Des sénateurs sortiront de leur isolement pour la reprise du Parlement

Près de 80% des sénateurs canadiens ont plus de 60 ans.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Près de 80% des sénateurs canadiens ont plus de 60 ans.

Les personnes âgées ont peut-être été invitées à rester à la maison pour se protéger de la COVID-19, mais les sénateurs eux — qui ont en majorité plus de 60 ans — devront se déplacer cette semaine pour voter le plan d’aide d’urgence du gouvernement pour contrer la crise.

La Chambre des communes rouvrira ses portes en début de semaine, afin de faire adopter les mesures d’aide annoncées par Justin Trudeau mercredi dernier. Les partis fédéraux se sont entendus pour ne dépêcher qu’un petit contingent d’élus qui habitent près de la capitale fédérale, afin que ceux-ci s’y déplacent en voiture plutôt qu’en avion ou en train où ils seraient forcés d’enfreindre les recommandations de distanciation sociale. Ils seront un peu plus d’une vingtaine, répartis au pro rata de la représentation de leur parti à la Chambre.

Au Sénat, la stratégie sera la même. Les quatre caucus de sénateurs délègueront une vingtaine de leurs membres situés à distance de voiture d’Ottawa, eux aussi en proportion égale à leur représentation à la Chambre haute.

Or, le tiers des sénateurs ont plus de 70 ans — âge au-dessus duquel la santé publique du Québec recommande de ne pas quitter son domicile, car les personnes âgées sont les plus menacées par la COVID-19.

Parmi les 98 sénateurs — il y a sept sièges vacants —, 29 ont entre 70 et 75 ans (âge obligatoire de la retraite au Sénat). 32 autres sont âgés de 65 à 69 ans et 18 de 60 à 64 ans. Ce qui veut dire que près de 80 % des sénateurs ont plus de 60 ans.

Les leaders des caucus de sénateurs n’ont pas pour autant suggéré à leurs membres les plus âgés de s’abstenir de revenir siéger à Ottawa en pleine épidémie du coronavirus.

« Il n’y a pas de directive comme telle. Mais je serais étonné de voir un grand nombre de vieillards se présenter la semaine prochaine », a lancé à la blague au Devoir le sénateur Marc Gold, représentant du gouvernement au Sénat. Car les instances de la Chambre haute ont fait valoir aux sénateurs d’éviter de se déplacer s’ils ont une santé fragile — ce qui laissait sous-entendre de s’abstenir de venir au Sénat s’ils sont parmi les plus âgés, selon le sénateur Gold, qui est âgé de 69 ans.

Le leader des conservateurs, Don Plett, fera pour sa part le trajet en voiture depuis le Manitoba. Lui non plus ne croit pas qu’il faut interdire aux collègues les plus vieux de revenir siéger une journée. Le sénateur de 69 ans estime que l’état de santé pèse davantage que l’âge. Nonobstant, les sénateurs conservateurs qui habitent non loin d’Ottawa ont tous moins de 70 ans, assure-t-il.

Le leader du Groupe des sénateurs canadiens Scott Tannas, 58 ans, est du même avis. « Nous nous sommes davantage préoccupés des gens avec des problèmes de santé que de leurs âges. »

Du côté du Groupe des sénateurs indépendants, la leader adjointe Raymonde Saint-Germain reconnaît également qu’aucune consigne n’a été donnée aux sénateurs qui approchent de la retraite. « Le premier des critères, c’est de n’avoir aucun symptôme », explique la sénatrice de 68 ans. Il faut dire que seul le Québec recommande aux plus de 70 ans de se confiner à leur résidence. Du côté du GSI aussi, de toute façon, seuls des sénateurs de moins de 70 ans ont proposé de se déplacer à Ottawa pour la séance extraordinaire de cette semaine. Deux sénateurs de plus de 70 ans ont indiqué qu’ils préféraient ne pas y participer.

Le Sénat compte par ailleurs des sénateurs non affiliés, qui regroupent notamment les anciens sénateurs libéraux qui se sont renommés le Groupe progressiste du Sénat.

Deux journées chargées

La Chambre des communes prévoit de siéger une seule journée, le temps de discuter du plan d’aide et de le voter. Le Nouveau Parti démocratique a déjà assuré le gouvernement qu’il lui fournirait les votes nécessaires pour en assurer l’adoption. Les autres partis d’opposition ont aussi accueilli favorablement les mesures annoncées, bien qu’ils souhaitent s’assurer que le fédéral fournisse rapidement l’aide promise.

Le Sénat prévoit ensuite de siéger une journée à son tour, le lendemain. Les ministres des Finances, Bill Morneau, de la Santé, Patty Hajdu, et de la Sécurité publique, Bill Blair, seront probablement convoqués pour répondre aux questions des sénateurs. « On va prendre le temps approprié, dans les circonstances, de poser des questions, de bien comprendre les détails », a relaté le sénateur Gold.

Les sénateurs ne prévoient toutefois pas de déposer d’amendements. « Nous n’empêcherons pas l’adoption du plan de relance », a assuré le sénateur conservateur Don Plett. « Il s’agira davantage de poser des questions, non pas des questions partisanes, mais des questions auxquelles les Canadiens veulent avoir réponse. » Il pourrait être question de la fermeture de la frontière et du rapatriement de Canadiens coincés à l’étranger, notamment.

Dans un souci de conserver le rôle de représentativité régionale du Sénat, les sénateurs recueilleront les questions de leurs collègues des quatre coins du pays et les relaieront aux ministres.