Coronavirus ou pas, le Parti conservateur refuse de retarder sa course à la chefferie

Pour l'instant, seuls Erin O'Toole, l'ex-ministre Peter MacKay et les candidats pro-vie Derek Sloan et Leslyn Lewis ont été approuvés comme candidats officiels de la course conservatrice, qui continue comme prévu.
Photo: Darren Calabrese Archives La Presse canadienne Pour l'instant, seuls Erin O'Toole, l'ex-ministre Peter MacKay et les candidats pro-vie Derek Sloan et Leslyn Lewis ont été approuvés comme candidats officiels de la course conservatrice, qui continue comme prévu.

Alors que la majorité des candidats à la chefferie du Parti conservateur réclament que leur course soit retardée, la formation politique le refuse. Et ce, même si plusieurs autres courses politiques provinciales ont été suspendues au pays le temps de laisser passer la crise du coronavirus.

L’un des deux meneurs de la course conservatrice, Erin O’Toole, a ajouté sa voix dimanche à celles de ses collègues qui réclamaient depuis une semaine qu’elle soit retardée. «Le Canada doit être notre priorité. Reportons la course à la chefferie», a gazouillé le candidat et député Erin O’Toole.

Sa sortie n’a rien changé pour le parti, qui a réitéré mot pour mot sa position des derniers jours. Le comité organisateur de la course «est régulièrement en discussion quant à la situation changeante en ce qui a trait à la COVID-19», a fait valoir lundi le porte-parole du PCC, Cory Hann. «Si une décision est prise, ou lorsqu’une décision sera prise, elle sera annoncée.»

Pourtant, Erin O’Toole est le quatrième, parmi les six candidats à la chefferie, à demander le report de la course.

Vendredi dernier, le député Derek Sloan a fait la même requête, jugeant que le parti faisait fausse route en poursuivant la course et se disant contrarié de devoir continuer de «déranger les gens» en leur réclamant leur signature et des dons en pleine pandémie. «Cela a rebuté plusieurs personnes, et c’est le moins qu’on puisse dire», a-t-il déploré par voie de communiqué.

Le seul Québécois de la course, l’ancien attaché politique Rudy Husny, avait quant à lui suspendu ses efforts la veille, jeudi dernier, en estimant que ce n’était «pas le moment de faire campagne». Or, le PCC exige que les candidats à la chefferie aient récolté 3000 signatures et 300 000 $ d’ici mercredi. M. Husny risque donc d’être exclu de la course cette semaine, tout comme la députée Marilyn Gladu, qui n’a pas encore franchi cette étape et qui a réclamé elle aussi le report de la course.

Pour l’instant, seuls Erin O’Toole, l’ex-ministre Peter MacKay et les candidats pro-vie Derek Sloan et Leslyn Lewis ont été approuvés comme candidats officiels de la course conservatrice.

L’homme d’affaires Rick Peterson a retiré sa candidature vendredi dernier après avoir réclamé lui aussi, en vain, que le Parti conservateur modifie ses règles pour donner plus de temps aux aspirants chefs pour remplir les conditions de candidature. Le refus du PCC «va à l’encontre du bon sens, de la décence et des valeurs conservatrices», a-t-il dénoncé.

Minorité oblige

M. MacKay, qui est considéré comme le grand meneur de cette campagne, réclame au contraire que l’élection du prochain chef conservateur soit devancée et se fasse « dès que possible ». « Pour le bien du pays, pour tenir le gouvernement responsable, pour soutenir de bonnes politiques publiques et pour un débat sain sur les décisions importantes, la course devrait être raccourcie, non allongée », a-t-il fait valoir dans un courriel envoyé à ses partisans. M. MacKay fait campagne, comme ses rivaux, par les médias sociaux et des assemblées publiques organisées par vidéoconférence.

Dans les coulisses conservatrices, on fait valoir que le gouvernement libéral de Justin Trudeau est minoritaire et que le PCC doit donc être prêt pour une éventuelle campagne électorale. Une source note en outre que les candidats officiels de la course sont partagés — M. O’Toole et M. Sloan réclament un sursis, mais pas Mme Lewis ni M. MacKay.

L’ex-stratège conservateur Tim Powers croit toutefois que le parti doit prendre acte du nouveau contexte politique créé par l’épidémie de la COVID-19. «Quand toute cette crise sera terminée, il y aura amplement de temps pour faire de la politique partisane et amplement de temps pour mener une course à la chefferie.»

Au Québec, le Parti libéral a suspendu sa course jusqu’à nouvel ordre, tandis que le Parti québécois a retardé la sienne de deux mois. Le Parti libéral de Terre-Neuve-et-Labrador a également interrompu sa propre course visant à choisir un nouveau premier ministre pour la province.

«Tout le monde semble être à l’écoute», observe M. Powers, qui espère que le Parti conservateur en viendra à la même décision. «Le plus tôt sera le mieux, sinon les gens vont conclure qu’ils sont un peut-être un peu déconnectés.»

Pour l’instant, le parti prévoit encore organiser deux débats pour les candidats — en anglais le 17 avril à Toronto et en français le 23 avril à Montréal. Le choix du prochain chef sera dévoilé en congrès le 27 juin à Toronto.

Le Parti vert ajuste sa course

Le Parti vert du Canada se cherche lui aussi un nouveau chef. Mais pas question pour l'instant, là non plus, de reporter la course. Le parti a annoncé lundi que les règles seront ajustées : les 100 signatures requises pour être candidat pourront être récoltées par Internet –plutôt qu'uniquement en personne– et les frais d'inscription sont fixés à 30 000 $ plutôt que 40 000 $. La date d'inscription des aspirants-chefs demeure cependant le 3 juin et ceux-ci auront jusqu'à la fin juillet pour répondre aux critères de candidature. Le congrès à la chefferie prévu en octobre à Charlottetown est maintenu, à moins que les déplacements demeurent encore interdits à cette date. «Nous ne suspendons pas notre course à la chefferie en ce moment parce que nous réalisons l'importance d’un leadership fort en temps de crise. Il s’agit d’une occasion pour ceux et celles qui cherchent à occuper le poste de chef de démontrer leurs qualités aux membres du parti en cette période difficile», a fait valoir la chef intérimaire du parti Jo-Ann Roberts. Cinq candidats sont en lice : Annamie Paul, Alex Tyrell, Amita Kuttner, David Merner, Dimitri Lescaris et Judy Green.