Les partis versent des milliers de dollars en crédits verts

Les verts, le Bloc, le NPD et le PLC ont acheté des crédits carbone pour compenser la pollution de leurs véhicules de tournée électorale.
Photo: La Presse canadienne Les verts, le Bloc, le NPD et le PLC ont acheté des crédits carbone pour compenser la pollution de leurs véhicules de tournée électorale.

Les partis politiques fédéraux ont rempli une de leurs promesses environnementales : ils ont acheté des crédits carbone totalisant des dizaines de milliers de dollars afin de compenser la pollution générée par la tournée de leur chef lors de la dernière campagne électorale. Seul le Parti conservateur a fait bande à part.

Le Parti vert a, dans un premier temps, mis tout en oeuvre pour réduire à la source les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par la caravane d’Elizabeth May. La cheffe s’est ainsi déplacée d’une ville à l’autre en train « lorsque cela était possible », ou alors en avion commercial, explique sa porte-parole, Debra Eindiguer. (Les vols nolisés augmentent l’empreinte carbone d’un passager, car ils ne sont pas utilisés au maximum de leur capacité.) Une fois posée dans une région donnée, Elizabeth May a roulé soit en autobus alimenté au biodiesel, soit en voiture entièrement électrique.

Au final, le Parti vert calcule avoir émis tout juste 28 tonnes de carbone pendant la campagne. Il a acheté des crédits au coût de 28 $ la tonne, pour un total de 784 $, dans deux projets : un de reboisement dans le nord de l’Ontario et un autre de conservation de l’écosystème de l’escarpement de Niagara.

Le Bloc québécois a pour sa part choisi d’investir dans Carbone boréal, un projet de reboisement à des fins de recherche rattaché à l’Université du Québec à Chicoutimi. Carbone boréal plante des arbres au nord du lac Saint-Jean, sur des terres publiques, où la succession rapprochée de feux ou d’épidémies a rendu impossible la régénération.

Le parti d’Yves-François Blanchet s’était engagé à payer une « double compensation », soit 94 $ par 1000 kilomètres parcourus par son autobus de campagne, explique la porte-parole Carolane Landry. Le parti dit avoir parcouru 13 127 kilomètres et payé 1235 $ à Carbone boréal.

Les montants versés par les plus grandes formations politiques sont bien supérieurs. Le NPD estime avoir émis 478 tonnes d’équivalent carbone avec la tournée de son chef. Le parti a acheté des crédits à 20 $ la tonne pour une facture finale de 9560 $.

Le Parti libéral (PLC), enfin, refuse d’offrir des détails sur son achat de crédits carbone, prétextant ne pas avoir fait tous ses calculs. Mais une source libérale refusant d’être identifiée a indiqué au Devoir que le parti avait acheté 30 000 $ de crédits.

Deux facteurs peuvent expliquer pourquoi il en a coûté trois fois plus cher au PLC qu’au NPD. D’abord, Justin Trudeau a davantage sillonné le pays que Jagmeet Singh, ce dernier multipliant les déplacements dans une même région avant de se rendre à la prochaine.

Une analyse des itinéraires de campagne effectuée par Le Devoir montre que la caravane libérale a dû voler une bonne trentaine de fois, contre une quinzaine pour la néodémocrate.

L’autre facteur est que la campagne libérale a eu recours à deux avions de campagne, le second servant à déplacer de l’équipement pour les grands rassemblements. C’est ce qui amène d’ailleurs le Parti conservateur à crier à l’hypocrisie.

« Nous n’acceptons pas l’excuse de M. Trudeau voulant que l’achat de crédits lui ait donné la permission d’utiliser deux avions », indique le porte-parole du parti, Cory Hann. La formation d’Andrew Scheer est la seule parmi celles ayant fait élire des députés qui ne s’était pas engagée à compenser ses émissions.

M. Hann soutient que l’avion conservateur a été le moins polluant de tous : leur Airbus A319 a brûlé « 640 gallons à l’heure » de kérosène, contre 795 pour le Boeing 737-300 du NPD (le NPD parle plutôt de 766 gallons), 800 à 850 pour le Boeing 737-800 du PLC et 975 gallons pour son second appareil.

L’achat de crédits carbone n’est pas considéré par Élections Canada comme une dépense électorale admissible à un remboursement.