Le portrait du PCC a fait reculer Charest

Jean Charest aurait encaissé au cours de la fin de semaine le portrait du PCC dressé par un sondage interne.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Jean Charest aurait encaissé au cours de la fin de semaine le portrait du PCC dressé par un sondage interne.

Le sort de la carrière politique fédérale de Jean Charest s’est scellé dimanche lorsqu’il a constaté, sondages internes à l’appui, qu’il n’était tout simplement pas au diapason de la formation qu’il espérait rejoindre. Une partie de son équipe rejoindra maintenant Peter MacKay, tandis que Rona Ambrose passe son tour.

Le Devoir a consulté des proches de l’ancien premier ministre québécois pour comprendre ce qui a changé, alors qu’il contemplait la course à la chefferie conservatrice depuis un mois. Son équipe de campagne avait pris forme. Il courtisait les appuis.

Or, à la fin de la semaine dernière, les résultats des coups de sonde de l’équipe auprès du membrariat du PCC sont arrivés, relate une source qui gravitait dans l’entourage de M. Charest et qui parle d’un « choc ».

L’analyse a révélé que le tiers des membres sont contre l’avortement et le mariage entre conjoints de même sexe. La moitié s’oppose à tout contrôle des armes à feu, de même qu’à une tarification du carbone. « On est en face de gens qui ont des idées sur les enjeux sociaux complètement différentes, observe cette source. C’est vraiment un parti de droite, dirigé par des gens à droite et le membership l’est aussi. »

Jean Charest a encaissé au cours de la fin de semaine le portrait de ce sondage, qui est venu lui confirmer qu’il aurait à convaincre les conservateurs de l’accueillir dans leurs rangs et que ceux-ci seraient très réfractaires à ses positions personnelles sur ces questions. S’ajoute à cela le fait que les règles de la course fixent à la mi-avril la date limite pour recruter de nouveaux membres et s’assurer leur appui.

« Recruter 100 000 membres, ça ne prend pas deux mois. C’est un travail colossal », explique cette source.

M. Charest a conclu dimanche qu’il allait manquer de temps.

Une autre personne au sein de l’équipe a constaté dès vendredi que les choses avaient changé. La décision quant à la date de lancement de campagne a été repoussée à plus tard. Une troisième personne relate que les rencontres sollicitées par Jean Charest l’étaient aussi.

Le conservateur estime que la « vraie raison » de l’abandon de M. Charest « c’est qu’il n’aurait pas gagné. […] Il ne pouvait pas la perdre, cette course-là. Et il aurait perdu ».

M. Charest a évoqué ce portrait des valeurs du Parti conservateur en annonçant sa décision de renoncer à briguer la chefferie mardi.

Un constat qui reprenait celui posé par l’ancien ministre Michael Fortier, qui a reproché aux conservateurs, en renonçant à la course il y a dix jours, d’être devenus « des climatosceptiques » aux yeux des Canadiens.

Un quatrième conservateur, qui n’appuyait pas M. Charest, croit cependant que l’enquête Mâchurer a assurément pesé dans sa décision. Non pas la publication de nouveaux documents la semaine dernière, mais le simple fait que l’enquête n’ait cessé d’être rappelée dans les médias dès que M. Charest a confirmé qu’il était en réflexion. « Il n’avait peut-être pas mesuré l’impact. »

Direction Peter MacKay

Puisque Jean Charest ne sera pas de la course, « une grosse partie » de son équipe compte rejoindre l’autre candidat progressiste, Peter MacKay. « C’étaitun choix déchirant entre les deux. Là, je crois que le choix est clair », relate un membre de ce groupe.

La ministre ontarienne Caroline Mulroney a indiqué à La Presse canadienne qu’elle fera de même. Son frère Mark sollicitait déjà des fonds pour M. MacKay, selon l’une de nos sources.

L’ex-ministre lancera officiellement sa campagne à la chefferie samedi, en Nouvelle-Écosse, selon le National Post.

L’ancienne chef intérimaire du PCC Rona Ambrose a pour sa part confirmé qu’elle ne serait pas candidate. Elle a expliqué, dans une vidéo en anglais sur Facebook, avoir « tergiversé » longtemps, mais elle avoue beaucoup aimer sa vie privée et son retour en Alberta.

Le député ontarien Derek Sloan — considéré pro-vie par le groupe Campaign Life Coalition — a annoncé qu’il se lancerait dans l’arène lui aussi, tout comme l’homme d’affaires Rick Peterson qui était arrivé 12e sur 14 candidats en 2017.

L’organisateur politique Richard Décarie avait l’intention de se lancer pour bloquer Jean Charest, mais il a indiqué qu’il comptait toujours être candidat pour représenter les conservateurs sociaux.