Trudeau tente de convaincre Trump de ne pas armer la frontière

La relation entre Ottawa et Washington pourrait connaître une autre période de turbulence étant donné que les États-Unis songent à envoyer leur armée patrouiller la frontière canadienne. Justin Trudeau tente de les convaincre de n’en rien faire pour conserver un minimum de fluidité à la frontière. Et ce, malgré le fait que le nombre de cas de COVID-19 continue d’exploser dans les États américains limitrophes.

Le gouvernement américain envisage de déployer des militaires à sa frontière nordique, de peur de voir des personnes atteintes du coronavirus se faufiler aux États-Unis en traversant entre les postes frontaliers officiels. Selon ce scénario, d’abord rapporté par le réseau Global, quelque 1000 soldats seraient postés à 25 km de la frontière pour déceler toute tentative d’entrée irrégulière et en avertir les agents frontaliers américains.

Le gouvernement canadien rejette catégoriquement cette idée. « Le Canada et les États-Unis ont la frontière non militarisée la plus longue au monde et c’est dans l’intérêt des deux pays de garder ça comme ça », a argué Justin Trudeau lors de son point de presse quotidien jeudi. Son gouvernement a fait valoir au gouvernement Trump que la frontière de 8891 km « a énormément profité à nos deux pays de même qu’à nos deux économies », a-t-il relaté.

Ottawa a eu vent de la réflexion américaine il y a « quelques jours ». Les autorités ne peuvent cependant pas dire si les États-Unis s’apprêtent sérieusement à aller de l’avant ou s’il s’agit d’une idée passagère du président. Certains y voient une stratégie politique pour donner l’impression d’une « démonstration de force » de M. Trump dans sa lutte contre la COVID-19.

Or, en point de presse, le président ne semblait pas être le meneur de cette idée. « Je vais m’informer », a-t-il répondu lorsqu’il a été interrogé sur le sujet.

Le gouvernement américain n’a toutefois pas nié, en disant qu’il « considère toutes les options pour aider à ralentir la propagation du virus ». « Protéger notre frontière est une priorité en matière de sécurité nationale et sans les précautions adéquates – ce qui peut seulement se produire par une entrée légale et ordonnée à la frontière — le virus pourrait présenter un risque accru pour les migrants, les voyageurs, les agents de la paix, les professionnels de la santé et tous les Américains », a-t-on indiqué à Washington.

Nonobstant, la vice-première ministre Chrystia Freeland a répété qu’Ottawa a clairement fait connaître son opposition au gouvernement américain. « Nous avons exprimé de façon très ferme et directe […] que de l’avis du Canada il s’agit d’une étape complètement inutile que nous percevrions comme nuisible à notre relation », a-t-elle tranché à son tour, en se montrant encore plus ferme que M. Trudeau.

L’envoi possible de l’armée à la frontière ne menace toutefois pas le commerce ou le transport de biens essentiels entre les deux pays, a assuré Mme Freeland.

Le Canada et les États-Unis ont fermé la frontière la semaine dernière aux passages non essentiels de même qu’aux migrants qui la traversent de façon irrégulière entre les postes frontaliers. Six migrants ont tenté d’entrer ainsi au Canada depuis l’interdiction de vendredi, mais aucun n’a été intercepté en sens inverse. Au pire de la crise migratoire depuis trois ans, entre 1000 et 2000 migrants entraient tous les mois au Canada de façon irrégulière. Ils étaient un peu moins de 80 par mois à faire le chemin inverse.

Les États-Unis peinent à contenir l’épidémie de COVID-19 et comptent maintenant plus de 82 000 cas et 1000 décès. Certains des États les plus touchés sont des voisins comme l’État de New York, au sud Québec et de l’Ontario, et l’État de Washington, au sud de la Colombie-Britannique. Plus de 100 personnes sont mortes dans le seul État de New York jeudi.

Donald Trump songe malgré tout à cesser les mesures de confinement sur son territoire et permettre le retour au travail d’ici Pâques dans deux semaines.

Justin Trudeau n’a pas voulu préciser s’il resserrait encore davantage la frontière canadienne, si tel est le cas.

Quarantaines inégales

Ottawa a par ailleurs indiqué que pour s’assurer que les voyageurs de retour au pays s’isolent 14 jours, comme il est désormais obligatoire de le faire, des visites à domicile pourraient être menées. Ceux qui ne respectent pas la nouvelle contrainte sont passibles d’une amende ou même d’une peine de prison.

Les consignes varient toutefois selon que les voyageurs arrivent par auto ou par avion. Ceux qui arrivent par la route sont invités à se rendre directement chez eux sans même s’arrêter à l’épicerie ou à la station-service.

Ceux qui reviennent par le ciel sont autorisés à plus de contacts. S’ils n’affichent aucun symptôme de la COVID-19, ils sont autorisés à prendre les transports collectifs, voire un vol domestique, pour rentrer chez eux. Mais s’ils présentent des symptômes, ils seront reconduits chez eux par les autorités. Dans les cas où ils n’habitent pas à Vancouver, Calgary, Toronto ou Montréal (les quatre villes acceptant encore des vols internationaux), ils seront mis en quarantaine dans un établissement fédéral.