Effort de guerre pour fabriquer masques et respirateurs

Justin Trudeau a annoncé vendredi des ententes avec au moins trois entreprises afin de bonifier les stocks de matériel médical canadien.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau a annoncé vendredi des ententes avec au moins trois entreprises afin de bonifier les stocks de matériel médical canadien.

Le gouvernement fédéral recrute tous les joueurs possibles afin que chacun contribue aux efforts pour freiner l’épidémie de coronavirus. Ottawa s’est entendu avec diverses compagnies et même des fabricants automobiles pour que ceux-ci augmentent la production de masques et de respirateurs artificiels au pays. Son financement déboursé pour permettre à l’industrie d’innover devra aussi désormais servir avant tout à tenter de contrer la COVID-19.

« Nous voulons que nos professionnels de la santé puissent se concentrer sur leur travail qui sauve des vies, sans avoir à s’inquiéter de leurs réserves d’équipement médical », a fait valoir le ministre fédéral de l’Innovation, Navdeep Bains.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé vendredi des ententes avec au moins trois entreprises qui aideront le Canada à renflouer ses stocks de matériel médical essentiel pour soigner les nombreux patients qui seront infectés par la COVID-19 au cours des prochains mois.

 

L’entreprise Medicom, de Montréal, fabrique sur trois continents des chemises et des masques médicaux. Elle se prépare à mettre en place une chaîne de production de masques N95 et de masques chirurgicaux ici même au Canada.

La compagnie Thornhill Medical, de Toronto, conçoit quant à elle des respirateurs artificiels et des unités de soins intensifs portatives qui offrent à la fois un respirateur et un appareil de surveillance des signes vitaux. L’entreprise tentera d’approvisionner le Canada pour répondre aux besoins criants pour ce genre de matériel.

En Italie, certains hôpitaux ont rapporté subir un tel manque de respirateurs artificiels qu’ils doivent choisir quels patients sauver. L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a expliqué que son équipe avait anticipé que les besoins explosent et a donc commandé 550 respirateurs artificiels de plus avant même d’attendre que les provinces avisent Ottawa de la hauteur de leurs besoins. Santé Canada n’a toutefois pas précisé le nombre de respirateurs artificiels que l’on compte au pays.

Sportan, à Ottawa, est pour sa part en train de développer un appareil de diagnostic de la COVID-19 portatif, afin d’accélérer le processus qui accuse déjà des retards dans plusieurs provinces. Sa technologie est en cours d’approbation par Ottawa et Washington. Elle pourrait permettre de diagnostiquer des cas de coronavirus dans des aéroports, des postes frontaliers ou des cliniques en moins de 30 minutes.

La ministre de la Santé, Patty Hajdu, a expliqué cette semaine que les équipements que cherche le Canada sont en demandés partout dans le monde. D’où l’idée pour Ottawa de créer sa propre chaîne d’approvisionnement nationale, en se préparant non seulement aux besoins actuels, mais en anticipant également les besoins à venir.

Pour ce faire, le gouvernement a en outre réservé plus de 11 millions de masques — une quantité bien au-delà des 7 millions de masques que lui réclamaient les provinces.

« Cela ressemble effectivement à un effort de guerre, parce qu’on voit bien que le gouvernement canadien concentre tous ses efforts de production industrielle, tous ses efforts d’approvisionnement autour de la lutte contre le virus », a illustré le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos.

Stratégie nationale

L’association des fabricants de pièces automobiles a même proposé au gouvernement d’apporter sa contribution. M. Trudeau a affirmé que son gouvernement les aiderait à transformer leur chaîne de production pour leur permettre de fabriquer aussi pour l’instant de l’équipement médical.

Jeudi, le premier ministre ontarien, Doug Ford, avait indiqué que les fabricants Martinrea et Magna International s’étaient dits disposés à participer aux efforts de fabrication de respirateurs artificiels.

À Québec, le gouvernement de François Legault dit avoir entamé lui aussi des discussions avec des entreprises en vue de fabriquer, dans la province, des masques et des respirateurs. « Le court terme, il n’y a pas de problème, a dit le premier ministre, lors de son point de presse quotidien. Dans deux, trois semaines, là, ça dépend des scénarios qu’on envisage. On ne veut rien exclure. On veut regarder les scénarios les plus pessimistes. »

Les ministres fédéraux n’ont pas précisé, à Ottawa, combien de respirateurs artificiels il leur faudrait pour pouvoir soigner tout le monde dans les prochaines semaines. Mais la Dre Tam a fait valoir que les provinces profitent d’une entente qui leur permet de partager en temps de crise leur matériel médical et les travailleurs de la santé qui les font fonctionner.

Encore inquiets

Dans le milieu de la santé au Québec, l’annonce de Justin Trudeau de fabriquer davantage de masques et de respirateurs est bien reçue. Mais l’inquiétude demeure. « Ça me rassure pourvu que la production réponde aux besoins, dit Lise Lapointe, vice-présidente de la FIQ, un syndicat qui représente notamment des infirmières. Est-ce que la mesure va être en vigueur rapidement ? En dedans d’une semaine ? »

Lise Lapointe signale que les GMF, les CLSC et les CHSLD manquent déjà de masques. « L’anxiété commence à monter, parce qu’une personne est décédée dans une résidence pour [aînés] », dit-elle.

Le plan d’Ottawa prévoit par ailleurs que ses millions de dollars en financement en innovation servent désormais à financer en priorité le développement de technologies pouvant contribuer à la lutte contre la COVID-19.

Le premier ministre Trudeau n’avait pas exclu mardi d’appeler l’armée en renfort afin de la mandater pour qu’elle fabrique elle aussi des équipements médicaux essentiels pour contrer la crise et soigner les malades.

Le gouvernement italien a mandaté l’armée de son pays pour qu’elle aide les fabricants à produire des respirateurs artificiels. Ceux-ci sont essentiels pour soigner les malades atteints de la COVID-19, qui entraîne des pneumonies aiguës.