Via Rail met à pied près de 1000 employés

Photo: Thierry Haroun Archives Le Devoir

Via Rail a annoncé mercredi que l’annulation des services sur une grande partie de son réseau le forçait à effectuer près de 1000 mises à pied.

Le transporteur ferroviaire a annulé la reprise du service entre Montréal et Québec initialement prévue pour jeudi en raison d’un nouveau blocus près de Saint-Lambert. Tous les trains entre Montréal et Québec sont annulés au moins jusqu’à vendredi en fin de journée.

En après-midi mercredi, une nouvelle barricade a été installée sur une voie du CN traversant la ville de Saint-Lambert, en banlieue de Montréal. «Nous bloquons les voies ferrées en solidarité avec les Wet’suwet’en, dont le territoire a été envahi par la GRC», a déclaré, par voie de communiqué, Jessica Robert, une manifestante présente à la barricade. «Nous allons continuer à bloquer les rails jusqu’à ce que la GRC se retire des territoires des Wet’suwet’en», a averti Mme Robert.

Le transporteur ferroviaire, qui emprunte les voies ferrées du Canadien National (CN), doit maintenir l’annulation du service sur une grande partie de son réseau. La reprise graduelle du service est maintenue entre Montréal et Ottawa, et dans le sud-ouest de l’Ontario.

Exo a informé ses clients des trains de banlieue mercredi soir qu’en raison de la présence de manifestants aux abords de la voie ferrée du CN, le service de trains de la ligne exo3 Mont-Saint-Hilaire était interrompu, et ce, pour une durée indéterminée.

En raison de la pénurie d’autobus et de chauffeurs dans la région métropolitaine, Exo ne sera pas en mesure de supporter l’ensemble des déplacements normalement assurés par son service de train exo3 Mont-Saint-Hilaire. Le transporteur encourage même ses clients à envisager d’autres solutions de rechange comme le covoiturage ou le métro, prévenant que « la période de pointe de jeudi matin risque d’être difficile ».

Des manifestants bloquent, depuis maintenant 14 jours, les voies du CN en appui aux chefs héréditaires de la première nation Wet’suwet’en, qui s’opposent au passage du gazoduc Coastal GasLink dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique.

«C’est avec regret que nous devons procéder à des suspensions de travail temporaires», a affirmé Via Rail dans un communiqué. «Jusqu’à ce que CN Rail ouvre les voies restantes pour le service, Via Rail n’a d’autre choix que de maintenir l’annulation de ses services sur une grande partie de son réseau.»

Via Rail a précisé que ses employés visés par les mises à pied recevraient un préavis à ce sujet, et que les termes des conventions collectives seraient respectés.

Selon la présidente et chef de la direction de Via Rail, Cynthia Garneau, ce plan de suspension temporaire représente «la solution la plus juste et raisonnable». «En 42 ans d’existence, c’est la première fois que Via Rail […] doit interrompre la plupart de ses services partout au pays», a-t-elle affirmé.

Via Rail a en outre espéré que l’ensemble de ses services reprendraient «dès que possible», en plus de saluer «les efforts de dialogues en cours» entre les gouvernements et les chefs des Premières Nations.

La société a annulé plus de 530 trains depuis le début des blocages, le 6 février.

425 millions de dollars de produits par jour

De son côté, le CN a annoncé mardi soir la mise à pied d’environ 450 travailleurs dans l’est du pays après avoir annulé plus de 500 trains dans la dernière semaine en raison du blocage des voies ferrées. Les mises à pied touchent le personnel opérationnel travaillant à Montréal, Lévis, Moncton et Eastern Passage, près de Halifax.

L’occupation des voies dans la région de Belleville, en Ontario, sur une ligne qui traverse le territoire mohawk de Tyendinaga, a forcé le CN à fermer le quart de son réseau dans l’Est, ce qui a eu des répercussions sur l’ensemble de son système, d’un océan à l’autre.

L’économiste Nathan Janzen, de la Banque Royale, a souligné que les blocages avaient «assombri» les perspectives économiques pour les fabricants canadiens. La situation nuit chaque jour à la livraison d’environ 425 millions de dollars de produits, selon le groupe commercial Manufacturiers et exportateurs Canada.

L’analyste Kevin Chiang, de Marchés mondiaux CIBC, a estimé, à partir de l’impact qu’a eu la grève d’une semaine au CN en novembre dernier, que les blocages coûteraient chaque jour au transporteur ferroviaire environ 3 centimes par action, en tenant pour acquis que le réseau est opérationnel à environ 70 % à 75 % de sa capacité.

Cela se traduirait par un trou de 43 millions de dollars dans ses résultats jusqu’à maintenant, soit cinq pour cent de son résultat net du premier trimestre de 2019.

«Nous restons prudemment optimistes», a indiqué mercredi le directeur financier du CN, Ghislain Houle, lors d’une conférence à Miami.

Lorsqu’il s’est fait demander si le CN réviserait ses prévisions de résultats pour 2020, il a répondu: «Restez à l’écoute.»