Un plan d’aide fédéral historique de 27 milliards

Quelques rares visiteurs arpentaient le centre commercial de Pointe-Claire, mercredi. Ottawa a annoncé un plan d’aide pour soutenir les travailleurs et les entreprises aux prises avec le fort ralentissement économique provoqué par la pandémie.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Quelques rares visiteurs arpentaient le centre commercial de Pointe-Claire, mercredi. Ottawa a annoncé un plan d’aide pour soutenir les travailleurs et les entreprises aux prises avec le fort ralentissement économique provoqué par la pandémie.

Au moment où la crise du coronavirus s’apprête à faire bondir le taux de chômage au pays, Ottawa annonce un des plus importants plans d’aide financière de l’histoire du pays. Le gouvernement fédéral versera 27 milliards en mesures d’aide directe aux travailleurs et aux entreprises et laissera jusqu’à 55 milliards supplémentaires dans leurs poches en reportant le paiement des impôts dus.

Le plan d’aide d’Ottawa représentera 3 % du PIB du pays. À titre de comparaison, quand le gouvernement de Stephen Harper avait dû répondre à la crise financière de 2008-2009, 40 milliards de dollars avaient été injectés, mais sur une période deux ans.

« On sait que cela peut faire la différence, non seulement pour éviter qu’une famille vive des temps plus difficiles, mais aussi sur la santé de tous les Canadiens. Les gens doivent pouvoir faire de l’isolement préventif, ils doivent pouvoir rester à la maison, ils doivent pouvoir s’occuper de leur famille lorsque leur source de revenus habituelle se tarit », a fait valoir le premier ministre en point de presse mercredi.

« Au Canada, la santé publique ne devrait jamais dépendre de considérations financières. »

Le ministre des Finances, Bill Morneau, ne s’est pas aventuré à prédire l’ampleur des pertes d’emplois qui pourraient être engendrées par la pandémie. Mais aux États-Unis, les autorités prédisent que le taux chômage pourrait atteindre 20 %. La vente au détail, le tourisme et la restauration paient tous les frais de la crise qui les prive de clients.

Selon Statistique Canada, le commerce de gros et de détail, l’hébergement et la restauration emploient environ 4 millions de personnes.

Familles et travailleurs

Le gouvernement viendra donc en aide aux travailleurs qui ont perdu leur emploi ou vu leurs heures de travail réduites en raison de la pandémie et qui ne sont pas admissibles au programme habituel d’assurance-emploi, y compris les travailleurs autonomes. Ottawa leur versera une allocation de soutien d’urgence dont les détails seront arrêtés d’ici quelques semaines. Un manque de précision « anormal » pour des « centaines de milliers de personnes qui perdent présentement leur emploi », a déploré le Conseil canadien des chômeurs.

Ceux qui sont en quarantaine, qui sont malades, qui doivent s’occuper d’un proche atteint du coronavirus ou encore qui doivent rester à la maison pour superviser leurs enfants en congé scolaire auront droit, s’ils n’ont pas de congés maladie payés, à une allocation de soins d’urgence. Ils pourront recevoir à compter du mois prochain jusqu’à 900 $ toutes les deux semaines, pendant un maximum de 15 semaines.

L’Allocation canadienne pour enfants sera bonifiée. Les familles recevront jusqu’à 300 $ de plus par enfant. Le versement sera fait en mai avec le paiement régulier.

Pour les Canadiens les plus pauvres, le crédit pour la TPS sera bonifié d’en moyenne 400 $ par personne seule ou 600 $ par couple.

Entreprises, aînés et contribuables

Les petites entreprises pourront quant à elles recevoir l’équivalent de 10 % des salaires versés à leurs employés, pendant trois mois, afin de les encourager à ne pas licencier leurs équipes pendant qu’elles traversent la crise. Le montant maximal est fixé à 1375 $ par employé et un employeur ne peut toucher plus de 25 000 $.

Pour les aînés, le ministre Morneau réduit de 25 % le montant de retrait minimum obligatoire aux Fonds enregistrés de revenu de retraite. Mais il ne prévoit aucune autre mesure particulière pour l’instant.

« Le défi est plus important pour les gens qui reçoivent moins de revenus à cause de la COVID-19. Nous voulons assurer les aînés que notre système [de retraite] est maintenu. Donc, ils vont garder leurs revenus. »

Par ailleurs les contribuables et les entreprises ont désormais jusqu’au 1er juin pour soumettre leur déclaration d’impôt et jusqu’au 31 août pour payer le solde dû, comme au Québec. Cela représente une somme de 55 milliards dont Ottawa se prive pendant quatre mois afin de laisser plus de liquidités en circulation.

Ottawa met en outre un moratoire de six mois sans intérêt au remboursement des prêts étudiants et le fédéral s’est entendu avec les grandes banques pour qu’elles offrent plus de souplesse pour les paiements hypothécaires. Les petites entreprises auront accès à davantage de crédit, tout comme les agriculteurs et le secteur agroalimentaire, afin de pallier tout problème de liquidité.

Une enveloppe de 305 millions a été mise de côté pour les communautés autochtones ; 50 millions pour les refuges pour femmes victimes de violence ; 157 millions pour les refuges pour itinérants.

Volonté d’agir rapidement

Le président du Conseil du Trésor, Jean-Yves Duclos, s’est dit convaincu que l’aide directe aux familles sera versée rapidement même si beaucoup de fonctionnaires fédéraux travaillent de la maison. Car les deux nouvelles allocations d’urgence « seront mises en place par l’Agence de revenu du Canada, qui a la capacité d’agir plus rapidement et beaucoup plus efficacement que Service Canada », a-t-il expliqué.

« On ne se le cachera pas : Service Canada a déjà parfois de la difficulté à traiter les demandes rapidement; alors, on veut éviter un engorgement encore plus important. »

Le Parlement sera convoqué probablement dès la semaine prochaine afin de voter toutes ces mesures. Les partis d’opposition se sont montrés favorables à soutenir le plan du gouvernement libéral minoritaire, bien qu’ils souhaitent s’assurer que le fédéral fournisse rapidement l’aide promise.

Le premier ministre québécois a salué le programme d’aide d’Ottawa, le qualifiant de « bonne nouvelle ».

1 commentaire
  • Kath Brisson - Inscrite 19 mars 2020 19 h 08

    Question : Ottawa met en outre un moratoire de six mois sans intérêt au remboursement des prêts étudiants

    Est-ce que le mortoire de six mois sans intérêt au remboursement des prêts étudiants s'applique aux étudiants de la province du Québec qui ont des prêts étudiants avec Aide financière aux études (http://www.afe.gouv.qc.ca/) ? Ou es-ce ceci s'applique seulement aux prêts étudiants fédéraux sous ' Canada Student Loans Program ' ?

    Merci, Kath