Des voyageurs rares sur une frontière avec les États-Unis fluide

Vue du poste frontalier peu achalandé de Saint-Bernardde- Lacolle, mercredi matin, où la circulation était fluide.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Vue du poste frontalier peu achalandé de Saint-Bernardde- Lacolle, mercredi matin, où la circulation était fluide.

La circulation était aussi rare que fluide au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle mercredi matin, quelques minutes à peine après l’annonce de l’entrée en vigueur prochaine d’une interdiction temporaire des voyages non essentiels entre le Canada et les États-Unis, et ce, afin de limiter la propagation du coronavirus. Les marchandises, elles, vont continuer de traverser d’un côté comme de l’autre.

« Nous sommes passés sans difficulté et même très rapidement, a indiqué au Devoir Pierre, un résident de Saguenay de retour de « Miami Nord », a-t-il précisé. On devait y rester deux mois. On n’y a été que deux semaines. Le douanier nous a simplement demandé si l’on avait des symptômes [de la COVID-19] et nous a recommandé de nous mettre en isolement pendant 14 jours. » « C’est ce que nous allons faire », ajoute Andrée, qui l’accompagnait.

De l’autre côté de la route, des dizaines de camions, en provenance du Québec, roulaient pour entrer sur le territoire américain. Sans entrave.

Deux jours après avoir fermé la frontière canadienne aux voyageurs étrangers, à l’exception de celle avec les États-Unis, le premier ministre, Justin Trudeau, a dit mercredi matin s’être entendu avec le président américain Donald Trump pour désormais étendre l’interdiction de voyage non essentiel à la frontière canado-américaine. « Les voyageurs ne seront plus autorisés à franchir la frontière pour le tourisme et les loisirs », a-t-il dit en conférence de presse devant sa résidence de Rideau Cottage où il vit désormais en isolement après que sa femme, Sophie Grégoire, a développé la COVID-19 au retour d’un voyage au Royaume-Uni.

Le premier ministre a souligné que « les produits circulant par camion ne seront pas touchés » par cette mesure dont l’entrée en vigueur est imminente. Ottawa n’a toutefois pas précisé l’instant exact de la mise en application de cette nouvelle interdiction, en indiquant qu’elle allait être décrétée dans les prochaines « heures ou jours », a dit la vice-première ministre, Chrystia Freeland. Le Canada est actuellement en train de finaliser les règles et principes d’exclusion, « en étroite collaboration avec nos voisins, a-t-elle ajouté. Mais je peux dire que ce n’est pas le moment de faire des voyages touristiques, des voyages qui ne sont pas essentiels. »

 

« Tout le temps nécessaire »

À l’entrée de la route 219, au petit poste frontalier d’Hemmingford, Bev, une Anglo-Montréalaise qui vit entre le Québec et l’État de New York, avait déjà assimilé la recommandation. « Je me doutais que cela allait arriver, a-t-elle dit, alors je suis allée chercher des choses dans ma maison américaine pour les ramener à Montréal. Je ne sais pas combien de temps cela va durer, mais cela risque d’être plus long que court. »

Justin Trudeau a évoqué le fait que ces nouvelles restrictions imposées à la libre circulation des personnes allaient être en vigueur « pendant tout le temps nécessaire ». « Le Canada a proposé 30 jours », selon Mme Freeland qui dit qu’ensuite la situation va être réévaluée entre Ottawa et Washington.

Karine, employée d’une entreprise de la région de Montréal spécialisée dans la réparation d’équipement industriel, a préféré couper court à l’incertitude des derniers jours, en allant chercher cette semaine aux États-Unis les produits nécessaires pour le bon fonctionnement de son entreprise dans les prochains mois. Elle revenait au pays mercredi matin. « D’habitude, je passe la frontière une fois par mois, a-t-elle précisé au volant de sa voiture tirant une remorque lourdement chargée et fraîchement dédouanée. Mais là, on est allé chercher des produits pour tenir un peu plus longtemps. »

Justin Trudeau a rappelé qu’il était « essentiel de maintenir les chaînes d’approvisionnements » entre les deux pays en laissant la frontière ouverte, dans les circonstances, aux marchandises dont la valeur de circulation quotidienne est de 2 milliards de dollars, a-t-il précisé. « Le président Trump et moi-même voulons nous assurer de la fluidité de la circulation des marchandises, des matériaux essentiels et des médicaments à travers la frontière », et ce, en raison de « nos économies et de nos populations » qui sont « interconnectées de façon importante ».

Il a par ailleurs insisté sur le fait que « les ressources de l’Agence canadienne frontalière [allaient être] en masse adéquates pour répondre à ce défi, surtout vu que beaucoup de gens vont choisir de rester chez eux et ne vont même pas essayer de traverser la frontière si on leur dit de ne pas le faire », a-t-il précisé.

Mélissa, gérante de la station-service à Hemmingford, sur la route du poste frontalier, a témoigné d’ailleurs de l’acceptabilité sociale des mesures d’isolement exigées par les gouvernements. « Aujourd’hui, c’est encore plus tranquille que depuis le début de la semaine, a-t-elle dit tout en encaissant l’argent pour une bouteille d’eau. Vous devriez aussi prendre un pot de miel de tilleul. Y disent que c’est bon pour se protéger des maladies. »

Au chemin Roxham, point d’entrée d’une immigration illégale en provenance des États-Unis, il y avait mercredi matin plus de photojournalistes que d’illégaux. « Moins d’avions circulent, alors ça fait aussi moins de gens qui débarquent aux États-Unis pour venir ici, a philosophé André Bernier, un résident de Marieville, qui vient régulièrement à cet endroit pour dénoncer, précise-t-il, le laxisme d’Ottawa face à cette forme d’immigration.

En conférence de presse, Justin Trudeau a indiqué que « toutes les mesures sont prises » pour s’assurer du contrôle des personnes qui se présentent à ce point de passage de moins en moins sauvage puisque lourdement surveillé par la police fédérale. Il a également dit que « les gens qui traversent [vont être] mise en quarantaine pendant 14 jours. »

Avec Marie Vastel