Avion ukrainien abattu: Trudeau dit avoir exigé de Rohani de faire toute la lumière sur l'incident

Justin Trudeau a rappelé qu’il s’agissait «d’une tragédie nationale et tous les Canadiens sont dans le deuil».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau a rappelé qu’il s’agissait «d’une tragédie nationale et tous les Canadiens sont dans le deuil».

Le premier ministre Justin Trudeau s’est entretenu avec le président Hassan Rohani, samedi, après que le régime iranien eut finalement admis avoir abattu par erreur le vol PS752, tuant 176 personnes.

En conférence de presse au lendemain de cet aveu, Justin Trudeau dit avoir réclamé une désescalade des tensions et une enquête « complète et indépendante », avec la participation du Canada, sur cette « tragédie nationale ».

« Je suis furieux qu’il y ait des familles canadiennes qui aient perdu leur mari, leur femme, leurs enfants, leurs parents, a-t-il lancé. Pour beaucoup de ces familles, tout a été arraché en un instant — dans le cas de plusieurs personnes — par un régime qu’ils essayaient de fuir. »

Il dit avoir exhorté son vis-à-vis iranien à « assumer la pleine responsabilité » pour l’écrasement de l’avion de ligne ukrainien de mercredi dernier, qui a coûté la vie de 57 citoyens canadiens. La Presse canadienne a confirmé de façon indépendante qu’au moins 74 des victimes avaient des liens avec le Canada, dont plusieurs étaient étudiants dans des universités canadiennes.

Bien qu’il n’écarte pas la possibilité d’exiger une compensation de la part des autorités iraniennes, Justin Trudeau affirme que son gouvernement concentre présentement ses efforts sur le soutien aux proches des victimes et sur l’obtention d’une enquête crédible.

« Sachez que notre gouvernement n’arrêtera pas d’exiger des réponses aux questions qui persistent », a-t-il lancé.

Questionné sur la part de blâme des États-Unis, le premier ministre s’est contenté de répondre que la région a longtemps été en proie à des tensions.

« Évidemment, le contexte dans lequel on se trouve au Moyen-Orient à ce moment-ci a contribué à cette tragédie », a-t-il reconnu.

Le vol 752 s’est écrasé peu de temps après que l’Iran eut également lancé des missiles contre deux bases américaines en Irak, en réponse à une frappe aérienne des États-Unis qui a tué le major-général iranien Ghassem Soleimani, à Bagdad.

Lors de sa conversation avec le président iranien, Justin Trudeau dit avoir également condamné ces représailles contre des bases militaires, dont une dans la ville d’Irbil, dans le nord de l’Irak, des soldats des forces spéciales canadiennes opèrent depuis cinq ans.

Le premier ministre canadien voit d’un bon œil la volte-face du régime iranien, qui avait d’abord nié être derrière l’écrasement de l’avion.

« Le fait qu’ils aient accepté la responsabilité pour le missile qui a abattu cet avion établit déjà qu’ils sont prêts à avoir une enquête pour voir exactement ce qui s’est passé », a-t-il avancé.

M. Trudeau a aussi annoncé qu’une équipe d’enquêteurs canadiens était attendue à Téhéran d’ici quelques heures pour « établir une présence sur le terrain pour soutenir les familles canadiennes ».

« Actuellement trois visas ont été approuvés pour les membres de l’équipe de déploiement rapide », qui sont attendus vers « 16 h » (heure locale) aujourd’hui, a-t-il déclaré. « D’autres membres de l’équipe suivront » et « les Iraniens coopèrent actuellement dans la délivrance de visas », a-t-il précisé.
 

« Parler d'une seule voix »

L’écrasement a entraîné la mort de 176 personnes, dont 138 qui, selon le gouvernement, avaient pour destination finale le Canada.

La veille, le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a annoncé que le Canada et d’autres pays dont des ressortissants ont été tués dans l’écrasement d’avion à Téhéran voulaient « parler d’une seule voix ».

Le gouvernement canadien a aussi créé une équipe composée de hauts fonctionnaires afin de s’assurer que les familles canadiennes touchées par le drame obtiennent le soutien et les informations dont elles ont besoin, a ajouté M. Champagne.

Ces mesures font suite à des conversations privées tenues à Toronto entre le premier ministre Justin Trudeau et les familles des victimes mortes lors de l’écrasement du vol 752 d’Ukraine International Airlines survenu mercredi.

En conférence de presse, M. Champagne a révisé à 57 le nombre de citoyens canadiens qui étaient à bord de l’avion, par rapport aux 63 initialement indiqués par les autorités ukrainiennes. Il a expliqué que le nouveau décompte est le résultat d’une vérification plus minutieuse des documents de voyage, des dates de naissance et d’autres informations.

La Presse canadienne a confirmé de façon indépendante qu’au moins 74 des victimes avaient des liens avec le Canada, dont plusieurs étaient étudiants dans des universités canadiennes. Le vol de Téhéran à Kiev était une première étape peu coûteuse d’un voyage au départ de l’Iran et à destination du Canada.

Des ressortissants d’Iran, d’Ukraine, de Suède, du Royaume-Uni, d’Afghanistan et d’Allemagne figurent également parmi les victimes.

Le nouveau Groupe international de coordination et de réponse comprend tous ces pays à l’exception de l’Iran et de l’Allemagne, et M. Champagne a indiqué qu’il mettra l’accent sur le partage d’informations et la pression sur l’Iran pour mener une enquête approfondie sur l’écrasement.

« La communauté internationale exige de la transparence, a déclaré M. Champagne, ajoutant que le monde regarde ce que le gouvernement iranien fait actuellement. »

Les proches réagissent avec émotion

Des proches des victimes de l’écrasement de l’appareil d’Ukraine International Airline (UIA) ont réagi avec émotion après que le gouvernement iranien eut admis sa responsabilité.

Nadia Eghbali, qui a perdu une tante, un oncle et un cousin, dit qu’il lui a été difficile de gérer ses émotions après avoir appris l’aveu de Téhéran.

« Nous sommes profondément choqués. Nous sommes remplis d’émotions. Il y a la colère. Il y a tellement de choses. Nous ne savons tout simplement pas pourquoi cela s’est produit, a-t-elle commenté. À un moment comme celui-ci, on devrait arrêter tous les vols. On aurait dû les arrêter pour empêcher quelque chose ça de se produire. »

Nina Saiedpour a perdu une amie. L’aveu du gouvernement iranien a suscité chez elle des « émotions mitigées », a-t-elle relaté.

« À certains égards, nous sommes heureux que notre gouvernement iranien ait admis ce qu’il avait fait au lieu de tout cacher. D’un autre côté, tout le monde est sous le choc. On s’interroge sur les raisons pour lesquelles une telle chose s’est produite. »