Peter MacKay dans la course à la direction du Parti conservateur

L'ancien ministre conservateur Peter McKay
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne L'ancien ministre conservateur Peter McKay

Jean Charest a vu arriver mercredi non pas un, mais deux écueils à sa possible candidature à la chefferie du Parti conservateur. Son ancien collègue Peter MacKay a confirmé qu’il fera partie des candidats vedettes de la course. Et il a été révélé que Stephen Harper se prépare à barrer la route à l’ancien premier ministre québécois.

M. Harper a en effet quitté de façon inattendue, la semaine dernière, le Fonds du Parti conservateur — l’organisme de financement de la formation politique. « Il a quitté son poste au Fonds conservateur. Le Fonds le remercie pour son travail acharné au sein du conseil d’administration et lui souhaite le meilleur », a confirmé le porte-parole du parti, Cory Hann, après que le magazine Maclean’s a révélé la nouvelle.

Dans les coulisses conservatrices, on raconte que Stephen Harper souhaitait avoir les coudées franches pour se mêler de la course — ce qui lui était interdit, à titre de membre des instances du parti.

« Son intention, en quittant le Fonds, était de se libérer de cette obligation de rester neutre afin de pouvoir faire campagne », a expliqué une source au Devoir. « Il voulait avoir un rôle plus actif. Pas nécessairement pour faire campagne pour quelqu’un en particulier, pour l’instant, mais plutôt pour faire campagne contre une personne, c’est-à-dire Jean Charest. »

L’ex-premier ministre fédéral a reçu des appels de nombreux aspirants candidats à la chefferie, ces dernières semaines, qui voulaient sonder son opinion quant à leur possible candidature. M. Harper encourage les ambitions de tous ses anciens collègues, mais pas celles de M. Charest. « Il croit que M. Charest a une vision bien différente de ce que devrait être le Parti conservateur, […] que le programme politique de Jean Charest ressemblerait beaucoup à celui du Parti libéral du Québec », dit une deuxième source du Devoir.

L’ex-ministre Peter MacKay, qui a confirmé qu’il avait l’intention de se lancer dans la course, est issu, comme Jean Charest, de l’ancien Parti progressiste-conservateur. Sa plateforme risque donc de proposer elle aussi que le Parti conservateur renoue avec certaines positions plus progressistes. Mais M. MacKay a travaillé sous la gouverne de M. Harper au sein du nouveau Parti conservateur, créé après la fusion de l’Alliance canadienne et du PPC que dirigeait alors M. MacKay.

Jean Charest a en outre, et surtout, eu quelques différends avec M. Harper lorsqu’il était premier ministre du Québec. M. Charest a notamment fait enrager M. Harper lorsqu’il a recyclé les sommes versées par Ottawa pour corriger le déséquilibre fiscal en baisses d’impôt pour les Québécois. M. Harper a également fait l’objet de nombreuses motions unanimes de l’Assemblée nationale critiquant son gouvernement lorsque M. Charest était à la tête du gouvernement québécois.

Charest en mauvaise posture ?

Autre embûche possible pour Jean Charest : Brian Mulroney réserverait ses appuis à Peter MacKay, plutôt qu’à lui. Les collecteurs de fonds proches de M. Mulroney font déjà des appels pour aider M. MacKay. « C’est ce que ça veut dire, que d’avoir M. Mulroney dans votre camp : de l’argent, et de l’argent au Québec aussi », résume une troisième source.

D’autre part, le sénateur québécois Leo Housakos a affirmé publiquement qu’il estimait que M. Charest n’a pas les appuis nécessaires pour gagner la chefferie.

Jean Charest n’a pas encore annoncé s’il se lancera dans la course.

Un appel de Stephen Harper à appuyer « n’importe qui sauf Charest » risque toutefois d’avoir un poids important auprès des membres conservateurs, selon notre première source. « Son opinion compte pour plusieurs conservateurs. Ce sera une côte difficile à remonter. »

La troisième source conservatrice prédit en revanche que M. Harper se gardera une petite gêne en tentant de freiner Jean Charest, de peur de faire plus de tort que de bien en rebutant des conservateurs qui appuieraient le politicien québécois et qui seraient furieux de voir l’establishment du parti faire campagne contre lui. « Il y a un gros risque de voir le parti se diviser à nouveau, entre Parti réformiste et progressistes-conservateurs, ou entre des factions régionales. Pour un ancien premier ministre, je crois que c’est sa préoccupation première. »

MacKay se lance… presque

Peter MacKay a mis un terme au suspense, quant à lui, en annonçant sur Twitter qu’il sera de la partie. « J’y vais ! Restez à l’écoute », a-t-il gazouillé.

L’ex-ministre de la Justice, de la Défense et des Affaires étrangères sentait la pression pour qu’il précise ses intentions et il a donc souhaité « donner un signal », a-t-on indiqué dans son entourage. Il lancera officiellement sa campagne la semaine prochaine en Nouvelle-Écosse.

Député fédéral de 1997 à 2015, M. MacKay avait passé son tour lors de la dernière course à la chefferie, en 2017. Peu après la défaite électorale des conservateurs cet automne, il avait déclaré qu’à son avis, le chef Andrew Scheer avait raté son coup alors qu’il était en échappée devant un filet désert.

M. MacKay a recruté des stratèges qui avaient fait campagne pour Maxime Bernier lorsque celui-ci est arrivé deuxième derrière M. Scheer il y a trois ans.

La députée ontarienne Marilyn Gladu est la seule autre candidate à avoir confirmé ses intentions. Ses collègues Pierre Poilievre et Erin O’Toole s’apprêteraient à faire de même. L’ex-chef intérimaire Rona Ambrose serait toujours en réflexion, tout comme le député québécois Gérard Deltell.

Les aspirants candidats ont jusqu’au 27 février pour se lancer dans la course. Les conservateurs choisiront leur nouveau chef le 27 juin.