Pas question d’ordonner une intervention policière, dit Trudeau

Un camion avec des drapeaux et des affiches se tient près de la voie ferrée bloquée, au neuvième jour du blocus ferroviaire, à Tyendinaga, près de Belleville, en Ontario.
Photo: Lars Hagberg La Presse canadienne Un camion avec des drapeaux et des affiches se tient près de la voie ferrée bloquée, au neuvième jour du blocus ferroviaire, à Tyendinaga, près de Belleville, en Ontario.

De Munich, Justin Trudeau assure que son gouvernement et lui s’occupent « profondément » de l’arrêt des trains au Canada.

Et aux conservateurs qui lui réclament d’ordonner l’intervention de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) pour démanteler les barricades qui bloquent les voies ferrées, M. Trudeau répond qu’il n’en fera rien.

« On n’est pas un pays où les politiciens peuvent ordonner à la police de faire quelque chose d’opérationnel », a-t-il souligné, vendredi, lors d’une conférence de presse tenue avant son retour au pays.

Quelques heures plus tôt, à Ottawa, le chef par intérim du Parti conservateur reprochait au premier ministre d’être en voyage et réclamait une intervention policière.

« Toute cette situation est devenue ridicule », a lancé Andrew Scheer lors d’un point de presse convoqué au foyer de la Chambre des communes, jeudi avant midi.

Il a, à nouveau, accusé les manifestants de planifier la destruction de tout le secteur énergétique de l’économie canadienne.

« Nous ne pouvons pas permettre à un petit groupe d’activistes de prendre notre économie en otage et de menacer des milliers d’emplois », a-t-il tonné, réclamant l’intervention de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Puis, en réponse aux questions des journalistes, M. Scheer a admis que les barricades sont sur des territoires où la GRC n’a pas compétence et où la police est confiée à des Peacekeepers ou à des services provinciaux.

Respect des lois

M. Trudeau, lui, appelle au respect des lois.

« Je rappelle qu’on est un État de droit. On reconnaît le droit de manifester, mais ça doit être fait […] suivant les lois », a-t-il dit une fois de plus, en regrettant la « semaine difficile » qu’ont eu à vivre « beaucoup de Canadiens ».

Puis, il s’est défendu de ne pas en faire assez depuis une semaine alors qu’il était en voyage en Afrique, au Koweït, puis en Allemagne.

« Je suis engagé et le gouvernement est pleinement saisi de cet enjeu depuis le début », a-t-il répliqué, soulignant le travail de ses ministres sur le terrain.

Les deux ministres responsables des relations avec les Premières Nations, Carolyn Bennett et Marc Miller, devaient rencontrer des leaders autochtones vendredi et samedi.

« On est en train de s’occuper profondément de cet enjeu », a assuré M. Trudeau qui comptait contacter François Legault vendredi, avant de rentrer à Ottawa.

« Dialogue »

Son ministre des Transports, quant à lui, continue de privilégier le « dialogue » et la recherche d’un « consensus ».

De passage à Toronto, jeudi matin, Marc Garneau s’est dit encouragé par les récents développements près de New Hazelton, dans le nord de la Colombie-Britannique.

« Étant donné particulièrement le fait qu’il va y avoir un dialogue en Colombie-Britannique où est la source […] de ces barricades à travers le pays […] je crois qu’on verra une réponse très bientôt des Autochtones de Tyendinaga, des Mohawks de cette région-là », a offert le ministre qui sortait d’une réunion avec ses homologues provinciaux.

Un chef autochtone héréditaire a levé le blocus des voies ferrées du Canadian National (CN) près de New Hazelton après la promesse d’une rencontre avec les gouvernements fédéral et britanno-colombien.

M. Miller, ministre des Services aux Autochtones, a, de son côté, invité les Mohawks de la Nation de Tyendinaga dans la région de Belleville, en Ontario, à le rencontrer, à condition qu’ils lèvent leur blocus.

Vendredi après-midi, ces barricades étaient toujours là.

M. Garneau s’est défendu, comme son premier ministre, d’avoir attendu trop longtemps avant d’agir.

« Je crois qu’on s’est mis au travail tout de suite quand les blocages ont commencé », a-t-il dit. « Il faut, bien sûr, prendre en considération la cause de ces blocages et essayer de s’adresser à ces causes-là pour qu’on ait une solution à long terme », a-t-il ajouté.

Les actions des manifestants ont poussé le CN et Via Rail à annoncer, jeudi, la fermeture de leur réseau dans l’est du Canada. Le CN a indiqué que cet arrêt pourrait conduire à des licenciements temporaires.