Sur la route avec le député Alexis Brunelle-Duceppe

Alexis Brunelle-Duceppe a été élu en octobre député fédéral du Lac-Saint-Jean sous la bannière du Bloc québécois, un parti qu’a longtemps dirigé son père, Gilles Duceppe.
Photo: Charles-Frédérick Ouellet Le Devoir Alexis Brunelle-Duceppe a été élu en octobre député fédéral du Lac-Saint-Jean sous la bannière du Bloc québécois, un parti qu’a longtemps dirigé son père, Gilles Duceppe.

Au moment de faire ses premiers pas à Ottawa, Alexis Brunelle-Duceppe se présente comme un élu de consensus, à l’image de son amie Véronique Hivon. Mais son père n’est jamais loin.

Sur la route entre Roberval et Dolbeau-Mistassini, Gilles Duceppe a appelé deux fois. La première pour dire à son fils qu’il avait récolté beaucoup d’argent dans sa circonscription pour le parti. « Bravo, tu peux être fier. » Et la deuxième pour apporter une précision sur les chiffres donnés la première fois.

« Mon père m’appelle en moyenne cinq ou six fois par jour », dit Alexis Brunelle-Duceppe un sourire en coin. Lucide, il se dit bien conscient de sa chance. Du fait que la journaliste est dans sa voiture et non pas dans celle du député de la circonscription voisine qui n’a pas un père aussi illustre que le sien.

« Ça m’a sauvé beaucoup de temps à me faire une notoriété et j’ai la chance de profiter de toutes les connaissances de mon père. »

Au moment de quitter Roberval dans sa camionnette, le député signale, gêné, qu’il a un autre véhicule plus écologique que celui-là. « J’ai ma van parce que la Prius est au garage. » Dans une région comme le Lac-Saint-Jean, la route avale beaucoup d’heures de la journée du député.

Pour se rapprocher des milieux plus isolés, il vient de lancer son « bureau mobile ». Le personnel du bureau de comté va ainsi passer deux journées dans chacune des 33 municipalités de la circonscription pendant la session parlementaire. « Les gens prennent rendez-vous », explique Michel Gagnon, l’employé qui accueille les gens. « C’est très apprécié. »

Du cinéma à l’usine de papier

Comme autre innovation depuis son élection, Alexis Brunelle-Duceppe a annoncé que son budget parlementaire d’envois postaux serait consacré à diffuser des publicités d’organismes locaux, plutôt que de faire la promotion de ses propres activités.

Le politicien de 40 ans a travaillé pendant 20 ans comme perchiste sur des plateaux de tournage. Après des études au programme Art et technologie des médias (ATM) à Jonquière — où il a rencontré sa conjointe —, il s’est établi à Montréal. Le couple a eu trois enfants. Des chaussons de bébé se balancent sous le rétroviseur. « Les premiers souliers d’Émile, mon fils de 17 ans. Ils m’ont suivi dans chaque char que j’ai eu. »

Les petits souliers sont d’un jaune usé, mais ils étaient bleu foncé à l’origine, mentionne-t-il. Il faut dire qu’Alexis Brunelle-Duceppe a fait beaucoup de route dans sa vie. Sa famille avait décidé de revenir au Lac pour se rapprocher des parents de sa conjointe, d’anciens accidentés de la route qui avaient besoin de soutien. Lorsqu’on lui fait remarquer que c’est un « gros » changement, il rétorque du tac au tac que ça allait de soi : « C’est ma blonde, ses parents avaient besoin d’aide. Elle a fait son bout de chemin pendant 19 ans à Montréal. C’était mon tour. »

Mais pour un technicien de plateaux comme lui, les offres d’emploi ne pleuvaient pas aux alentours d’Alma. Après un an et demi à faire la navette entre Montréal et le Lac, il décide de « rentrer à l’usine » comme journalier chez Produits forestiers Résolu. Un milieu finalement peu dépaysant, explique-t-il. « Quand tu fais du papier, tout le monde a des positions, un peu comme sur un plateau de tournage. C’est le même genre d’horaire : de nuit, de jour. »

Et il n’y a pas de meilleur endroit pour s’intégrer, explique-t-il. Il a même un peu l’accent. Mais ça, c’est grâce à sa blonde. « Ça fait 22 ans que j’habite avec une fille du Lac. »

Le modèle Hivon

Comment envisage-t-il son travail à Ottawa ? Comme un acteur « transpartisan », capable de régler des dossiers rapidement « dans une bonne atmosphère ». « J’ai déjà de super bons contacts avec des gens d’autres partis. » Le député de Lac-Saint-Jean a d’ailleurs récemment créé un front commun avec son confrère conservateur Richard Martel (Chicoutimi-Le Fjord) pour mieux défendre le dossier de l’aluminium.

Ça m’a sauvé beaucoup de temps à me faire une notoriété et j’ai la chance de profiter de toutes les connaissances de mon père

Il veut s’inspirer de l’image de Véronique Hivon, qu’il aime beaucoup. « Véronique, pour moi, c’est un modèle en politique. Un modèle de transpartisanerie quand vient le temps de travailler sur des dossiers majeurs. Elle l’a prouvé avec la loi pour “Mourir dans la dignité” ». Le député bloquiste avait d’ailleurs travaillé pour elle durant la course à la direction du PQ en 2015.

Alexis Brunelle-Duceppe se dit moins offensif que son père en politique. Mais il a quand même son côté frondeur. Lors de son assermentation à Ottawa, il a prêté serment à la reine, puis ajouté qu’il prêtait aussi serment au peuple québécois. Il a fallu recommencer, mais le député aime bien raconter cette histoire.

À Ottawa, son « dossier numéro un » sera l’Accord de libre-échange Canada États-Unis, Mexique (ACEUM), dit-il. « Il n’y a aucune protection pour notre aluminium. Le Québec perd au profit des économies ontariennes et albertaines », a-t-il dit, en entrevue à la télévision communautaire. Le Bloc souhaite au minimum forcer la tenue d’un débat sur l’accord mercredi. Or un autre dossier qui ne relève pas du fédéral le rattrape ces jours-ci. À la sortie de la station de télévision, le maire de Dolbeau, Pascal Cloutier, l’interpelle sur le dossier des Publisac. Le projet de la Ville de Montréal de limiter leur distribution à des fins écologiques fait rager les élus du Lac-Saint-Jean parce que le papier est produit par Résolu.

« S’ils veulent le remplacer à Montréal, il faut qu’ils trouvent une solution de rechange », a dit Alexis Brunelle-Duceppe au maire.

Cette semaine, ça a fait 100 jours qu’il a été élu. Au bout du compte, a-t-il eu des surprises dans son nouveau rôle ? « Tout ce qui arrive après avoir été élu, je m’y attendais un peu pour avoir vu mon père le vivre. Souvent, je passais des journées avec mon père, je le suivais. Je n’ai pas eu de surprises comme telles. J’ai eu beaucoup de plaisir à me rendre compte que je n’avais pas de surprises. »

1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 27 janvier 2020 01 h 08

    GNL

    On a le droit à l'histoire des chaussons de son plus vieux, mais pas un mot sur sa position et celle du Bloc sur le dossier majeur de cette région, GNL.