Trudeau annonce un plan d’un milliard pour composer avec le coronavirus

Le premier ministre Justin Trudeau s’est lui-même retrouvé dans une conférence la semaine dernière où l’un des participants s’est avéré infecté par le coronavirus.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau s’est lui-même retrouvé dans une conférence la semaine dernière où l’un des participants s’est avéré infecté par le coronavirus.

Justin Trudeau promet de soutenir les provinces, les travailleurs de même que les entreprises afin de les aider à gérer les effets de l’épidémie de coronavirus. Le gouvernement fédéral dégage pas moins d’un milliard de dollars pour contrer les répercussions économiques de la maladie COVID-19, qui continue de faire de plus en plus de malades au Canada.

La moitié de cette somme sera versée aux provinces et à leurs systèmes de santé. Ces 500 millions de dollars seront distribués en vertu du partage existant des fonds du Transfert fédéral en santé — le Québec toucherait donc 112 millions.

Ottawa octroie en outre 275 millions de dollars pour la recherche scientifique, en plus des 27 millions annoncés la semaine dernière, pour tenter de développer notamment un vaccin.

Le reste des fonds sera réparti pour bonifier les réserves d’équipements de protection médicaux comme des masques ou des combinaisons chirurgicales, soutenir davantage l’Agence de la santé publique du Canada et ses campagnes d’information, ainsi que venir en aide aux communautés autochtones qui souffrent de services de santé déficients.

Employés et employeurs

Les employés et les employeurs ne sont pas en reste, bien que les mesures annoncées pour leur offrir un peu de répit ne soient pas les plus dispendieuses.

Le gouvernement abolit la semaine de carence qui forçait les employés à patienter avant de toucher des prestations maladie de l’assurance-emploi (coût prévu de 5 millions de dollars). Ceux qui se mettront en isolement s’ils craignent d’être atteints de la COVID-19 seront dédommagés immédiatement.

Quant aux employeurs qui pourraient être contraints de réduire leur main-d’oeuvre, faute de travail à cause de la crise, le Programme de travail partagé sera bonifié (coût prévu de 12 millions de dollars). En vertu de celui-ci, une entreprise peut demander à Ottawa de prendre en charge pendant 76 semaines le salaire d’un employé dont les heures de travail ont été réduites.

« Personne ne devrait [...] s’inquiéter pour son emploi, s’il doit être mis en quarantaine. Et aucun employeur ne devrait se sentir obligé de licencier un employé à cause du virus », a argué en conférence de presse le premier ministre, en sommant les Canadiens de prendre les mesures nécessaires pour freiner l’épidémie au pays.

« Nous pouvons ralentir la propagation de l’infection au Canada. Et cela empêchera que notre système de santé soit surchargé et permettra que la maladie soit mieux contrôlée afin qu’elle ait moins d’impact sur la santé des Canadiens et celle de notre économie. »

Signe que le plan d’aide d’Ottawa a cependant été concocté dans l’urgence, certains détails restaient vagues mercredi. Certains ont affirmé par exemple qu’il faudrait se prévaloir d’une note d’un médecin pour réclamer l’assurance-emploi sans délai, tandis que d’autres ont suggéré qu’un conseil d’Info-santé de se placer en isolement suffirait.

L’objectif est que ce soit accessible « sans effort indu obligeant la personne à obtenir une note », a expliqué la ministre de la Santé, Patty Hajdu. « Ces détails suivront prochainement. »

Le gouvernement réfléchit encore également à l’idée d’interdire l’accostage de bateaux de croisière au Canada ou de fermer les frontières aux ressortissants de pays qui comptent les plus grands nombres de malades. « On ne ferme la porte à aucune éventualité », a répliqué M. Trudeau.

Le premier ministre s’est lui-même retrouvé dans une conférence la semaine dernière où l’un des participants s’est avéré infecté par le coronavirus. M. Trudeau n’a pas fait de test de dépistage, mais surveille ses symptômes. Il n’en est pas à cesser tous ses déplacements ou ses rassemblements, mais son horaire a été ajusté. C’est ce qu’il a admis.

Insuffisant, selon l’opposition

Le plan fédéral n’a pas satisfait les partis d’opposition. Les conservateurs déplorent qu’il ne statue pas sur l’annulation éventuelle des grands événements sportifs ou culturels, ni ne garantit aux croisiéristes qu’ils seront remboursé s’ils restent, tel que recommandé, à la maison.

Le Bloc québécois juge pour sa part les mesures insuffisantes et réclame que les travailleurs aux frontières obtiennent une formation qui leur permette d’identifier les cas potentiels de COVID-19.

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a déploré l’absence d’appui financier pour les travailleurs qui seraient mis en quarantaine, mais qui ne sont pas admissibles au programme d’assurance-emploi. Il propose qu’Ottawa s’inspire d’autres pays et offre entre 80 $ et 100 $ par jour à ces gens, sans condition.

« Si quelqu’un veut volontairement rester chez lui pour s’isoler, je pense que c’est important de croire les gens et d’avoir du financement direct », a-t-il dit. Son entourage a reconnu qu’une telle mesure pourrait coûter des milliards de dollars.

Avec Hélène Buzzetti