Vers une sortie de crise?

<p>Sur la photo, la ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones Carolyn Bennett (à gauche), le chef héréditaire wet’suwet’en Woos (au centre) et le ministre des Relations avec les Autochtones de la Colombie-Britannique Scott Fraser (à droite)</p>
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne

Sur la photo, la ministre fédérale des Relations Couronne-Autochtones Carolyn Bennett (à gauche), le chef héréditaire wet’suwet’en Woos (au centre) et le ministre des Relations avec les Autochtones de la Colombie-Britannique Scott Fraser (à droite)

Même si des ministres et l’un des chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en ont annoncé dimanche la conclusion d’une entente de principe en Colombie-Britannique, des barrages ferroviaires, dont celui de Kahnawake, sont maintenus.

Les militants autochtones continueront d’occuper la voie ferrée qui traverse le territoire mohawk de Kahnawake, a déclaré le secrétaire de la nation mohawk, Kenneth Deer. « Nous essayons encore d’évaluer quel genre d’entente c’était », a-t-il expliqué, ajoutant que sa communauté allait tenir une rencontre lundi pour décider de ce qui sera fait ensuite.

   

De son côté, la ministre des Relations Couronne-Autochtones, Carolyn Bennett, a déclaré dimanche qu’ils « [avaient] trouvé un arrangement qui tient compte des protocoles du peuple et des clans wet’suwet’en. Ce que nous avons conclu doit être examiné par ces clans. Nous reviendrons signer cette entente à titre de ministres si celle-ci est approuvée par la nation ».

Mme Bennett et le ministre des Relations avec les Autochtones de la Colombie-Britannique, Scott Fraser, ont refusé de divulguer des détails de l’entente avant qu’elle ne soit examinée par la nation wet’suwet’en.

Selon Thomas Burelli, professeur en droit civil à l’Université d’Ottawa, même s’il s’agit d’une avancée par rapport à la situation des jours précédents, il n’est pas garanti que cette entente soit suffisante pour régler la crise. « Selon les éléments dont nous disposons, il ne s’agit pas d’une entente à propos du projet de Coastal GasLink. […] En somme, la situation qui a déclenché le mouvement social n’est pas résolue », explique-t-il au Devoir.

L’un des chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en, le chef Woos, a déclaré dimanche en Colombie-Britannique que l’entente représentait un jalon important, tant pour son peuple que pour les autres parties impliquées.

Même si les 20 conseils de bande touchés par le tracé du gazoduc ont approuvé le projet, les chefs héréditaires continuent de s’y opposer, se disant responsables des décisions concernant le territoire débordant les limites des réserves.

Reprise des travaux

Le même jour, le promoteur du gazoduc Coastal GasLink a annoncé la reprise des travaux dans la région de la rivière Morice dès lundi. « Coastal GasLink reconnaît les discussions survenues au cours des derniers jours et le fait qu’un progrès important a été accompli pour aborder les préoccupations des chefs héréditaires wet’suwet’en », a déclaré dans un communiqué le président de l’entreprise, David Pfeiffer.

Le promoteur a qualifié de « progrès importants » le dialogue entre les chefs héréditaires et les ministres depuis jeudi dernier. Il a également affirmé sa volonté de discuter avec tous les groupes autochtones, incluant les chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en, et être en attente d’une éventuelle rencontre avec eux.

Selon M. Burelli, de l’Université d’Ottawa, le promoteur du pipeline « joue un jeu dangereux ». « Je ne pense pas que ce soit la stratégie la plus adaptée pour calmer les esprits », croit-il, qualifiant l’annonce « d’un peu précipitée et [qui] pourrait même être perçue comme une provocation ».

« Il est difficile de déterminer si [l’entente] sera suffisante pour entraîner la levée des barrages. Il s’agit d’une décision qui sera sûrement prise en concertation avec la nation wet’suwet’en et si une véritablement voie de dialogue a été aménagée », estime M. Burelli.

Droits autochtones

Le noeud de la crise est beaucoup plus profond que la construction d’un gazoduc, selon le professeur. « Il ne s’agit que d’un exemple parmi d’autres des dysfonctionnements quant à la prise en compte et au respect des droits et intérêts des peuples autochtones au Canada », illustre-t-il au Devoir.

Le conflit né en Colombie-Britannique touche notamment la question des droits sur le territoire, des titres et de la représentativité des Autochtones. Comme le territoire de la nation wet’suwet’en n’a pas fait l’objet d’un traité, il demeure « non cédé ».

La Cour suprême du Canada avait décrété en 1997 que la propriété autochtone n’avait pas été abolie par le gouvernement provincial et qu’elle ne pouvait pas l’être. Le tribunal n’avait toutefois pas déterminé la zone occupée par le territoire wet’suwet’en ni ses limites précises.

L’avocat représentant les Wet’suwet’en et leurs voisins de la nation gitxsan, Peter Grant, a déclaré que l’entente de principe ne constituait pas un nouveau traité. « C’est n’est qu’un projet d’arrangement, mais je crois qu’il est très considérable », a-t-il concédé.

Avec La Presse canadienne


Une version précédente de ce texte contenait une erreur quant au nom du secrétaire général de la nation mohawk. Il s'agit de Kenneth Deer, et non pas John Deer. Nos excuses.