Près de 100 000 fonctionnaires fédéraux bientôt appelés à voter pour une grève

«Nos membres sont exaspérés. [...] Ce sera la grève générale illimitée si le gouvernement Trudeau ne change pas son mandat, s’il ne nous appelle pas à négocier et que, cette fois-ci, il démontre sa bonne foi», a prévenu Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale à l'AFPC.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne «Nos membres sont exaspérés. [...] Ce sera la grève générale illimitée si le gouvernement Trudeau ne change pas son mandat, s’il ne nous appelle pas à négocier et que, cette fois-ci, il démontre sa bonne foi», a prévenu Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale à l'AFPC.

Quelque 90 000 fonctionnaires fédéraux seront bientôt appelés à se prononcer sur un mandat de grève générale illimitée. Le débrayage aurait lieu ce printemps. Les votes se tiendront du 16 mars au 7 mai, a précisé vendredi l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) — le plus grand syndicat de fonctionnaires fédéraux au pays.

En entrevue avec La Presse canadienne, Magali Picard, vice-présidente exécutive nationale à l’Alliance, affirme que ses membres sont si en colère qu’il n’est même pas question de grèves tournantes ou de grève par ministère ou à la journée, avant d’en venir à la grève générale illimitée.

« Nos membres sont exaspérés. Il n’y aura pas de grèves rotatives ou de moyens de pression ; ce sera la grève générale illimitée si le gouvernement Trudeau ne change pas son mandat, s’il ne nous appelle pas à négocier et que, cette fois-ci, il démontre sa bonne foi », a prévenu Mme Picard.

Compliquée par Phénix

La négociation des conventions collectives avec les employés de l’État, au fédéral, est compliquée cette fois-ci par le litige concernant les dédommagements à verser aux employés victimes du système de paie Phénix. Ce dossier n’est toujours pas réglé — du moins pour l’Alliance de la fonction publique du Canada.

Le gouvernement fédéral a offert un dédommagement équivalant à cinq jours de congé, ce que les syndicats de plus petite taille ont accepté, mais pas l’AFPC. Les syndicats qui ont accepté ont tout de même fait inclure une clause remorque à leur contrat de travail, qui stipule qui si l’AFPC obtient mieux, ils l’obtiendront aussi.

Il y a quelques jours, la Commission de l’intérêt public a livré son rapport sur l’état de la négociation entre les parties pour le groupe Programmes et administration (85 000 travailleurs). Elle a conclu à une impasse dans les négociations, à un écart énorme entre les parties et a confirmé que le litige sur Phénix pèse lourd sur la négociation des conventions collectives.

Avec l’Agence du revenu

À ces 90 000 fonctionnaires fédéraux, il faut ajouter les 27 500 de l’Agence du revenu du Canada, aussi syndiqués à l’AFPC, et qui ont déjà commencé à voter sur un mandat de grève.

L’Alliance ne s’en cache pas : elle veut faire coïncider les deux pour maximiser la pression sur le gouvernement fédéral. Et l’AFPC aimerait également que ses membres à l’Agence des services frontaliers et à Parcs Canada fassent aussi partie du mouvement, ce qui ferait grimper le nombre à 140 000 travailleurs dans l’ensemble du pays.

« Cette fois-ci, on va vraiment profiter de la situation, du fait qu’on a tous nos membres à la même place, à la même table, face à l’impasse. C’est rare qu’on a vécu ça dans notre organisation. Donc, c’est clair qu’on va profiter de la situation : nos gens veulent se faire entendre, en ont assez », a rapporté Mme Picard.

Au Québec, l’Alliance de la fonction publique du Canada est affiliée à la FTQ, la plus grande centrale syndicale du Québec.