Pas de Loi sur les mesures d’urgence pour l’instant

Le premier ministre Justin Trudeau
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau

Le premier ministre Justin Trudeau ne se résout toujours pas à invoquer la Loi sur les mesures d’urgence, loi qui lui permettrait notamment de restreindre les déplacements au pays. Il invite plutôt les provinces à adopter leurs propres mesures et, surtout, les citoyens à agir de manière responsable sans attendre d’y être contraints.

« La Loi sur les mesures d’urgence a préséance sur les lois provinciales, a expliqué M. Trudeau au cours de son point de presse quotidien. Elle accapare des pouvoirs qui sont normalement entre les mains des provinces, et même des villes, et les replace au niveau fédéral. C’est pourquoi nous travaillons étroitement [...] avec les provinces qui ont invoqué leurs propres lois sur l’état d’urgence [et surveillons la situation]. »

Pour l’instant, a indiqué M. Trudeau, « aucune province » ne lui a demandé « formellement ou officiellement » d’invoquer cette loi fédérale. « Mais c’est certain que ça fait partie des discussions. »

Les premiers ministres provinciaux devaient discuter avec M. Trudeau par téléphone lundi soir pour discuter de la pandémie de COVID-19. La Loi sur les mesures d’urgence était à l’ordre du jour.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, a laissé entendre qu’il n’était pas favorable à l’utilisation de cette loi fédérale, justement au nom du respect des compétences de chaque province.

« Il reviendra au premier ministre de prendre cette décision, mais nous devons nous assurer que nous prenons des décisions en tant que province. Parce que la situation en Ontario n’est pas nécessairement la même qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, au Nouveau-Brunswick ou en Nouvelle-Écosse. Chaque province est différente, alors nous devons nous assurer que nous avons encore le pouvoir de prendre les décisions nécessaires à la santé et à l’économie de chaque province. »

Son homologue albertain a été plus catégorique. Jason Kenney ne voit pas de « besoin pressant » à invoquer cette loi fédérale puisque les provinces exercent déjà les pouvoirs similaires dont elles disposent. Selon lui, ce sont les trois territoires qui pressent Ottawa d’activer sa loi, car ils sont moins outillés pour faire face à la pandémie.

« Si le gouvernement fédéral a l’intention de faire cela, on leur demanderait de ne pas subordonner la gestion albertaine des efforts d’urgence à son action. Nos fonctionnaires sur le terrain savent mieux comment répondre à l’urgence de santé publique que des bureaucrates à Ottawa. »

La Loi sur les mesures d’urgence, qui a remplacé en 1988 la Loi sur les mesures de guerre, n’a jamais été utilisée au Canada. Elle accorde d’importants pouvoirs au gouvernement fédéral, dont ceux de réquisitionner des biens, de forcer des personnes à fournir des services essentiels, d’interdire des déplacements, d’évacuer des zones ou encore de construire des hôpitaux d’urgence.

Trudeau durcit le ton

M. Trudeau fait valoir qu’au bout du compte, même si les gouvernements adoptent ces lois, « il revient aux citoyens de faire des choix plus intelligents ». Il a d’ailleurs encore durci le ton, déplorant ces images qui ont circulé sur les réseaux sociaux montrant des gens ne respectant pas la distanciation sociale en allant à la plage, au parc ou encore en faisant la fête en groupe.

« Nous avons tous vu ces images en ligne de gens qui se pensent invincibles. Eh bien, vous ne l’êtes pas. Assez, c’est assez. Allez à la maison et restez à la maison. C’est ce que nous devons tous faire. » Il a ajouté que « c’est frustrant pour beaucoup de gens qui sont chez eux de voir que d’autres ne suivent pas le protocole, les recommandations ».

À cet égard, le premier ministre a annoncé qu’une campagne de publicité serait lancée sous peu pour faire passer le message. Plus personne n’aura l’excuse de ne pas être au courant, a-t-il souligné.

Par ailleurs, M. Trudeau a indiqué que son gouvernement débloquait une somme supplémentaire de 5 milliards de dollars pour accorder des prêts aux agriculteurs qui se retrouvent en situation précaire.

Il a aussi indiqué qu’Ottawa avait conclu une entente avec les laboratoires AbCellera, de Vancouver, et Medicago, de Québec, pour accélérer la recherche de vaccins contre le coronavirus.

Postes Canada réduit les heures de services et annonce de nouvelles mesures

Postes Canada réduit les heures de services dans ses bureaux tout en offrant un service prioritaire aux personnes à «risque élevé» et annonce de nouvelles règles pour faciliter la distance sociale. Les nouvelles mesures annoncées lundi après-midi ont pour but d’assurer la sécurité des employés et de la population en cette période de crise sanitaire.

De nombreux bureaux de poste ouvriront dorénavant une heure plus tard et fermeront une heure plus tôt afin de nettoyer les lieux, de réapprovisionner les stocks et donner un répit au personnel.

Également, la première heure de chaque journée sera réservée aux personnes à risque élevé, «les aînés ou les personnes dont le système immunitaire est affaibli», peut-on lire dans le communiqué publié par le service postal qui précise également que certains bureaux pourraient fermer en raison de «fermetures d’édifices hors de notre contrôle».

Poste Canada compte également mettre en place des panneaux transparents pour les comptoirs afin d’accroître la sécurité des employés et demande aux clients de se tenir à deux mètres les uns des autres. Afin de limiter les contacts physiques avec les clients, le service postal a mis en place la politique « Sonner, déposer, quitter ».

Les employés de livraison vont donc sonner à la porte et déposer le colis sans demander la signature du client. Aussi, les articles qui nécessitent une pièce d’identité ou la perception de droits de douane seront envoyés directement à un bureau de poste aux fins de ramassage.

Poste Canada demande évidemment aux clients qui se sentent malades ou qui s’isolent volontairement de retarder leur visite au bureau de poste.

 

La Presse canadienne