoler sans menacer la santé d’autrui, autrement ils seront envoyés de force en quarantaine à l’hôtel.

La Santé publique fédérale a également modifié ses recommandations sur le port du masque non médical pour conseiller aux Canadiens d’en porter un s’ils ne peuvent pas maintenir une distanciation sociale en faisant leur épicerie ou en se déplaçant en transports en commun.

Avec Hélène Buzzetti

À voir en vidéo