Alex Tyrrell se lance à la conquête du Parti vert du Canada

Le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, a confirmé qu’il tentera de succéder à Elizabeth May.
Photo: Guillaume Levasseur Archives Le Devoir Le chef du Parti vert du Québec, Alex Tyrrell, a confirmé qu’il tentera de succéder à Elizabeth May.

Le chef du Parti vert du Québec se lance à la conquête du grand frère fédéral. Alex Tyrrell confirme qu’il tentera de succéder à Elizabeth May en proposant un programme « radical » en rupture avec celui défendu par les verts jusqu’à présent parce que résolument campé à gauche.

« Le temps des politiques nuancées est passé, écrit M. Tyrrell sur son site Internet. Ensemble, nous devons présenter des propositions audacieuses et sans compromis. » Il estime que le Parti vert doit s’appuyer sur le « nouveau mouvement de la jeunesse pour le climat qui exige des changements rapides et radicaux ».

Traditionnellement, le Parti vert du Canada (PVC) est une formation centriste, voire conservatrice sur le plan fiscal. Mme May avait travaillé comme conseillère dans le gouvernement de Brian Mulroney. En campagne l’automne dernier, le PVC avait promis de retourner à l’équilibre budgétaire en cinq ans. Alex Tyrrell ne mange pas de ce pain-là. « Nous ne devrions pas craindre les déficits afin de financer la transition énergétique et des infrastructures publiques », écrit-il.

Sa candidature à la chefferie se placera sous le signe de la militance et de l’« écosocialisme ». Il a d’ailleurs choisi pour logo de campagne une feuille d’érable verte dans laquelle est découpé en blanc un poing brandi. M. Tyrrell proposera un « Nouveau Deal vert », en référence au New Deal américain des années 1930 pour lutter contre la Grande Dépression. « Le Nouveau Deal vert que je propose comprend un engagement à une mobilisation à l’échelle de la Deuxième Guerre mondiale sur une période de 10 ans pour faire la transition vers les énergies renouvelables tout en réduisant rapidement la consommation d’énergie et de biens. »

Au menu : la fermeture des sables bitumineux canadiens, le passage à une économie utilisant à 100 % les énergies renouvelables, la réduction des importations chinoises, la construction d’un train électrique à grande vitesse reliant toutes les grandes villes du pays et la création de nouvelles sociétés d’État ayant pour mandat de construire des éoliennes et tous les équipements technologiques nécessaires pour effectuer cette transition.

Alex Tyrrell calcule que son plan coûtera « des centaines de milliards de dollars », mais que les générations futures seront « bien servies par ces dépenses ». L’automne dernier, le Parti vert proposait d’augmenter les dépenses annuelles d’Ottawa d’un peu plus de 20 %, ou environ 70 milliards de dollars. « Ce n’était pas suffisant. Il faut être beaucoup plus exigeants », lance M. Tyrrell en entretien téléphonique.

Il propose de financer le tout en instaurant des taxes sur les transactions financières et la spéculation immobilière ou encore en réduisant le budget de la Défense nationale. Il fixerait le salaire minimum à 20 $ l’heure et réduirait la semaine de travail à 32 heures.

Cette candidature risque de bousculer le Parti vert du Canada. En décembre, Le Devoir avait révélé qu’Alex Tyrrell était contesté dans les rangs du Parti vert du Québec pour avoir omis de se soumettre à un vote de confiance après la dernière élection provinciale, pour s’être voté un salaire de 47 000 $ et pour avoir expulsé des membres qui le contestaient. Plusieurs militants souhaitent qu’il ne soit pas élu chef fédéral. M. Tyrrell voit dans ces critiques la preuve que son programme audacieux bouscule.

Le Parti vert du Canada choisira son nouveau chef par suffrage universel des membres. Le résultat sera dévoilé début octobre. M. Tyrrell a obtenu le droit de demeurer chef du parti provincial jusque-là. Pour l’instant, trois autres personnes ont annoncé leur intention de se lancer dans la course, tous d’anciens candidats à une élection : David Merner, Julie Tremblay-Cloutier et Dimitri Lascaris.