Les contrôles à la frontière canado-américaine se resserrent

Jeudi, la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland a dit avoir travaillé «en étroite collaboration» avec le gouvernement du Québec pour en arriver à une entente.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Jeudi, la vice-première ministre du Canada, Chrystia Freeland a dit avoir travaillé «en étroite collaboration» avec le gouvernement du Québec pour en arriver à une entente.

Les contrôles à la frontière canado-américaine se resserrent encore un peu. Dès aujourd’hui, les migrants irréguliers tentant d’entrer au pays par le désormais célèbre chemin Roxham seront pris en charge non plus par Québec, mais par Ottawa qui les placera systématiquement en isolement pendant 14 jours. Et c’est à compter de samedi que les passages non essentiels seront interdits aux résidents des deux pays.

« Nous nous sommes entendus pour loger temporairement à partir de [vendredi] tous les demandeurs d’asile afin de nous assurer qu’ils soient tous isolés pendant 14 jours comme toute autre personne entrant dans le pays devrait le faire », a expliqué la vice-première ministre, Chrystia Freeland. Elle dit avoir travaillé « en étroite collaboration » avec le gouvernement du Québec pour en arriver à cette entente. La ministre n’a pas été en mesure de dévoiler l’endroit où ces gens seront hébergés.

Habituellement, c’est la province qui prend en charge les migrants arrivés par voies irrégulières. Le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, a expliqué que l’heure n’était pas aux chamailleries constitutionnelles. « Nous sommes en période de crise et d’urgence et pour cette raison les mesures d’urgence doivent être utilisées. Il faut éviter absolument que toute l’efficacité du gouvernement soit minée par des discussions de compétences. »

On est encore en train de travailler pour finaliser les détails avec les Américains, mais on s’attend à ce que les mesures prennent effet probablement dans la nuit de vendredi à samedi

Le ministère de l’Immigration n’a pas été en mesure de chiffrer le nombre de migrants arrivés de manière irrégulière depuis que la pandémie de coronavirus a éclaté. Mais selon le président du Syndicat des douanes et de l’immigration, Jean-Pierre Fortin, il en arrive en moyenne 80 par jour par le chemin Roxham. C’est beaucoup moins qu’au plus fort de la crise migratoire en 2017, mais plus que les 60 en moyenne qui arrivaient selon M. Fortin avant que la pandémie ne frappe. Ces gens sont particulièrement à risque de transporter le coronavirus, selon lui, car « ils peuvent avoir transité par sept ou huit pays » avant d’arriver au Canada.

Quant aux autres personnes désireuses de traverser la frontière entre le Canada et les États-Unis, elles devront faire vite : c’est selon toute vraisemblance demain que l’interdit annoncé mercredi entrera en vigueur. « On est encore en train de travailler pour finaliser les détails avec les Américains, mais on s’attend à ce que les mesures prennent effet probablement dans la nuit de vendredi à samedi », a indiqué le premier ministre Justin Trudeau en point de presse jeudi. M. Fortin a cependant indiqué que ses membres n’avaient toujours pas reçu des consignes claires quant aux personnes devant être refoulées. « On risque de ne pas être constants dans l’application de la règle », a-t-il prévenu.

Ne pas juger les voyageurs

Par ailleurs, M. Trudeau s’est engagé à déployer tous les efforts possibles afin de ramener au pays les Canadiens coincés à l’étranger. Ils ont reçu un message texte leur indiquant comment — et à qui — manifester leur besoin d’aide. M. Trudeau a indiqué que le nombre de demandes reçues est « énorme ».

La situation est particulièrement critique au Maroc et au Pérou où se trouvent, selon les registres d’Affaires mondiales, respectivement 4654 et 4335 Canadiens. Le Pérou a interdit tout déplacement sur son territoire tandis que le Maroc fermera ses aéroports à compter de samedi. Il y a aussi 77 Canadiens sur un bateau de croisière amarré à Marseille à bord duquel certains passagers sont contaminés par la COVID-19.

Le gouvernement fédéral est en discussion avec Air Canada et WestJet afin de tenter d’organiser des vols de rapatriement à partir de certaines villes. En coulisses, on explique être en discussion avec les responsables politiques du Pérou et du Maroc afin d’obtenir des « accommodements » pour permettre l’entrée de ces éventuels vols sur leur territoire.

 

Certains des citoyens qui demandent de l’aide ont quitté le Canada il y a quelques jours à peine, alors que la pandémie battait déjà son plein. Néanmoins, Justin Trudeau n’a pas voulu reprendre à son compte les accusations d’insouciance lues dans certaines pages d’opinions. « On ne va pas porter de jugement sur les gens. On va essayer tout simplement de les aider. »

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a révélé qu’il est en isolement à la maison « après avoir ressenti des symptômes semblables à ceux d’un rhume moins de 14 jours après être rentré de voyage ». Il a passé un test de dépistage de la COVID-19 et attend son résultat. M. Trudeau l’est aussi.

Encore de l’aide

Le premier ministre a aussi reconnu que la dégringolade des marchés boursiers suscite beaucoup d’anxiété chez les personnes âgées à la retraite qui dépendent de leur épargne. « Nous allons prendre des mesures pour atténuer l’impact », a-t-il promis sans fournir plus de détails.

M. Trudeau n’a en outre pas exclu d’appeler l’armée en renfort afin de la mandater de fabriquer des équipements médicaux essentiels. « Nous nous sommes déjà entendus avec l’industrie pour produire et augmenter la capacité de fabrication de matériel. Nous allons étudier la possibilité d’avoir aussi recours à l’approvisionnement militaire. »