Trudeau recule afin de faire adopter son plan d’aide

Le leader parlementaire du gouvernement, Pablo Rodriguez, a annoncé lundi que des changements seront apportés au projet de loi.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le leader parlementaire du gouvernement, Pablo Rodriguez, a annoncé lundi que des changements seront apportés au projet de loi.

Justin Trudeau a fait marche arrière et renoncé à réclamer un pouvoir de dépenser illimité. Les libéraux s’apprêtaient à demander au Parlement ces nouveaux pouvoirs pour une durée de près de deux ans, mais face au tollé de l’opposition le gouvernement a reculé.

« La rapidité avec laquelle les circonstances évoluent exige des réponses beaucoup plus flexibles et beaucoup plus fluides du gouvernement. Mais nous comprenons aussi que le Parlement et les partis d’opposition ont un rôle essentiel à faire pour surveiller les mesures qu’on est en train de mettre de l’avant », a fait valoir le premier ministre lors de son point de presse quotidien devant sa résidence de Rideau Cottage, où il demeure en quarantaine puisque son épouse Sophie Grégoire est atteinte de la COVID-19.

Les partis fédéraux sont de retour à Ottawa aujourd’hui pour débattre du plan d’aide d’urgence du gouvernement fédéral. M. Trudeau a proposé la semaine dernière des mesures d’aide directe pour les travailleurs et les entreprises se chiffrant à 27 milliards $, de même que des « congés fiscaux » de 55 milliards $ supplémentaires en reportant les paiements d’impôts dus.

L’objectif est de faire adopter ce plan de relance rapidement. La Chambre des communes prévoit ne siéger qu’une seule journée mardi, tout comme le Sénat qui devrait siéger mercredi avant que le projet loi fédéral obtienne la sanction royale mercredi soir.

Or, pour ce faire, les libéraux ont besoin du consentement unanime des partis d’opposition afin d’accélérer l’étude et l’adoption de leur proposition.

Les négociations entre les différents partis allaient bon train. Jusqu’à ce qu’une version préliminaire du projet de loi des libéraux soit dévoilée lundi et fasse tout dérailler. Car cette ébauche proposait de donner au gouvernement de nouveaux pouvoirs d’une durée maximale de 21 mois pour dépenser, emprunter et modifier les impôts des Canadiens sans demander l’approbation du Parlement. De telles mesures financières doivent normalement être approuvées par le Parlement. Mais puisque celui-ci est ajourné jusqu’au 20 avril, cela implique que la Chambre des communes et le Sénat soient rappelés à chaque nouvelle dépense d’Ottawa pour faire face à la crise.

« C’est un système démocratique qui fonctionne », a fait valoir M. Trudeau mardi, après avoir changé sa stratégie. « Et on va continuer de défendre nos valeurs et nos institutions à chaque étape », a-t-il affirmé.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, avait catégoriquement rejeté l’idée de donner un tel « chèque en blanc » en permettant au gouvernement de dépenser sans obtenir l’approbation du Parlement.

« On doit s’assurer que le projet de loi aujourd’hui est axé sur les mesures que le gouvernement a annoncées pour aider les Canadiens. C’est l’objectif de cette séance [des Communes] aujourd’hui, soit que l’aide soit livrée pour les Canadiens », a fait valoir M. Scheer mardi matin. « Toutes les autres conversations sur de nouveaux pouvoirs doivent être séparées », a-t-il insisté.

Le chef néodémocrate Jagmeet Singh avait tenu un discours semblable sur Twitter lundi soir, après que la proposition controversée du gouvernement ait été ébruitée. « Les libéraux devraient laisser tomber les choses sur lesquelles nous ne sommes pas d’accord et se concentrer sur de l’aide pour les Canadiens. »

La Chambre des communes siège en petit comité mercredi, afin de tenir compte des recommandations de distanciation sociale et d’éviter que les élus qui habitent loin de la capitale fédérale aient à se déplacer en avion ou en train. Ils seront donc 32 – en plus du président de la Chambre — répartis selon leur poids aux Communes : 14 libéraux, 11 conservateurs, trois bloquistes, trois néodémocrates et une députée du Parti vert.

L’aide peine à être distribuée

Justin Trudeau a en outre affirmé mardi qu’il annoncerait « plus de soutien pour les Canadiens au cours des prochains jours ». Le plan d’aide déjà annoncé n’est « qu’un début », a-t-il affirmé.

Plus de 930 000 Canadiens ont déjà soumis une demande de prestations d’assurance-emploi à Ottawa. Le système est engorgé et plusieurs craignent de devoir attendre longtemps avant de pouvoir toucher l’argent promis par le fédéral.

M. Trudeau a reconnu que la distribution de ces prestations représentait un « défi massif » pour l’appareil gouvernemental. Il n’a cependant pas su expliquer pour quelle raison son gouvernement ne distribue pas plutôt un chèque directement aux Canadiens touchés par la crise ou encore aux entreprises qui pourraient distribuer cet argent à leurs employés lorsqu’ils doivent les mettre à pied.

Toujours pas de Loi sur les mesures d’urgence

Quant au recours à la Loi fédérale sur les mesures d’urgence, le premier ministre fédéral en a discuté avec ses homologues provinciaux lors d’un appel conférence lundi soir. L’avis des premiers ministres provinciaux sur la question n’était toutefois pas unanime, a rapporté M. Trudeau mardi. Certaines provinces étaient « plus ouvertes » que d’autres.

« Tous les premiers ministres ont indiqué que si on arrivait au point où on aurait besoin que la Loi fédérale sur les mesures d’urgence soit invoquée, ils allaient évidemment l’appuyer. Mais qu’ils ne trouvaient pas qu’on était rendu là encore », a relaté M. Trudeau.

Les premiers ministres ontarien et albertain, Doug Ford et Jason Kenney, s’étaient montrés réfractaires à l’idée qu’Ottawa invoque la Loi sur les mesures d’urgences lors de leurs points de presse respectifs lundi après-midi –avant leur appel avec Justin Trudeau. M. Ford et M. Kenney ont évoqué le respect des compétences de chaque province et le fait que chacune ait des besoins différents selon sa propre réalité.

Le premier ministre du Nouveau-Brunswick Blaine Higgs a en revanche invité le fédéral à aller de l’avant afin d’aider le pays à naviguer la crise. « Je crois que nous avons besoin de normes à l’échelle du pays. Nous avons besoin d’uniformité », a-t-il plaidé lundi, selon le compte rendu de la CBC. Les territoires seraient du même avis, car ils sont moins outillés pour faire face à la pandémie, selon Jason Kenney.