Les conservateurs pardonneront-ils l’enquête Mâchurer à Charest?

Le Parti conservateur interroge tous les aspirants candidats sur leurs antécédents judiciaires et leur demande s’ils font ou ont fait l’objet d’une enquête criminelle.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Le Parti conservateur interroge tous les aspirants candidats sur leurs antécédents judiciaires et leur demande s’ils font ou ont fait l’objet d’une enquête criminelle.

L’enquête Mâchurer revient hanter Jean Charest alors qu’il s’apprête à annoncer s’il briguera la direction du Parti conservateur du Canada. Ses partisans clament son innocence, rappelant qu’il ne fait l’objet d’aucune accusation. Mais d’autres conservateurs estiment que ces nouvelles allégations risquent de lui faire mal, s’il se lance dans la course, et qu’il devrait peut-être même en être disqualifié.

Plusieurs conservateurs citaient déjà l’existence de l’enquête — qui est toujours en cours et qui viserait toujours M. Charest, selon le Journal de Québec — comme étant une ombre qui planerait assurément au-dessus de la possible candidature de l’ancien premier ministre du Québec. Mais voilà que de nouvelles allégations viennent raviver ces inquiétudes.

La Cour suprême a permis jeudi de lever l’interdit de publication sur des documents judiciaires qui font état d’allégations de financement du Parti libéral du Québec par des firmes d’ingénierie, par l’entremise de prête-noms et dans l’espoir d’obtenir en retour des contrats du gouvernement libéral. L’argent aurait transité par Marc Bibeau, l’argentier du parti lorsque Jean Charest en était le chef. Des témoins présentent les deux hommes, dans ces documents, comme étant « de très bons amis » ou « comme des frères ».

Si, dans le formulaire, il répond qu’il est sous enquête policière criminelle, je pense que le parti va être obligé de disqualifier sa candidature

 

L’homme d’affaires Vincenzo Guzzo, qui a renoncé à briguer la chefferie conservatrice pour appuyer M. Charest, n’y voit rien de neuf. « Si les allégations sont les mêmes qu’elles étaient il y a six ans, soit que M. Charest était supposément le chef d’orchestre mais qu’on n’a pas de lien direct qui le relie [aux allégations], pour moi, c’est des ouï-dire », a-t-il affirmé au Devoir.

L’ex-ministre conservateur Lawrence Cannon a lui aussi défendu M. Charest. « J’ai constaté comme bien des gens qu’il n’y a toujours pas d’accusations qui sont portées contre M. Charest », a-t-il noté, à l’instar de M. Guzzo. M. Cannon compte appuyer l’ex-premier ministre québécois si celui-ci brigue la direction du Parti conservateur. Et il estime que les autorités devraient le blanchir une fois pour toutes plutôt que « de garder cette espèce de scénario qui fait qu’une personne, qui est innocentée jusqu’à preuve du contraire, soit condamnée par l’opinion publique sur la place publique parce qu’on laisse planer le doute ».

La chefferie inaccessible ?

Le sénateur conservateur Leo Housakos croit toutefois que M. Charest aura du mal à se présenter à la chefferie de son parti s’il fait l’objet d’une enquête.

Le Parti conservateur interroge tous les aspirants candidats sur leurs antécédents judiciaires et leur demande s’ils font ou ont fait l’objet d’une enquête criminelle. Un comité d’investiture évalue ensuite leur dossier et décide s’ils pourront être de la course.

« Si, dans le formulaire, il répond qu’il est sous enquête policière criminelle, je pense que le parti va être obligé de disqualifier sa candidature », a supputé le sénateur. Une source au parti prédisait cependant cette semaine que le Parti conservateur préférerait probablement laisser le soin à ses membres de décider du sort d’un candidat se trouvant dans une telle situation.

Une autre source conservatrice croit que le retour de l’enquête Mâchurer sur la place publique ne peut que nuire à M. Charest. « Ça vient remettre dans la place publique des allégations de comportement inapproprié. Et ça, quand tu veux te présenter dans un poste de cette nature-là, c’est la dernière chose dont tu as besoin. »

La teneur de l’enquête Mâchurer est davantage connue au Québec. Des conservateurs de l’Ouest consultés avant Noël n’étaient pas au fait de ses tenants et aboutissants. « Ils ne connaissent pas les détails. Mais ils sont au courant qu’il y a une enquête policière et c’est suffisant », relate cependant une seconde source du Devoir, qui prédit elle aussi que ce dossier va causer des ennuis à Jean Charest.

Car les membres conservateurs sont « allergiques » à ce genre d’allégations, explique cette personne.

« Ils associent ce genre de choses aux libéraux et aux gouvernements libéraux », résume-t-elle, en rappelant que Stephen Harper a été élu au pouvoir à la suite du scandale des commandites au Parti libéral du Canada.

Jean Charest était aux funérailles de l’ancien politicien terre-neuvien John Crosbie jeudi. Il n’a pas répondu aux demandes d’entrevue du Devoir.