TransMountain: pas de répit malgré la pandémie

La Colombie-Britannique, dirigé par le néodémocrate John Horgan, a autorisé les chantiers de construction à poursuivre leurs activités à certaines conditions.
Photo: Jason Franson La Presse canadienne La Colombie-Britannique, dirigé par le néodémocrate John Horgan, a autorisé les chantiers de construction à poursuivre leurs activités à certaines conditions.

Pandémie ou pas, les travaux d’agrandissement de l’oléoduc TransMountain se poursuivent dans l’Ouest du pays. Est-ce une bonne idée? Le premier ministre Justin Trudeau, dont le gouvernement s’est porté acquéreur de l’infrastructure pétrolière, a indiqué qu’il se pencherait sur la question.

«Plusieurs décisions sont en train d'être prises à travers le pays par rapport à qui est un travailleur essentiel, qui ne l'est pas, et quel travail peut continuer en ce moment et lequel ne le devrait pas. Je vais faire un suivi là-dessus», a indiqué lundi M. Trudeau après avoir été interrogé sur le sujet.

La Colombie-Britannique, dirigé par le néodémocrate John Horgan, a autorisé les chantiers de construction à poursuivre leurs activités à certaines conditions. Il ne doit jamais y avoir plus de 50 personnes «dans un même espace», les employés doivent maintenir une distance de deux mètres entre eux «quand cela est possible», les monte-charges ne doivent pas accueillir plus de quatre personnes à la fois, les lieux partagés doivent être lavés chaque jour et la liste des employés à l’oeuvre sur un site doit être mise à jour quotidiennement.

Cette décision est loin de faire l’unanimité. La semaine dernière, le Parti vert du Canada a demandé que cessent les travaux d’agrandissement de TransMountain, mais aussi ceux de construction de Coastal GasLink (gazoduc), Site-C (barrage hydroélectrique) et LNG (usine de liquéfaction de gaz naturel) afin de protéger la santé des autochtones. Ces grandes infrastructures traversent ou jouxtent en effet plusieurs communautés.

«Les travailleurs sont transportés par avion», écrivait le parti dans son communiqué de presse. «Ces employés, qui arrivent de l’ensemble du Canada et sont logés dans des camps sur place, pourraient mettre gravement en danger leur propre santé ainsi que celle des populations autochtones voisines.»

En entretien téléphonique, la chef Elizabeth May suppute que c’est parce qu’il est en faveur des projets gaziers que le gouvernement Horgan applique un «double standard» et permet à ces grands chantiers de poursuivre leurs activités. Notons toutefois que Victoria s’oppose à l’agrandissement de TransMountain. Mme May trouve surtout ironique que la construction de Coastal GasLink aille de l’avant alors que la consultation de la communauté Wet’suwet’en est suspendue. La paralysie du transport ferroviaire en début d’année avait pour origine l’opposition wet’suwet’en au projet. Une entente est finalement survenue entre les chefs héréditaires et Ottawa, mais celle-ci doit faire l’objet d’un endossement de la communauté pour aller de l’avant. Le processus est donc suspendu…

Lundi, l’Union des chefs autochtones de Colombie-Britannique a d’ailleurs ajouté sa voix aux critiques en demandant l’arrêt des travaux de construction de Coastal GasLink. «Nous vous exhortons à agir promptement pour protéger le public de la menace accrue de transmission de la COVID-19 découlant des travaux de construction de Costal GasLink», écrit le grand chef Stewart Phillip dans une lettre ouverte destinée à M. Trudeau et M. Horgan. «L’agrandissement des entreprises économiques ne peut être considéré comme un besoin essentiel lorsqu’il menace directement notre santé et notre bien-être. La menace est trop grande pour les communautés du Nord.»

TransCanada, qui pilote Coastal GasLink, n’a pas répondu aux demandes de renseignement du Devoir. De son côté, TransMountain a indiqué par écrit au Devoir qu’elle n’opérait pas à l’heure actuelle de site d’hébergement pour les travailleurs. Soit ils se rendent par eux-mêmes au site chaque matin, soit ils y sont conduits par autobus. Trans Mountain assure respecter toutes les règles sanitaires émises par les autorités. Trans Mountain a été achetée par Ottawa en 2018 au coût de 4,5 milliards de dollars et est maintenant une société d’État.

Le NPD de Jagmeet Singh réclame lui aussi la mise sur pause des travaux d’agrandissement de TransMountain. Le député Alexandre Boulerice fait valoir que la pandémie devrait être une occasion de repenser ce projet, surtout dans un contexte où le baril de pétrole se transige pour aussi peu que 8 $.