Ottawa prend les grands moyens contre l’épidémie

Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau s’est adressé aux Canadiens depuis la cour avant de son domicile, où il se trouve en isolement.
Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Vendredi, le premier ministre Justin Trudeau s’est adressé aux Canadiens depuis la cour avant de son domicile, où il se trouve en isolement.

La crise du coronavirus continuant de s’amplifier, le gouvernement canadien a déployé vendredi une pléiade de mesures pour faire face à la crise : aide financière aux entreprises, promesse d’un plan de relance économique et restrictions de voyage. Le premier ministre a aussi senti le besoin de s’adresser à la nation pour la rassurer sur son propre état de santé et lui assurer que son gouvernement a la situation bien en main.

Le premier ministre Justin Trudeau s’est adressé aux Canadiens depuis la cour avant de son domicile, où il se trouve en isolement puisque son épouse, Sophie Grégoire, a contracté la COVID-19 à la suite d’un séjour à Londres. M. Trudeau a expliqué que puisqu’il ne ressentait toujours « aucun symptôme » de la maladie, ses médecins lui ont dit qu’il ne « sert à rien » de subir un test de dépistage. « Je me sens très bien. Je travaille de la maison par précaution », a-t-il dit, tout en concédant que « ce n’est pas idéal et c’est un peu frustrant ». Il a rappelé qu’« il y a toujours eu des plans de contingence au cas où des ministres ou même si le premier ministre tombent malades ».

Appel à la participation citoyenne

La quarantaine du premier ministre n’a pas empêché le gouvernement de s’activer. Il a d’abord demandé aux citoyens de poser des gestes concrets pour contenir le virus. Ottawa les invite à ne plus voyager à l’étranger, sauf pour des situations essentielles, et les voyageurs arrivant au Canada à considérer de se mettre en quarantaine volontaire. Les grands rassemblements sont aussi à proscrire.

« Prenez au sérieux votre obligation en tant que citoyen afin de protéger les plus vulnérables au sein de la population », a scandé la ministre de la Santé, Patty Hajdu. L’administratrice en chef de la santé publique au Canada, Theresa Tam, a ajouté qu’une personne choisissant de se rendre quand même à l’étranger risque non seulement de rapporter le virus, mais aussi d’être soumise aux restrictions sanitaires prises par le pays de sa destination. « Votre voyage d’une semaine pourrait devenir beaucoup plus long. »

De son côté, le ministre des Transports, Marc Garneau, a indiqué que les bateaux de croisière transportant plus de 500 passagers seront interdits d’accostage au pays au moins jusqu’au 1er juillet. L’interdit prévaudra pour toute la saison dans la région arctique. Quant aux vols internationaux arrivant au Canada, ils seront dirigés vers un nombre restreint d’aéroports — probablement les plus gros, comme ceux de Montréal et de Toronto — afin d’y concentrer les ressources de surveillance. Des détails à cet égard suivront.

Le premier ministre a indiqué qu’il « ne ferm[ait] pas la porte » à la possibilité d’interdire les arrivées en provenance des pays les plus touchés par le coronavirus. La ministre Hajdu a toutefois cru bon de rappeler que la fermeture de la frontière peut procurer un faux sentiment de sécurité. Elle a expliqué qu’en Italie, la fermeture des frontières s’était soldée par une augmentation du nombre de cas. « Parce que les frontières n’empêchent pas les voyageurs d’entrer. Ils trouvent d’autres façons de le faire. Et les voyageurs deviennent moins honnêtes lorsque vient le temps de dire d’où ils arrivent, où ils vont, s’ils ressentent des symptômes. […] En situation de pandémie mondiale, les mesures transfrontalières sont en fait très inefficaces et, dans certains cas, peuvent nuire. »

Plan de relance à venir

Afin d’éviter que le coronavirus ne nuise davantage à la santé économique du Canada, le ministre des Finances, Bill Morneau, a annoncé qu’il présenterait la semaine prochaine un plan de stimulation économique. Des mesures d’aide aux citoyens sont à prévoir, et pourraient en inclure pour ceux obligés de se placer en quarantaine qui ne se qualifient pas à l’assurance-emploi.

Pour l’heure, trois mesures ont été annoncées : la Banque du Canada a abaissé son taux directeur d’un demi-point, pour le fixer à 0,75 %. Une somme de 10 milliards est dégagée pour bonifier l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises par le truchement de la Banque de développement du Canada et d’Exportation et Développement Canada. Enfin, le Bureau du surintendant des institutions financières relâche, comme cela avait été fait pendant la crise financière de 2008, les obligations des banques en matière de liquidités à conserver. Le taux de réserve pour stabilité intérieure, qui était de 2,25 %, est ramené à 1 %. On pense ainsi libérer jusqu’à 300 milliards qui pourront être prêtés aux citoyens et aux entreprises.

Le dépôt du budget fédéral est par ailleurs repoussé à une date ultérieure non encore déterminée puisque le Parlement ne siégera pas comme prévu le 30 mars, jour où l’opus annuel devait être présenté aux élus. La Chambre des communes a en effet suspendu ses travaux et ne sera de retour que le 20 avril. Trois de ces cinq semaines de congé forcé étaient toutefois déjà des semaines de relâche parlementaire.

Le gouvernement conserve la possibilité de rappeler le Parlement au cours de cette période si les événements le commandaient. On envisagerait alors de ne convoquer qu’un nombre restreint de députés — de ceux pouvant se rendre à Ottawa sans prendre l’avion — qui refléteraient le poids relatif de chaque parti politique.

Le leader du gouvernement en Chambre, Pablo Rodriguez, a indiqué qu’on ne prévoyait pas pour l’instant de déposer le budget devant un tel Parlement aminci, tout en reconnaissant que cela n’était pas non plus impossible. Reste à voir si les partis d’opposition seraient d’accord. Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ne se sont pas montrés très chauds à l’idée, à moins qu’une prolongation de la crise ne le requière.

Pendant cette période de suspension, le gouvernement a obtenu le pouvoir de dépenser sans obtenir l’aval des parlementaires. Cette mesure exceptionnelle prendra fin le 23 juin et fera l’objet d’une surveillance du vérificateur général du Canada.

Par ailleurs, la motion présentée au Parlement a fait en sorte que le projet de loi mettant en oeuvre le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis a été adopté.



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