Bloc et NPD demandent à Ottawa d'intervenir dans le conflit chez Swissport

Manifestation des employés de Swissport en grève, le 31 décembre dernier
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Manifestation des employés de Swissport en grève, le 31 décembre dernier

Une autre rencontre de médiation a eu lieu entre les parties chez Swissport, mardi, alors que le syndicat, le NPD et le Bloc québécois demandent au gouvernement Trudeau de modifier le Code du travail concernant deux enjeux qui touchent le conflit.

Une centaine de syndiqués, membres de l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), affiliée à la FTQ, ont déclenché une grève le 31 décembre chez Swissport Fuelling Services aux aéroports Montréal-Trudeau et Mirabel. Cette entreprise fait le ravitaillement d’avions, en sous-traitance.

«Contract flipping» et anti-scabs

Au cours d’une conférence de presse, les députés Louise Chabot, du Bloc québécois, et Alexandre Boulerice, du Nouveau Parti démocratique (NPD), ont demandé au gouvernement Trudeau de modifier le Code canadien du travail sous deux aspects : l’absence de dispositions anti-briseurs de grève et les effets sur les conditions de travail d’une pratique appelée « contract flipping ».

À l’heure actuelle, en vertu du « contract flipping », lorsqu’un donneur d’ouvrage change de sous-traitant, ce dernier perd son contrat et les travailleurs perdent leur emploi. Plusieurs travailleurs sont ensuite réembauchés par le nouveau sous-traitant, pour réaliser les mêmes tâches, avec les mêmes outils, mais avec un salaire moindre et des conditions de travail moins bonnes.

À titre d’exemple, des employés touchés par la grève gagnaient 24 $ l’heure auparavant et 16 $ l’heure quand ils ont été réembauchés pour faire le même travail, avec le même équipement, ont déploré les députés Chabot et Boulerice.

« Les règles du jeu avantagent indûment l’employeur », a dénoncé la députée du Bloc québécois. La clause de renversement de contrat — le « contract flipping » — est « d’une autre époque » et doit être corrigée par la ministre du Travail, Filomena Tassi, pour rééquilibrer les forces en présence, a plaidé Mme Chabot.

Les travailleurs touchés par le « contract flipping » perdent leurs droits et doivent recommencer à zéro à chaque fois », a dénoncé le député Boulerice.

Interrogée à ce sujet, la ministre Tassi a exprimé une mince ouverture. « Je vais regarder ça », a-t-elle répondu, en rappelant qu’il y avait déjà eu récemment une consultation, puis des modifications au Code canadien du travail, sans que des modifications au sujet du renversement de contrat soient apportées.


Elle a dit vouloir trouver « une solution équilibrée tant pour les employeurs que pour les travailleurs » grâce à « une consultation appropriée » sur cette question
 

Le Code canadien du travail ne contient pas de dispositions limitant le recours à des travailleurs de remplacement — « scabs » ou briseurs de grève — contrairement au Code du travail du Québec.

Médiation et plainte

Pendant ce temps, une autre rencontre de médiation était prévue mardi après-midi entre les parties. Les négociations n’ont guère avancé, chaque partie attendant que l’autre fasse un pas en avant.

Une entente de principe était intervenue entre les parties, le 21 décembre dernier, mais elle avait été rejetée à 90 pour cent par les syndiqués réunis en assemblée générale. Le syndicat avait ensuite fait parvenir un avis de grève et déposé de nouvelles demandes à l’employeur, le 29 décembre.

L’employeur a par ailleurs fait savoir, mardi, qu’il avait l’intention de déposer une autre plainte pour négociation de mauvaise foi à l’encontre du syndicat.

Swissport avait déjà eu partiellement gain de cause lors d’une première plainte, le 31 décembre. Le Conseil canadien des relations industrielles avait alors ordonné au syndicat de retirer ses nouvelles demandes du 29 décembre, présentées à l’employeur, et de « reprendre immédiatement les négociations à partir de l’entente intervenue entre les parties le 21 décembre ». La direction de Swissport allègue que ce n’est pas ce que fait le syndicat.