Les villes s’interrogent sur la distanciation sur les trottoirs

Les trottoirs étroits, en particulier dans les villes, empêchent les piétons de se tenir à 2 mètres de distance. Sur la photo, des piétons à Vancouver.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Les trottoirs étroits, en particulier dans les villes, empêchent les piétons de se tenir à 2 mètres de distance. Sur la photo, des piétons à Vancouver.

Des batailles se préparent dans certaines villes au sujet de l’utilisation de l’espace public de plus en plus limité, alors que les administrations locales ont du mal à donner plus de place aux piétons pour permettre une distanciation physique.

L’Agence de la santé publique du Canada affirme sur son site web que marcher à l’extérieur est une activité à faible risque pour les personnes en bonne santé.

Ce n’est toutefois le cas que si les personnes qui s’aventurent à l’extérieur se tiennent à une distance de deux mètres les unes des autres, ce qui n’est pas toujours possible.

Les trottoirs étroits, en particulier dans les villes, empêchent les piétons de se tenir hors de ce que l’on appelle le rayon d’éternuement.

C’est particulièrement difficile étant donné que la plupart des villes ont fermé des parcs et d’autres espaces extérieurs et encouragé les résidents à rester dans leur quartier.

Certaines villes ont fermé des voies de circulation pour donner plus d’espace aux piétons.

Calgary, en Alberta, a bloqué des voies il y a plus d’une semaine afin que les gens puissent les utiliser pour se distancer. La Ville a également averti les automobilistes de surveiller les piétons qui pourraient emprunter la chaussée.

La ville de London, en Ontario, a également mis en place plusieurs nouvelles mesures pour s’assurer que les piétons disposent de l’espace dont ils ont besoin pour se croiser lors de leurs déplacements, y compris la fermeture de routes.

Certaines autres villes s’inquiètent toutefois qu’en donnant plus de place aux piétons, elles risquent d’attirer plus de gens à l’extérieur ; elles ont plutôt exhorté les résidents à rester dans leur domicile ou à utiliser des chemins moins populaires.

Le désaccord a atteint son paroxysme à Ottawa, où des employés de la ville ont refusé une pétition de plusieurs conseillers municipaux leur demandant de rendre piétonne une route très fréquentée du centre-ville.

« Nous ne devons pas rendre plus facile ou pratique la vie des gens qui veulent sortir sauf si c’est pour se rendre à l’épicerie, la pharmacie, sur les lieux d’un travail essentiel ou pour des raisons humanitaires », a écrit le maire d’Ottawa, Jim Watson, sur les médias sociaux au cours de la fin de semaine.

Le directeur des services d’urgence de la ville, Anthony Di Monte, a affirmé que la fermeture d’une route nécessite « un travail intense », y compris une analyse et l’installation de barrières, que la ville préfère consacrer à soutenir la réponse de santé publique.

Si les gens commencent à se rassembler sur les trottoirs près des services essentiels comme les pharmacies, la ville envisagera d’autres options, a précisé le maire Watson.

Cette déclaration a suscité la colère de certains de ses collègues du conseil municipal.

« Je reçois des centaines de courriels de personnes qui réclament davantage d’espace pour marcher », a noté la conseillère Catherine McKenney.

Les gens dévient constamment sur la chaussée lorsqu’ils croisent d’autres piétons, ce qui n’est pas sécuritaire, a tranché Mme McKenney.

Et bon nombre de ces personnes ne sont pas à la recherche de loisirs, elles sont en quête d’un service essentiel de la seule façon qu’elles peuvent — à pied.

« Afin de donner aux gens l’espace nécessaire pour qu’ils gardent leurs distances, pour assurer leur sécurité, il est logique que vous fermiez une voie », a déclaré Mme McKenney.

Un autre conseiller du centre-ville, Shawn Menard, qui mesure presque exactement deux mètres, s’est allongé sur le trottoir pour montrer à quel point il est difficile pour les gens de rester à l’écart les uns des autres. Il a occupé tout le trottoir, de la tête aux pieds.

Des discussions similaires se tiennent dans d’autres villes du pays.

À Vancouver, la ville a reçu de nombreuses plaintes relativement au nombre important de personnes dans des endroits où il n’est pas possible de pratiquer la distanciation sociale et examine les possibilités, selon un communiqué.

Mais les piétons qui sont coincés entre une autre personne et la circulation venant en sens inverse n’ont pas à paniquer, selon la Dre Vera Etches, la médecin-chef en santé publique d’Ottawa.

Croiser quelqu’un rapidement sur le trottoir ne constitue pas un contact étroit et n’augmentera pas considérablement votre risque d’être exposé à la COVID-19, a-t-elle soutenu.