Une aide fédérale grandement bonifiée pour les PME

Justin Trudeau espère que l’aide annoncée vendredi permettra aux PME de maintenir leurs activités, même si leur chiffre d’affaires chute à cause de la crise.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau espère que l’aide annoncée vendredi permettra aux PME de maintenir leurs activités, même si leur chiffre d’affaires chute à cause de la crise.

Le gouvernement fédéral prend acte du fait que l’aide qu’il a accordée jusqu’à présent aux entreprises n’est pas suffisante pour traverser la crise créée par la pandémie de COVID-19. Il subventionnera donc encore plus les salaires, accordera des prêts garantis aux entrepreneurs et leur donnera un répit pour remplir leurs obligations fiscales.

En vertu du plan d’aide initial, les petites et moyennes entreprises pouvaient faire subventionner par Ottawa le salaire de leurs employés jusqu’à concurrence de 10 %, question de ne pas avoir à les mettre à pied même si leurs activités roulent au ralenti. Devant les multiples critiques faisant valoir que ce taux était nettement insuffisant, Ottawa ajuste le tir et fixe le pourcentage à 75 %. « SVP, gardez vos travailleurs sur votre feuille de paie », a plaidé M. Trudeau.

« Je pense au petit restaurant familial qui existe depuis plusieurs années et qui a les mêmes employés depuis longtemps, [des employés] qui ont été là pour eux pendant les bons moments et les moments difficiles. Et maintenant dans un moment de crise, ils se trouvent incapables de continuer à payer ces employés. Nous avons besoin d’être là », a expliqué M. Trudeau lors de son point de presse quotidien vendredi.

Cette nouvelle subvention est distincte de la Prestation canadienne d’urgence (PCU). La PCU, de 2000 $ imposable par mois, est versée aux travailleurs qui ne travaillent plus. C’est une forme simplifiée d’assurance-emploi. La subvention annoncée vendredi, elle, sert plutôt à financer le salaire des travailleurs qui travaillent encore. L’idée est de permettre aux PME de maintenir leurs activités même si leur chiffre d’affaires chute à cause de la crise.

75 %
C’est la proportion du salaire des employés des PME dont les activités sont réduites en raison de la pandémie qu’Ottawa va subventionner.

Ottawa met aussi en place le Compte d’urgence pour les entreprises en vertu duquel les PME pourront solliciter auprès des institutions financières un prêt sans intérêt de 40 000 $ garanti par le gouvernement fédéral. Ce prêt, a expliqué le premier ministre, fournira les liquidités nécessaires aux entreprises jusqu’à ce que l’activité économique reprenne. Une tranche de 10 000 $ de ces prêts pourra même être non remboursable. M. Trudeau a indiqué que les détails de ces deux programmes seront arrêtés d’ici lundi. Le ministre des Finances, Bill Morneau, a toutefois assuré que l’enveloppe destinée à ce programme ne serait pas limitée. « Nous n’avons pas mis de plafond sur ce que nous pourrions devoir investir pour régler le problème », a-t-il dit.

Enfin, en ce qui concerne la TPS que les entreprises collectent pour Ottawa et doivent lui retourner, elles ont maintenant jusqu’au mois de juin pour rendre l’argent. Selon M. Trudeau, cela représente 30 milliards de dollars en liquidités, exemptes d’intérêt, dont les entreprises disposent pour traverser la tempête.

Les entreprises soumises à la taxe sur le carbone, qui doit passer le 1er avril prochain de 20 à 30 $ la tonne, ne seront cependant pas épargnées. La hausse ira de l’avant comme prévu. M. Trudeau a fait valoir que les revenus de cette taxe sont restitués aux citoyens sous forme de chèque. « C’est important en ce moment qu’on mette plus d’argent dans les poches des Canadiens. Notre plan sur la tarification du carbone met plus d’argent dans les poches des Canadiens que ce qu’ils payeront avec notre prix sur la pollution. »

Le déficit gonfle et gonflera

Sans surprise, la pandémie, et les mesures de distanciations sociale et physique prises pour la contenir, drainera les ressources du gouvernement fédéral. Le Directeur parlementaire du budget (DPB) a calculé que le déficit d’Ottawa grimpera à 112,7 milliards en 2020-2021. Et encore : il n’a pas pris en compte la bonification de 25 milliards du plan d’aide annoncée mercredi, ni les nouvelles mesures destinées aux PME dévoilées vendredi.

Le rapport du DPB le reconnaît d’emblée : « Le présent scénario ne constitue pas une prévision. Il ne montre qu’une des issues possibles à la situation ».

Selon le DPB, les revenus d’Ottawa diminueront de près de 40 milliards (principalement à cause de l’impôt sur le revenu des ménages) et les dépenses augmenteront 52,4 milliards. Le DPB précise cependant que, malgré la taille imposante du déficit (ce serait la première fois dans l’histoire du Canada qu’il franchit la barre symbolique des 100 milliards), celui-ci serait encore contrôlé. Il représenterait 5,2 % du PIB, soit le même pourcentage qu’en 1993-1994. Le ratio dette-PIB atteindrait 38,1 %, soit 7,5 points de plus que ce qui avait été prévu en novembre, mais bien en deçà du sommet de 66,6 % atteint en 1995-1996.

Avec François Desjardins