Le Canada en manque de «programme électoral» pour obtenir un siège au Conseil de sécurité

Justin Trudeau était de passage au Koweït lundi dans le cadre d’un voyage qui l’a mené en Afrique et le mènera aussi en Allemage.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Justin Trudeau était de passage au Koweït lundi dans le cadre d’un voyage qui l’a mené en Afrique et le mènera aussi en Allemage.

Alors que le premier ministre Justin Trudeau poursuit son opération de charme en Afrique en vue d’obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies, deux anciens ministres des Affaires étrangères estiment que le Canada aurait intérêt à se doter d’un « programme électoral » plus concret pour gagner des votes. Lawrence Cannon et Lloyd Axworthy s’accordent aussi pour dire qu’il serait peut-être temps de trouver une option de rechange à ces élections inutilement déchirantes.

Lawrence Cannon présidait la diplomatie canadienne sous Stephen Harper en 2010 lorsque le pays s’est fait refuser par la communauté internationale le siège qu’il convoitait. Le Canada avait auparavant toujours obtenu un siège, à chacune des décennies où il en avait sollicité un, à part une fois, en 1946, lors des balbutiements de l’ONU. Tout en disant espérer qu’Ottawa remporte cette fois son pari, Lawrence Cannon relativise l’importance d’une éventuelle défaite.

« Ce n’est pas la fin du monde. Le soleil va se lever le lendemain et le Canada va continuer à faire ses affaires », lance-t-il en entrevue avec Le Devoir. Selon lui, un siège au Conseil de sécurité donne de « l’influence et du prestige », mais ne change rien au quotidien. Le Canada a la chance de pratiquer ce qu’il appelle le « minilatéralisme » en étant membre de groupes prestigieux comme le G7, le G20 et l’OTAN.

Un mandat précis

Selon M. Cannon, ce qui a manqué au Canada en 2010, et qui lui manque encore dans la campagne actuelle, c’est un programme électoral précis. Le Canada propose des idées « sectorielles », reconnaît-il, « mais on n’a pas assemblé ça dans un tout qui fait qu’il y a véritablement auprès de ceux et celles qui nous écoutent un programme politique de pays qui définit bien le Canada ».

« Avec le recul, continue M. Cannon, je me demande si nous avions un plan de match [en 2010], un peu comme la dernière fois que le Canada avait réussi à décrocher un siège au Conseil de sécurité. »

Lloyd Axworthy est plutôt d’accord. C’est justement lui qui était ministre des Affaires étrangères cette dernière fois. Il estime que le pays doit avoir un programme. « C’est très utile de réclamer aux pays votants un mandat très précis sur quelque chose qu’on souhaiterait accomplir au Conseil de sécurité. Ce n’est pas suffisant de dire qu’on est gentil et qu’on organisera de belles fêtes », dit-il en blaguant en entrevue.

Pour la campagne canadienne de 1998, M. Axworthy avait proposé de modifier le mandat des Casques bleus afin qu’ils puissent proactivement intervenir pour protéger les civils. Cette proposition découlait directement de l’expérience traumatisante, quelques années plus tôt, du Rwanda. Le général canadien Roméo Dallaire avait assisté, impuissant, au massacre de centaines de milliers de personnes.

Toutefois, M. Axworthy est moins sévère que M. Cannon et estime que le Canada a un programme électoral cette fois-ci, notamment dans la promotion qu’il fait de la protection des femmes et des filles. Il reconnaît néanmoins que ce programme devra être étayé « d’ici l’élection en juin » de propositions plus concrètes.

À bas les élections

Le Conseil de sécurité des Nations unies est un groupe sélect de 15 pays, composé de cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France et Grande-Bretagne) et de 10 membres non permanents, élus chacun pour deux ans et provenant de cinq groupes géographiques différents. C’est en quelque sorte l’organe exécutif de l’ONU.

Le Canada fait partie du groupe géographique hétéroclite « États d’Europe occidentale et autres États » dans lequel se trouvent la plupart des pays européens en plus de l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Turquie et Israël. Cette année, le Canada fait face à la Norvège et à l’Irlande dans la course pour obtenir un des deux sièges accordés à ce groupe. En 2010, le Canada avait perdu face à l’Allemagne et au Portugal.

Lawrence Cannon croit qu’il serait temps de s’inspirer des autres groupes géographiques qui décident entre eux, en amont, quel pays obtiendra un siège quelle année. Les élections sont ainsi généralement évitées. « Travaillons derrière de portes closes pour que le Canada puisse compter sur l’appui de tout le monde sans pour autant être obligé d’aller en élection. Parce que s’il y a opposition, on est obligé de faire une élection à la grandeur des 197-200 pays », dit-il au Devoir.

M. Axworthy aime lui aussi cette idée, dont « personne ne s’est jamais fait le défenseur », selon lui. Mais il doute qu’elle réussisse à s’imposer. « Notre groupe contient de grands joueurs, comme la France et l’Allemagne, qui aiment conserver leur autonomie, leur indépendance dans la prise de ces décisions. Ils aiment pouvoir conserver ce pouvoir discrétionnaire. »

2 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 11 février 2020 08 h 11

    Élire le Canada colonial ?

    Il est ironique de voir que le Canada compte sur l'Afrique pour se faire élire au Conseil de sécurité ! L'Afrique qui s'est décolonisée voterait pour un pays encore colonial qui traite les peuples autochtones comme une colonie avec ses autochtones. La farce est encore plus grosse quand on considère la plateforme du Canada « la promotion de la protection des femmes et des » alors que le sort des femmes et filles autochtones au Canada est un des pires alors qu'elles sont victimes de discrimination systémique.

    Justement hier, la police fédérale a démantelé un camp wet'suwet'en sur leur territoire et a arrêté et incarcéré des femmes, dont des chefs héréditaires, pour avoir voulu protéger leur territoire ancestral. Je ne sais pas mais moi, si j'étais membres des nations africaines décolonisées, je passerais sur la candidature du Canada. La Norvège a aussi son histoire coloniale avec les Samis mais on fait des progrès en collaboration avec les autres pays du Sapmi (la Suède et la Finlande) et elle gère son pétrole beaucoup mieux que le Canada et n'est pas un vassal des ÉU de Trump. La candidature de l'Irlande a aussi beaucoup de mérite, beaucoup plus que le Canada.

  • Paul Gagnon - Inscrit 11 février 2020 09 h 13

    Lors d'une tournée des dictatures

    il enfaut jamais oublier les bailleurs de fonds islamistes.
    Essentiel!
    En plus se sont de bons clients pour nos marchands d'armes...