Trudeau et Scheer accusés d’enfreindre les règles

Pendant que le Canada en entier est sommé de s’isoler à la maison et de pratiquer la distanciation sociale, plusieurs ont été choqués cette fin de semaine de voir Justin Trudeau et Andrew Scheer enfreindre ces mêmes consignes de santé publique. Le premier ministre a dû défendre sa décision d’aller rejoindre sa famille à son chalet, tandis que le chef de l’opposition officielle a dû faire de même après avoir rempli un avion gouvernemental avec la sienne pour rentrer à Ottawa.

Justin Trudeau a traversé la frontière québécoise samedi pour retrouver son épouse et leurs trois enfants à la deuxième résidence officielle du premier ministre, au lac Harrington au Québec — situé à 26 kilomètres de sa résidence officielle d’Ottawa. Son épouse, Sophie Grégoire, a publié des clichés de leurs célébrations de Pâques sur Instagram, y compris de leur chasse aux œufs à l’extérieur.

« Ma famille vit là depuis trois semaines », a dit le premier ministre. « Et, comme je l’ai annoncé la semaine passée, je suis allé passer Pâques avec eux. […] Nous continuons de suivre toutes les instructions des autorités. »

Or, le gouvernement québécois interdit les déplacements entre différentes régions géographiques de la province pour contrôler la propagation de la COVID-19. La frontière entre Ottawa et Gatineau est même contrôlée, afin d’éviter les entrées au Québec pour des raisons non essentielles.

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Se rendre à son chalet ne fait pas partie des raisons essentielles, stipule la Sûreté du Québec. « C’est sûr qu’on demande aux gens, pour tout ce qui est résidence secondaire, de ne pas y aller. On change de région en plus », explique le porte-parole pour l’Outaouais, Marc Tessier. Il ajoute que, lorsqu’une personne passe d’Ottawa à Gatineau pour une raison non essentielle, elle est invitée à se placer en quarantaine pendant 14 jours.

« C’est un message qui est passé », assure-t-il. Une personne ne rebroussant pas chemin est passible d’une amende pouvant aller de 1000 $ à 6000 $.

À Québec, le premier ministre, François Legault, s’est abstenu de commenter la situation, sourire en coin.

M. Trudeau n’a cependant pas été le seul à recevoir des reproches cette fin de semaine, car le chef conservateur, Andrew Scheer, a rapatrié à Ottawa samedi son épouse et leurs cinq enfants à bord du vol gouvernemental qui avait été prévu pour le ramener dans la capitale fédérale.

« Nous étions à Regina dans les premiers jours de la relâche de mars et nous avons eu à décider entre voyager par trois différents aéroports pour être ici à la séance du Parlement de samedi et prendre un vol avec seulement deux autres personnes », a fait valoir M. Scheer pour expliquer sa décision de ne pas rentrer à bord de vols commerciaux.

Le petit appareil de neuf passagers ne devait au départ que transporter M. Scheer, la ministre de l’Emploi, Carla Qualtrough, et la cheffe du Parti vert, Elizabeth May, jusqu’à Ottawa, pour la séance du Parlement qui a permis d’adopter le plan d’aide fédéral aux entreprises. Les enfants et l’épouse de M. Scheer se sont finalement joints au voyage. Puisque l’appareil de neuf places comptait désormais neuf passagers plutôt que trois, il n’a pas été possible d’y suivre les consignes de distanciation sociale et de conserver une distance de deux mètres entre les voyageurs.

M. Scheer a argué qu’il avait malgré tout pris des mesures sanitaires : son épouse avait des lingettes désinfectantes et chacun est resté dans son coin en évitant de se parler. Son équipe a déclaré que la famille voulait rentrer à Ottawa pour le reste de la session parlementaire.

Or, il n’a pas encore été déterminé si la Chambre des communes reprendra ses travaux en personne à Ottawa à compter de lundi prochain.

Qu’adviendra-t-il du Parlement ?

Lorsque les partis fédéraux ont convenu de suspendre les travaux du Parlement, le 13 mars dernier, ils avaient prévu leur reprise le lundi 20 avril.

Des négociations entre les partis sont en cours pour reporter cette date en attendant la mise en place d’un Parlement virtuel dans trois semaines. Mais Andrew Scheer trouve ce délai trop long et veut pouvoir dès maintenant interroger le gouvernement et les ministres en personne, en petits groupes, à « des occasions régulières […] comme nous le faisons d’habitude à la période de questions ».

M. Scheer soutient que de nouveaux documents « dressent un tableau inquiétant » de la réponse du gouvernement à la pandémie « dans les premiers jours » et de « son manque de préparation ».

Faute d’une entente entre tous les partis, M. Scheer rappelle que les 338 élus devront converger à nouveau vers Ottawa lundi — ce qui ne serait pas optimal dans les circonstances, admet-il.

Justin Trudeau s’oppose à ce que la Chambre reprenne ses travaux en personne, même en petits groupes de députés, car il estime qu’il n’est pas prudent de rassembler des élus de partout au pays dans un seul lieu de même que des employés et des gardiens de sécurité.

La semaine dernière, le président de la Chambre des communes a indiqué qu’il lui faudrait tout au plus quatre semaines pour instaurer des séances virtuelles. Deux semaines se seront donc déjà écoulées d’ici la date de reprise prévue du 20 avril.

Quarantaines resserrées

Ottawa resserre les règles de quarantaine qu’il impose aux voyageurs de retour au pays. À compter de minuit dans la nuit de mardi à mercredi, tous les voyageurs devront présenter un « plan crédible de quarantaine » aux autorités, sinon ils seront envoyés à l’hôtel pendant deux semaines. Le gouvernement exigeait déjà que les voyageurs présentant des symptômes de la COVID-19 prouvent à leur arrivée au pays qu’ils pouvaient s’isoler pendant 14 jours dans une résidence sans y menacer la santé d’autrui. Les voyageurs asymptomatiques devront désormais faire de même. Justin Trudeau a en outre indiqué que la frontière canado-américaine n’est pas près d’être rouverte. « On continue d’être en discussion avec les Américains sur une approche coordonnée, mais c’est sûr que les restrictions de voyage vont sûrement durer encore bien des semaines. »

Marie Vastel