Les pro-vie déçus de l’exclusion de Richard Décarie

Le Parti conservateur a annoncé qu’il ne permettrait pas à Richard Décarie, un ancien conseiller de Stephen Harper, de briguer la succession d’Andrew Scheer.
Photo: Darren Calabrese La Presse canadienne Le Parti conservateur a annoncé qu’il ne permettrait pas à Richard Décarie, un ancien conseiller de Stephen Harper, de briguer la succession d’Andrew Scheer.

Les groupes pro-vie se désolent que le Parti conservateur ait disqualifié de sa course à la chefferie Richard Décarie, un opposant à l’avortement issu de la droite sociale. Ils avertissent maintenant Eric O’Toole, un des deux meneurs présumés de la course qui semble courtiser le vote pro-vie, qu’il ne pourra pas espérer récolter leur appui sans poser de gestes concrets pour resserrer l’accès à l’avortement au Canada.

Le Parti conservateur a annoncé samedi qu’il ne permettrait pas à Richard Décarie, un ancien conseiller de Stephen Harper, de briguer la succession d’Andrew Scheer. Aucune raison n’a été publiquement offerte pour cette décision. En entrevue avec Le Devoir, M. Décarie explique qu’il a été convenu « d’un commun accord » de ne pas commenter l’annonce.

M. Décarie avait semé la controverse en déclarant en entrevue télévisée qu’il croyait que l’homosexualité était un choix et que le mariage devrait être réservé aux couples formés d’un homme et d’une femme. Certains députés conservateurs avaient invité le parti à le disqualifier.

Le départ de M. Décarie ne signifie pas pour autant que le mouvement pro-vie ne sera pas représenté dans la course. Trois des huit candidats s’opposent aussi à l’avortement : le député Derek Sloan, l’avocate torontoise Leslyn Lewis et Jim Karahalios.

Aucun ne semble toutefois en position de l’emporter, les meneurs présumés étant l’ex-ministre Peter MacKay et l’actuel député Erin O’Toole.

Or, M. O’Toole a semblé tendre la main aux pro-vie en s’attaquant vendredi à M. MacKay pour avoir promis d’interdire à son éventuel cabinet d’appuyer un projet de loi resserrant l’accès à l’avortement. M. O’Toole, bien que pro-choix, permettrait à ses ministres de voter librement. Le mouvement n’est pas impressionné pour autant.

« Nous disons à nos membres : s’il vous plaît, ne votez pas pour MacKay ou O’Toole », explique en entrevue le président de Campaign Life Coalition, Jeff Gunnarson.

Les militants conservateurs devront numéroter chacun des huit candidats par ordre de préférence. D’un tour à l’autre, les candidats les moins populaires seront éliminés et leurs appuis, redistribués aux candidats restants. M. Gunnarson dit à ses membres de ne pas numéroter jusqu’à MM. MacKay et O’Toole afin de ne pas contribuer à leur victoire quand les candidats pro-vie auront été éliminés.

Faire partie du débat

M. Gunnarson est « profondément déçu » de l’exclusion de M. Décarie. Et s’il applaudit la sortie de M. O’Toole, il estime qu’elle ne représente que « des miettes » pour le milieu pro-vie. « J’avertis mes membres pour qu’ils ne se laissent pas berner par ces ruses. »

Le sentiment est le même chez Right Now. Le porte-parole Scott Hayward indique que ce n’est plus suffisant pour un aspirant-chef de dire, comme l’a fait M. O’Toole, qu’il permettra aux éléments pro-vie de soulever un débat tout en s’organisant pour que la loi demeure inchangée. « On ne veut plus juste faire partie de la grande tente bleue conservatrice. On veut être dans leur programme. »

Il demande que les avortements tardifs ou sexo-sélectifs, visant à se débarrasser des foetus féminins, soient interdits.

Le directeur de We Need a Law, Mike Schouten, est d’accord. « Les candidats à la chefferie doivent faire attention de ne pas avoir l’air de seulement utiliser les membres pro-vie », lance-t-il au Devoir. Pour que M. O’Toole trouve grâce à ses yeux, il devra appuyer le projet de loi de sa collègue Cathay Wagantall, déposé la semaine dernière, criminalisant les avortements sexo-sélectifs.

Ce projet de loi devrait être débattu à la Chambre des communes avant la relâche estivale, soit avant le vote à la chefferie. « Je m’attends à ce que tous les députés conservateurs l’appuient », lance M. Schouten, étant donné que le Parti conservateur a pour politique officielle de condamner les avortements sexo-sélectifs.

8 commentaires
  • Réal Boivin - Inscrit 3 mars 2020 05 h 41

    Le parti conservateur du Canada ou des États-Unis?

    À lire cet article on se demande vraiment si nous sommes bien au Canada. Les activistes évangéliques prennent-ils toute la place dans ce parti? Ce parti met en lumière la place toujours plus grande que les intégrismes religieux sont de plus en plus installés dans les organisations politiques, Ils ne règleront pas les problèmes environnementaux avec des discussions moyenâgeuses. La population, rendue beaucoup plus loin, va laisser ce parti bitumineux, moralisateur et sectaire loin de leurs préoccupations dans la marge qu'il se construit lui-même. Le Bloc a de l'avenir au Québec.

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 3 mars 2020 10 h 57

    Tous pour la défense des enfants

    M. Boivin, je ne vois aucune référence religieuse dans cet article. N'importe qui peut se rendre compte que l'enfant à naître a des droits et qu'ils doivent être protégés!

    • Christian Dion - Abonné 3 mars 2020 12 h 29

      Que faites-vous du droit des femmes de choisir. Toujours la même histoire du religieux qui se fout éperdument de la condition des femmes dans son sens large. Ces femmes, qui pour les religieux, sont responsables de tous les maux de la société. Avant de dire que j'exagère, faites une revue, même superficielle, de l'histoire, et nous ne pouvons, n'en vous déplaise, qu'en arriver à ce constat.
      En passant, vous dites que l'enfant doit primer lorsqu'il est question d'avortement Or, je ne vois pas beaucoup de groupes religieux monter aux barricades pour prendre la défense des enfants qui souffrent partout dans le monde!!! Nous les observons plutôt intervenir dans les pays pauvres pour empêcher notamment de jeunes filles victimes de viol d'avoir recours à l'avortement pour se libérer de ce qu'elle n'ont pas choisi. Je préfère m'arrêter là.
      Christian Dion

    • Roxane Bertrand - Abonnée 3 mars 2020 12 h 31

      Ceux déjà né(e)s aussi!

      Les femmes ne sont pas des mères porteuses forcées. Il est monstrueux qu'un état légifère pour subordonner une femme au fœtus qu'elle porterait.

    • Françoise Labelle - Abonnée 4 mars 2020 05 h 21

      M. Lafitte,
      commencez donc par prendre soin des vivants avant de mettre des enfants au monde; des enfants qui ont été mis au monde et des femmes qui les ont mis au monde. Les inégalitaires et les climato-sceptiques se recrutent au sein de votre groupe digne de la Servante écarlate.

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 4 mars 2020 10 h 05

    La plus importante institution caritative du monde

    M. Christian Dion, puisque vous voulez faire une recherche sur les institutions religieuses, vérifiez bien, vous verrez que les institutions religieuses sont les plus nombreuses et importantes institutions caritatives dans le monde et soutienne aussi les autres oeuvres de bienfaisance. Regardez au Québec : L'accueil Bonneau, la Maison du Père, Dans la rue, la fondation des hôpitaux, toutes des oeuvres faites par les institutions religieuses. Révisez votre histoire...

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 4 mars 2020 16 h 45

    Les enfants à naître sont vivants.

    M. Labelle, vous savez, un enfant à naître est vivant. C'est bien la raison pour laquelle certains pays, intelligement, donne à l'enfant qui naît un âge de 9 mois.

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 4 mars 2020 17 h 26

    Les femmes ne sont pas forcées d'être enceinte, sauf en cas de viol

    Mme Bertrand, il y a des gestes qui impliquent la possibilité d'uine grossesse. Il faut en être conscient avant de les faire.. Après quand la grossesse est là, il est trop tard pour reculer devant cette nouvelle vie. Un avortement, c'est comme monter volontairement dans une montagne russe avec pour conséquence la vitesse et le mal de coeur (grossesse) puis demander à en descendre une fois rendu au sommet, la tête en bas... On ne peut pas traiter de la question sans prendre en considération qu'il y a deux personnes en jeu.