Ottawa songe à recourir à la Loi sur les mesures d’urgence

Justin Trudeau somme les Canadiens d’écouter les consignes des experts en santé publique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Justin Trudeau somme les Canadiens d’écouter les consignes des experts en santé publique.

Justin Trudeau somme les Canadiens d’écouter les consignes des experts en santé publique et de rester chez eux autant que possible étant donné que le nombre de cas de coronavirus continue d’augmenter au pays. La situation est à ce point sérieuse qu’Ottawa envisage d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence.

Le premier ministre a reconnu qu’il en demandait beaucoup aux Canadiens, d’autant plus qu’il ne sait dire combien de temps cet isolement sera réclamé, mais il promet d’importantes mesures d’aide dès mercredi.

« On demande des efforts importantsaux citoyens et on va être là pour les appuyer aussi. Pour appuyer les petites entreprises et les grandes entreprises, pour appuyer les citoyens qui ont besoin d’argent pour faire leurs emplettes, pour nourrir leur famille, pour payer leur loyer », a promis M. Trudeau en point de presse mardi.

« On ne sait pas combien de temps ça va prendre, si ça va être des semaines ou si ça va être des mois. Mais nous allons être là pour appuyer les Canadiens pour passer à travers ce moment extrêmement difficile et exceptionnel », a assuré le premier ministre.

Justin Trudeau a indiqué qu’il étudiait la possibilité d’avoir recours à la Loi sur les mesures d’urgence. Cette loi permet à Ottawa de restreindre les déplacements d’individus, d’évacuer des zones, de réquisitionner des biens (par exemple prendre possession d’une usine pour y fabriquer un bien nécessaire), de forcer des personnes à offrir des services essentiels ou encore de réglementer la distribution de denrées.

 

La Loi sur les mesures d’urgence n’a jamais été utilisée depuis son adoption en 1988. Elle remplace la Loi sur les mesures de guerre que le père du premier ministre, Pierre Elliott Trudeau, avait invoquée dans la controverse en 1970 pour faire face au Front de libération du Québec.

Avant de la mettre en oeuvre, Ottawa doit obligatoirement consulter les provinces et celles-ci doivent présenter devant leur Parlement respectif une motion indiquant qu’elles ont été consultées.

La vice-première ministre, Chrystia Freeland, a cependant insisté sur le fait qu’Ottawa était bien conscient que « c’est une mesure de dernier recours ».

Sa collègue à la Santé, Patty Hajdu, s’est montrée tout aussi réticente à discuter d’un possible recours à cette loi. « Espérons que nous n’ayons pas besoin d’en arriver là », a-t-elle argué, en répétant que les provinces et les municipalités collaborent très bien jusqu’à présent dans leurs efforts pour contenir l’épidémie de COVID-19.

La directrice de la santé publique canadienne, la Dre Theresa Tam, a rapporté que le Canada compte désormais plus de 440 cas confirmés de la COVID-19, dont la plupart demeurent recensés chez des voyageurs.

Le taux d’augmentation de la propagation en Ontario est « particulièrement préoccupant », a-t-elle noté, car trois des nouveaux cas dans la province ne sont pas liés à des voyages et pourraient donc être causés par une contamination au sein de la communauté — beaucoup plus difficile à contrôler.

L’Ontario a en outre rapporté son premier décès mardi — qui s’ajoute à quatre décès en Colombie-Britannique.

Des rapatriements à l’étranger

Outre un soutien financier pour les plus durement touchés par l’épidémie de coronavirus, M. Trudeau s’est engagé à ne pas laisser à leur sort les Canadiens coincés à l’étranger.

« Il y a trois millions de Canadiens, à tout moment, qui habitent ou qui travaillent à l’étranger. Il est réaliste de croire que certains d’entre eux ne pourront pas rentrer au cours des prochaines semaines », a-t-il reconnu. « Nous étudions toutes les façons possibles de les ramener à la maison. »

Le gouvernement offrira un prêt d’urgence de 5000 $ aux Canadiens qui sont coincés à l’étranger et tente d’organiser avec les compagnies aériennes certains vols de rapatriement.

« On est en discussion avec eux pour choisir certains endroits dans différents pays où il y aurait la possibilité d’envoyer des vols et de rapatrier ces gens-là. Un genre de pont vers ces destinations », a expliqué le ministre des Transports, Marc Garneau.

 

Le gouvernement canadien a rappelé que son exhortation à revenir au Canada s’appliquait à tout le monde, y compris les snowbirds qui passent une partie de l’hiver au soleil.

Par ailleurs, ceux qui traversent la frontière de manière irrégulière pour réclamer le statut de réfugié seront désormais mis en quarantaine dès leur arrivée.

Le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, n’a pas été en mesure de dire où ils seront logés, mais il a précisé que ce ne serait pas à Montréal, comme ce fut le cas avant que la pandémie n’éclate.

« À cause du besoin d’isolement de 14 jours, nous faisons maintenant des plans distincts afin que ces personnes soient placées dans des hébergements appropriés », a-t-il dit.

Retour des Communes

Le premier ministre a indiqué que le Parlement sera rappelé prochainement pour permettre d’adopter certaines mesures financières pour venir en aide aux Canadiens — afin de modifier par exemple la Loi sur l’assurance-emploi.

Le gouvernement fédéral dévoilera ce mercredi un important plan de stimulation économique afin de tenter de répondre à la crise. Les mesures s’adresseront aux travailleurs de même qu’aux entreprises qui paient les frais du ralentissement économique engendré par l’épidémie. Il pourrait s’agir de compensations financières.

Ottawa emboîtera en outre le pas à Québec en retardant à son tour la date limite pour produire les déclarations de revenus. Le gouvernement québécois a annoncé mardi que les contribuables auront jusqu’au 1er juin pour ce faire, plutôt que jusqu’au 30 avril.

Premier mort en Ontario

Les responsables de la santé en Ontario confirment un premier décès relié à la COVID-19 dans la province.

 

Il s'agit d'un homme de 77 ans de la région de Muskoka, qui avait été en contact avec une personne atteinte.

 

L'homme n'avait pas été établi comme un cas confirmé avant sa mort; il était sous investigation pour le virus.

 

La COVID-19 a été découverte après sa mort.

La Presse canadienne