Ottawa aidera les provinces à bonifier les salaires des travailleurs de la santé

Le premier ministre, Justin Trudeau, prend acte de l’effet pervers que pourrait avoir sa Prestation canadienne d’urgence (PCU) sur le maintien en poste des travailleurs essentiels touchant le salaire minimum ou à peine plus. Il concoctera donc, en collaboration avec les provinces, un supplément salarial pour les inciter à demeurer au travail, en particulier ceux œuvrant dans le secteur de la santé, malmené par la pandémie. Pour les autres travailleurs laissés pour compte, le gouvernement fédéral élargit l’accès de sa PCU afin de venir aussi en aide aux artistes, aux pigistes et aux saisonniers.

« On doit tous faire preuve de leadership pour soutenir les aînés qui ont bâti ce pays », a expliqué M. Trudeau en point de presse mercredi. « Pour commencer, notre gouvernement travaillera avec les provinces et territoires pour augmenter le salaire de nos travailleurs essentiels qui gagnent moins de 2500 $ par mois comme ceux de nos établissements de soins de longue durée. »

Le montant du supplément n’a pas encore été déterminé : il fera l’objet de discussions avec les provinces. Il reviendra à chacune d’entre elles de déterminer quels travailleurs elle juge essentiels. Les provinces pourraient décider d’inclure des travailleurs de secteurs autres que celui de la santé puisque dans son document d’information, Ottawa fait aussi mention de ceux « qui assurent l’intégrité de l’approvisionnement alimentaire » et ceux « qui fournissent des services de détail essentiels ».

 

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Ottawa emboîte ainsi le pas au Québec et à la Colombie-Britannique, qui ont toutes deux déjà annoncé une bonification salariale pour leurs travailleurs essentiels à faible revenu. Début avril, le gouvernement de François Legault a en effet annoncé la mise en place du Programme incitatif pour la rétention des travailleurs essentiels (PIRTE). Le PIRTE verse un supplément de 100 $ par semaine à tout travailleur œuvrant dans un secteur jugé essentiel, mais gagnant moins de 550 $ par semaine. Le programme est censé coûter 890 millions de dollars.

L’aide d’Ottawa gonflera-t-elle encore plus la paye des travailleurs québécois ou fera-t-elle diminuer la facture assumée par Québec pour son supplément ? On l’ignore encore. Le document d’information d’Ottawa mentionne que son initiative prendra la forme d’un « nouveau transfert » devant servir à « assumer une partie du coût de ce soutien financier temporaire ». Chose certaine, la vice-première ministre, Chrystia Freeland, a assuré que le Québec y aura droit lui aussi. « Le Québec a déjà fait beaucoup sur cette question. […] Le Québec a donné un bon exemple au fédéral et à toutes les autres provinces et évidemment, le Québec ne sera pas pénalisé pour l’avoir déjà fait. »

Ce soutien salarial était devenu nécessaire à cause de la mise en place de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) d’Ottawa qui offre 2000 $ par mois pendant quatre mois à tout travailleur ayant perdu ses revenus à cause de la pandémie. Ce montant équivaut à peu près à ce que touche un travailleur à temps plein œuvrant au salaire minimum. Plusieurs voix avaient fait valoir qu’il devenait difficile de convaincre les travailleurs de demeurer en poste, souvent dans des conditions difficiles, pour un gain net quasi nul.

Encore plus de PCU

Ottawa a profité de l’occasion pour élargir, comme promis depuis quelques jours, les critères d’admissibilité à sa PCU afin de permettre à un plus grand nombre de personnes de s’en prévaloir. Ainsi, une personne pourra toucher jusqu’à 1000 $ par mois en revenu d’emploi et quand même se qualifier pour le plein versement de 2000 $ par mois pendant quatre mois.

Le premier ministre a indiqué que ce changement visait à prendre en compte la situation particulière des travailleurs autonomes qui continuent peut-être à travailler çà et là, mais pas assez pour subvenir à leurs besoins essentiels. « Bien des gens ne travaillent pas autant d’heures qu’avant et d’autres doivent s’adapter aux réalités du travail à la pige ou à forfait », a illustré M. Trudeau.

De même, la PCU sera désormais accessible pour les personnes qui avaient perdu leur emploi avant que la pandémie ne frappe et dont les prestations d’assurance-emploi arrivent à échéance ces jours-ci. Leurs perspectives de dénicher un nouvel emploi sont maigres, mais elles ne pouvaient jusqu’à présent plaider le fait que la perte de leurs revenus était attribuable à la pandémie. Pour les mêmes raisons, les travailleurs saisonniers qui se seraient autrement apprêtés à reprendre du service ces jours-ci, n’eût été la pandémie, pourront eux aussi recevoir la pleine PCU.

Quant aux artistes, les droits d’auteur qu’ils touchent en ce moment pour des œuvres créées avant la pandémie ne seront pas pris en compte dans le calcul de leurs revenus aux fins de détermination de leur admissibilité à la PCU. « En ces moments d’anxiété, les artistes continuent à nous faire réfléchir, à nous faire rêver, à mettre un peu de soleil dans nos quotidiens et nous leur en sommes toujours reconnaissants », a lancé M. Trudeau.

Ottawa avait estimé le coût de la PCU à 24 milliards de dollars. Le gouvernement n’a pas indiqué mercredi combien il lui en coûterait en plus pour élargir ce programme. La ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, a expliqué qu’Ottawa attend encore de voir combien de travailleurs se prévaudront d’un autre programme d’aide (la subvention salariale pour les entreprises) plutôt que de la PCU. Depuis le 15 mars, Ottawa a reçu quelque 6 millions de demandes de PCU ou d’assurance-emploi et a en traité 5,4 millions.