Ottawa interdit les thérapies de conversion pour les jeunes

Le ministre de la Justice, David Lametti
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le ministre de la Justice, David Lametti

Des parents pourront peut-être continuer à faire croire à leur enfant que son homosexualité le conduira en enfer, mais ils ne pourront plus le soumettre à des interventions extérieures visant à le ramener sur le chemin de l’hétérosexualité. Ottawa criminalisera en effet les thérapies de conversion pour les mineurs. Mais elles demeureront légales pour les adultes consentants, pour peu qu’elles soient offertes gratuitement et ne soient publicisées nulle part.

Le projet de loi C-8 déposé à la Chambre des communes instaure cinq nouvelles infractions au Code criminel. Il sera désormais interdit de soumettre un mineur à une thérapie de conversion au Canada ou de « l’extirper à l’étranger » pour ce faire. Il devient aussi criminel de faire subir contre son gré une telle thérapie à un adulte. Les trois infractions sont punissables d’une peine maximale de cinq ans de prison. Quant aux thérapies destinées aux adultes, elles ne peuvent faire l’objet d’aucune rémunération ni publicité.

« C’est difficile d’interdire la pratique pour un adulte qui veut le faire de lui-même. Ça pourrait aller à l’encontre de la Charte », a déclaré le ministre de la Justice, David Lametti. Il a aussi bien pris soin de préciser que le C-8 ne criminalisera pas les discussions que des parents pourraient avoir avec leur enfant à propos de leur orientation sexuelle.

Mais où s’arrête le discours et où débute la coercition ? Si un jeune se fait dire toute sa vie qu’il sera répudié par Dieu — et par sa famille — s’il « demeure » homosexuel, n’y a-t-il pas un risque qu’il « consente », une fois adulte, à participer à une telle thérapie ? Le ministre Lametti refuse de croire que sa loi sera difficile à appliquer. Mais il admet que son but est d’envoyer le message que ces thérapies sont « dégradantes » et basées sur une fausse prémisse, à savoir « qu’être homosexuel, lesbienne, bisexuel ou trans est mal et [que] nous devons le réparer ».

Thérapies inefficaces

 

Erika Muse, une transgenre qui se présente comme une « survivante » de ces thérapies, applaudit l’initiative, même si elle estime que le problème est plus profond et prend racine dans le message quotidien qu’on envoie aux gens comme elle. Elle aurait préféré que la loi interdise toutes les thérapies de conversion. « Mais je ne suis pas avocate », admet-elle.

Les thérapies de conversion ont été répudiées par le corps médical parce que non seulement elles sont inefficaces, mais elles engendrent de graves problèmes d’estime de soi et même des idées suicidaires chez les personnes qui les subissent. Ces thérapies sont aujourd’hui souvent offertes par des groupes chrétiens qui les enrobent d’un vernis spirituel plus présentable. Certains oeuvrent toutefois encore à visière levée. C’est le cas de Ta vie Ton choix (TVTC), dirigé par Michel Lizotte.

TVTC promet à la personne intéressée de « développer son potentiel hétérosexuel ». « Grâce à ce service, tu pourras connaître comment on peut être libéré des pensées, attraits ou comportements homosexuels non désirés. » M. Lizotte n’a pas voulu parler au Devoir. Il travaille sur un documentaire, dont la sortie est prévue le mois prochain, qui démontrera l’efficacité de ses méthodes.

Georges Buscemi, qui oeuvre au groupe pro-vie Campagne Québec-Vie, accompagne M. Lizotte dans sa démarche. Il approuve les thérapies volontaires. Il estime que le projet de loi d’Ottawa découle d’une « idéologie », par ailleurs incohérente à son avis avec le discours sur l’identité de genre. « Quand des jeunes se sentent inconfortables avec leur corps, on les aide à faire la transition avec des hormones et d’autres interventions irréversibles. Ça, c’est permis, voire encouragé. Mais quelqu’un qui voudrait juste changer son orientation sexuelle ? Ah non ! Ce serait tout à coup criminel. »

Quatre provinces ont déjà interdit à leurs professionnels de la santé de pratiquer des thérapies de conversion : l’Ontario, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et l’Île-du-Prince-Édouard. Des villes ont commencé à les interdire sur leur territoire depuis 2018. À Edmonton, l’amende prévue est de 10 000 $.

Un sondage mené par Sexe au présent a révélé le mois dernier que jusqu’à 8 % des hommes gais au Canada, soit 47 000, avaient subi des thérapies de conversion diverses.

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