Ottawa ajoute 25 milliards pour aider les Canadiens

La réponse d’Ottawa à la pandémie de coronavirus s’est accélérée mercredi, alors que le gouvernement fédéral a instauré la quarantaine obligatoire pour les voyageurs revenant de l’étranger, a simplifié son programme de soutien financier destiné aux travailleurs et a bonifié son plan d’aide de 25 milliards de dollars. Et ce n’est qu’un début, avertit Justin Trudeau.

Les ministres libéraux ont pris tout le monde par surprise en annonçant que, dans la nuit de mardi à mercredi, il était devenu obligatoire pour tout voyageur de s’isoler 14 jours après son retour au pays. La ministre de la Santé fédérale, Patty Hajdu, utilisera, pour ce faire, son pouvoir prévu dans la Loi sur la quarantaine. Jusqu’à présent, les autorités exhortaient les voyageurs à s’isoler, mais il n’y avait pas d’obligation formelle. Les voyageurs ne pourront même plus prendre les transports publics entre l’aéroport et leur domicile. Ottawa est en train d’organiser des navettes.

« Trop de gens ne prennent pas cette question au sérieux, particulièrement s’ils reviennent de pays qui ont minimisé l’impact du coronavirus et qu’ils reçoivent des informations différentes quant à sa gravité, », a déploré la ministre Hajdu.

Mais comment s’assurera-t-on du respect de l’obligation faite ? Les ministres ont été incapables de fournir des détails sur-le-champ. Tout au plus a-t-on indiqué que les autorités prendraient en note les coordonnées des voyageurs et feraient des suivis auprès d’eux.

Mardi soir, le réseau CBC a fait état de voyageurs ayant admis être montés à bord de vols de rapatriement en se sachant malades, mais en cachant leur état aux autorités afin de pouvoir rentrer au pays. Le Canada refuse le retour de passagers atteints de la COVID-19. D’autres voyageurs ont raconté que des passagers avaient toussé pendant les neuf heures qu’avait duré le voyage.

De l’argent d’ici la mi-avril

L’aide financière promise aux travailleurs qui écopent de la crise se fera pour sa part attendre encore, même si le plan d’aide du fédéral a été adopté mercredi.

Si vous avez perdu votre emploi — que vous travailliez à temps plein, à contrat ou soyez travailleur autonome —, cette prestation est là pour vous

 

Le gouvernement estime que c’est d’ici le 6 avril que le nouveau portail permettant de déposer une demande sera fonctionnel. Les chèques seront faits au plus tard dix jours après l’inscription d’une demande. Les Canadiens qui ont déjà envoyé leur dossier au gouvernement n’auront pas à le refaire pour s’inscrire au nouveau programme : leur demande y sera automatiquement transférée.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, a reconnu que ces délais étaient longs pour les citoyens qui n’ont déjà plus de revenus depuis plusieurs jours. « Il n’y a pas de façon plus rapide de remettre de l’argent dans les poches des Canadiens. C’est le défi auquel nous faisons face dans cette situation particulière », a-t-il expliqué.

La structure de l’aide, toutefois, a été simplifiée. Ainsi, les deux prestations qu’Ottawa avait au départ imaginées ont été remplacées par une seule. Toute personne ayant perdu ses revenus aura droit à la nouvelle Prestation canadienne d’urgence (PCU). La PCU consistera en un chèque mensuel de 2000 $, imposable, pouvant être versé pour une période de 16 semaines allant du 15 mars au 3 octobre.

« Si vous avez perdu votre emploi — que vous travailliez à temps plein, à contrat ou soyez travailleur autonome —, cette prestation est là pour vous, a expliqué le premier ministre Justin Trudeau. Si vous êtes malade, ou en quarantaine, ou si vous prenez soin de quelqu’un qui a la COVID-19, cette prestation est là pour vous. Si vous devez rester à la maison sans toucher de salaire pour prendre soin de vos enfants ou de vos aînés, cette prestation est là pour vous. »

La semaine dernière, près d’un million de personnes avaient déjà déposé une demande d’assurance-emploi, comparativement à 27 000 à pareille date l’an dernier.

Le processus de demande a lui aussi été allégé. Il suffira d’indiquer avoir touché des revenus d’au moins 5000 $ dans la dernière année et de ne plus compter aucun revenu en raison de l’épidémie de COVID-19. Les demandes pourront en outre être faites par téléphone ou par Internet.

M. Morneau a assuré que la fonction publique saurait répondre au volume de réclamations. Quelque 1300 employés du ministère de l’Emploi ont été réaffectés afin de prêter main-forte à leurs collègues qui s’occupent du programme d’assurance-emploi et 1000 autres fonctionnaires de l’Agence du revenu ont été dégagés de leurs propres tâches en raison du report de la collecte des impôts.

Des syndicats et des entrepreneurs ont réclamé, ces derniers jours, qu’Ottawa aide davantage directement les entreprises, plutôt que de verser de l’argent aux chômeurs, afin d’éviter justement que les employés soient mis à pied. Le ministre Morneau a rappelé que la PCU serait disponible pour toute personne qui ne reçoit plus de revenu. « Donc, ce n’est pas nécessaire d’avoir une cessation d’emploi », a-t-il résumé.

Ottawa reconnaît déjà que ses prévisions initiales quant au coût de son plan d’aide ne tiennent plus la route. De 27 milliards de dollars, son plan est passé mercredi à 52 milliards. Si on ajoute à cela les 55 milliards en report des déclarations de revenus, cela porte le coût total pour l’instant à 107 milliards. À titre de comparaison, le budget annuel d’Ottawa est d’environ 330 milliards de dollars. Cette hausse s’explique par la PCU qui ratisse plus large, explique-t-on en coulisses.

Néanmoins, le premier ministre a indiqué que « ce n’est qu’un début ». M. Trudeau a notamment évoqué de l’aide supplémentaire pour les entreprises. Le ministre Morneau a quant à lui fait savoir que le gouvernement fédéral viendrait bientôt en aide au secteur pétrolier malmené par les marchés et la pandémie de COVID-19.

Fin du blocage

Cette aide est rendue possible parce que le projet de loi C-13 la mettant en œuvre a été adopté aux Communes et au Sénat mercredi.

Le projet de loi, dans sa version initiale de lundi, avait suscité l’ire des partis d’opposition parce que le gouvernement s’y accordait le droit de modifier la taxation et de dépenser sans obtenir l’aval du Parlement, et ce, jusqu’au 31 décembre 2021. Le pouvoir de taxation a été retiré et celui de dépenser, limité jusqu’au 30 septembre 2020.