Les troupes canadiennes sur le qui-vive en Irak

Un mitrailleur canadien, photographié en février 2017, participait à une mission de surveillance dans le nord de l’Irak à bord d’un hélicoptère Griffon.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Un mitrailleur canadien, photographié en février 2017, participait à une mission de surveillance dans le nord de l’Irak à bord d’un hélicoptère Griffon.

Alors que l’OTAN a officiellement suspendu sa mission en Irak lundi, les troupes canadiennes déployées sur le terrain étaient en état de veille, lundi. Leur mission d’entraînement des forces locales a été révisée, afin qu’elles se concentrent pour l’instant sur leur propre sécurité. Et leur présence sur le terrain à long terme semblait menacée, puisque les États-Unis pourraient se voir ordonner de quitter l’Irak ou s’apprêter à le faire de leur plein gré.

Les forces canadiennes en Irak sont aux premières loges des conséquences des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) a confirmé lundi, à la suite d’une rencontre de ses pays membres, que la mission de l’alliance y était suspendue jusqu’à nouvel ordre.

« Dans toutes nos activités, la sécurité de notre personnel revêt une importance primordiale. Par conséquent, nous avons pour le moment suspendu notre formation sur le terrain », a indiqué Jens Stoltenberg à l’issue de la rencontre. « L’OTAN est prête à poursuivre notre mission d’entraînement et de renforcement des capacités locales lorsque la situation le permettra. »

Environ 200 soldats canadiens participent à cette mission en Irak, qui se fait d’ailleurs sous le commandement de la majore générale canadienne Jennie Carignan.

L’armée canadienne mène en outre une seconde mission, l’opération Impact, qui rassemble quant à elle environ 600 soldats, dont quelque 300 se trouvent en Irak pour former, eux aussi, les forces locales afin de les aider à lutter contre le groupe armé État islamique et à être en mesure par la suite de se défendre elles-mêmes.

Des soldats canadiens se trouvent également au Koweït, en Jordanie et au Liban dans le cadre de cette opération.

Dans toutes nos activités, la sécurité de notre personnel revêt une importance primordiale. Par conséquent, nous avons pour le moment suspendu notre formation sur le terrain.

Le ministre canadien de la Défense, Harjit Sajjan, a annoncé en fin de semaine que l’opération Impact était elle aussi suspendue jusqu’à nouvel ordre. Les forces canadiennes sont donc confinées aux bases militaires, où elles s’assurent de se protéger en cas d’escalade des tensions sur le terrain. Des membres des forces ont été déplacés, depuis l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani vendredi par les Américains, a précisé le ministre à la CBC lundi.

M. Sajjan a cependant refusé d’indiquer si les troupes canadiennes quitteraient l’Irak si leurs collègues américains sont expulsés par le gouvernement irakien — qui a adopté une première motion en ce sens — ou s’ils sont rapatriés par le président Donald Trump.

« Le Canada continue de surveiller et d’évaluer la situation et nous sommes en étroite collaboration avec nos partenaires internationaux, faisait valoir M. Sajjan samedi. Notre but en tant que coalition reste de garder un Irak uni et stable, et de prévenir la résurgence de Daesh [autre nom du groupe armé État islamique]. »

Or, l’expert Thomas Juneau note que la suspension de la mission de l’OTAN et de celle de la coalition internationale que soutient l’opération Impact risque justement d’aider le groupe armé État islamique — que les pays alliés tentent de combattre sur le terrain.

« Si cette suspension ne dure qu’une semaine ou deux, et qu’on reprend les activités un peu plus tard parce que la situation se stabilise, l’impact à long terme dans la lutte contre l’État islamique sera minime. Mais si la crise continue et que la suspension dure longtemps, un gagnant dans tout cela, ce sera l’État islamique », a prévenu le professeur adjoint de politique internationale à l’Université d’Ottawa.

Appels au calme

Tour à tour, le gouvernement canadien et les institutions internationales ont sommé l’Iran de faire preuve de retenue dans sa réplique annoncée aux Américains.

« Un nouveau conflit ne serait dans l’intérêt de personne. Alors l’Iran doit s’abstenir de tous nouveaux actes de violence ou de provocation », a soutenu le secrétaire général de l’OTAN.

« Mon message est simple et clair : arrêtez l’escalade. Faites preuve d’une retenue maximale. Relancez le dialogue. Renouvelez la coopération internationale », a plaidé à son tour le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres.

Le premier ministre Justin Trudeau a assuré qu’il suivait la situation de près et que « la sécurité des Canadiens dans la région est notre priorité absolue ».

Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, s’est entretenu avec son homologue irakien, Mohammed Ali al-Hakim.

« Les deux ministres ont convenu qu’une désescalade des tensions est nécessaire, car la paix et la stabilité sont essentielles pour poursuivre les réformes politiques et économiques en cours en Irak », a rapporté son bureau.