Les libéraux du Québec ne veulent pas de Teck Frontier

Le projet Frontier de la minière Teck, en Alberta, permettrait de produire 260 000 barils de pétrole par jour.
Photo: Getty Images Le projet Frontier de la minière Teck, en Alberta, permettrait de produire 260 000 barils de pétrole par jour.

Les députés québécois de Justin Trudeau espèrent en majorité que la mine de sables bitumineux Teck Frontier ne sera pas approuvée par leur gouvernement. Les élus interrogés par Le Devoir estiment qu’il serait impossible de réconcilier ce vaste projet avec la promesse libérale de rendre le Canada carboneutre d’ici 2050.

« Il est absolument impensable pour nous d’approuver un projet qui, selon le groupe d’experts, est vraiment nuisible et causerait des nuisances importantes », lance en entrevue Alexandra Mendès, la députée de Brossard—Saint-Lambert. Cela serait d’autant plus incongru, dit-elle, qu’une vingtaine d’autres projets d’extraction de sables bitumineux déjà approuvés dorment sur des tablettes à cause d’un prix de la ressource trop bas ne les rendant pas rentables. « Pourquoi irions-nous en approuver un 23e ? »

Le projet Frontier de la minière Teck consiste en une mine à ciel ouvert de 290 kilomètres carrés – l’équivalent des deux tiers de la superficie de l’île de Montréal. Cette mine en Alberta permettrait de produire 260 000 barils de pétrole par jour et émettrait 4,1 mégatonnes (MT) de gaz à effet de serre (GES) par année. À titre de comparaison, le Canada a émis 716 MT de GES en 2017 et a pour objectif de ramener son bilan à 511 MT d’ici dix ans.

On s'entend : on ne va pas gagner un seul vote en Alberta même si on l'approuve

 

Rapport favorable

L’été dernier, un panel fédéral-provincial a jugé Teck Frontier « dans l’intérêt public » bien qu’il soit « susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants ». Le panel avait reconnu que le projet « pourrait rendre plus difficile » l’atteinte des cibles canadiennes de réduction de GES, mais avait rappelé qu’il n’avait pas le mandat d’en tenir compte. Le cabinet fédéral doit décider d’ici la fin février s’il approuve ou non le projet. Le premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, martèle qu’un refus pousserait le sentiment d’aliénation de sa province à son paroxysme.

 

Mme Mendès n’a cure de ces menaces. « On s’entend : on ne va pas gagner un seul vote en Alberta même si on l’approuve. » À l’inverse, le PLC perdrait bien des votes au Québec. « Ce sera la fin du caucus libéral du Québec, pense-t-elle. La population ne va pas embarquer du tout. Ça a été très clair pendant la campagne électorale que l’environnement est la préoccupation numéro un de nos concitoyens. […] On nous a donné un laissez-passer mitigé pour le pipeline, mais on ne nous pardonnerait pas celle-là. Ce serait une de trop. » La députée estime que refuser le projet est la bonne chose à faire en principe. Mais aussi politiquement, surtout en contexte minoritaire. « À l’exception du Parti conservateur, il n’y a aucun parti en Chambre qui appuie ça. »

Mme Mendès n’est pas la seule à penser ainsi. En coulisses, deux autres élus québécois ont indiqué au Devoir s’opposer à Teck Frontier. « Je suis absolument contre. Et je ne suis pas le seul. Je pense que c’est le gros consensus du caucus », nous dit un second député.

Un troisième dit que ses commettants ne veulent pas d’une approbation. « Je suis contre. Politiquement, il n’y a pas de bénéfice pour le Parti libéral. Nous avons dit clairement qu’une de nos priorités, ce sont les changements climatiques. Ça équivaudrait à mettre 800 000 autos de plus sur les routes. »

Renverser la recommandation

Un quatrième député québécois, favorable au projet celui-là, confirme au Devoir que la vaste majorité du caucus libéral s’oppose à Teck Frontier. Cette personne estime qu’il faudrait « quelque chose de très substantiel pour renverser » la recommandation favorable du panel. Sinon, le Canada acquerra la réputation de décider arbitrairement de ce genre de projets.

Un des députés interrogés croit qu’une façon de se sortir de ce dilemme politique serait de renvoyer le projet au panel en lui demandant cette fois de prendre en compte les changements climatiques. « Peut-être que ce serait une manière pour que le gouvernement ne refuse pas arbitrairement le projet. »

Récemment, les députés libéraux Sean Casey (Île-du-Prince-Édouard) ainsi qu’Adam Vaughan et Nathaniel Erskine-Smith (Ontario) ont déclaré à d’autres médias s’opposer à la mine Frontier.

Un sondage d’Angus Reid Institute publié cette semaine indique qu’il n’y a qu’en Colombie-Britannique et au Québec que les opposants à Teck Frontier sont plus nombreux que ses partisans.


 
3 commentaires
  • Robert Bernier - Abonné 14 février 2020 05 h 38

    Aider les Albertains

    On a aidé les pêcheurs de l'Atlantique quand il s'est avéré nécessaire d'abaisser leurs quotas de pêche. On a imposé aux chasseurs de phoque des Iles-de-la-Madeleine de cesser leur activité commerciale. On a fait cesser la production d'amiante au Québec. Vous rappelez-vous aussi qu'on a imposé à l'industrie du raffinage de passer au sans-plomb: et que ça a été fait.

    Qu'y aurait-il de criminel à demander à l'Alberta de cesser de dégrader notre environnement? On pourrait aider l'Alberta et les Albertains à diversifier leur économie. Et n'oublions pas que, de toute façon, les profits du pétrole se concentrent dans quelques grandes poches ... avant de fuir vers les paradis fiscaux.

  • Mario Gallant - Abonné 14 février 2020 09 h 11

    Et si c'était du pétrole "propre"

    Accepter le projet à la condition que l'Alberta utilise l'électricité produite par Terre Neuve et Québec pour extraire son pétrole au lieu du gaz naturel et s'engage à utiliser ces lignes à haute tension pour remplacer les centrales électriques au charbon et gaz naturel. Il y aurait une importante réduction de GES.
    Mario Gallant

    • Jacques Boucher - Abonné 14 février 2020 22 h 14

      Quelle idiotie. Gaspiller notre élelctricité pour extraire plus de pétrole.